DU VÉRITABLE AMOUR CONJUGAL
Cet amour dans sa perfection est si rarement connu des hommes qu’il en est peu sur la terre qui puissent le définir ; parce qu’il en est peu qui cherchent son principe dans l’amour du bien et de la vérité. Cette correspondance, cette harmonie, cet enchaînement des cœurs a son premier anneau dans le ciel, comme le premier fondement de sa spiritualité. C’est de cet anneau que dérive le torrent de délices qui porte dans notre âme tous les biens et tous les plaisirs. Mais il est de ceux qui demeurent soumis au précepte qui les éprouvent, et la dépravation des hommes, comme la corruption des siècles, en ont presque détruit l’idée. C’est de là que la jouissance est devenue pour nous le tombeau du plaisir ; c’est de là qu’au plaisir succède 1 indifférence, qui entraîne avec elle l’insensibilité, qui nous conduit au dégoût ; c’est de là que l’amant dans la couche de 1 hymen ne trouve plus les charmes qui l’ont séduit, et qu’il oublie les plaisirs de la veille, en s’effrayant d’avance de la répugnance du lendemain. L’homme en naissant n’est qu’une matière douée de certaines dispositions affectées à ses organes, qui s’étendent et se développent
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avec le temps, et qui, laissant à l’entendement la liberté d’exercer ses facultés, font insensiblement un être pensant d’un homme purement extérieur et sans idée.
DE l’ÉTAT DES ÉPOUX APRES LEUR MORT
Quand le cœur s'est donné sur la terre, la mort ne brise pas ses liens, et dans le Ciel il demeure encore uni à son objet, d’où il arrive que le premier des époux que la mort a ravi, soupire et fait des vœux pour être réuni. C’est encore une vérité que j’apprendrai aux hommes qui veulent s’instruire des grands mystères ; parce que c’est pour eux seuls que j’écris et que j’ai reçu d’en haut l’ordre d’écrire ; afin qu’avec le temps le chaos se débrouille ; que l’obscurité de l’ignorance se dissipe, et que le jour naisse pour éclairer le monde.
Je sais donc, parce qu’il me le fut dit, que chaque sexe conserve après sa mort le même attrait pour l’autre sexe, et par conséquent ce même désir de s’unir ; j’ajouterai qu’on n’y parvient que par les nœuds de l’amour conjugal ; que les époux qui se sont tendrement aimés se retrouvent dans le ciel, qu’ils y renouvellent le contrat de leur cœur, et même pendant un certain temps, les terrestres plaisirs de leur première jouissance, jusqu’à ce que, plus épurés par l’habitude de ce nouveau ciel, ils parviennent à la suprême félicité des nœuds qui leur sont conservés ; enfin je dirai qu’ils y vivent, et qu’ils s’aiment sans contrainte ; qu’ils ont la liberté de manger, et que les fruits de leur amour ne sont et ne peuvent être que des fruits de sagesse, ce qui fait la première différence du ciel des Bienheureux et des abîmes où les méchants sont confondus. L’amour tient à l’âme; par conséquent l’amour suit l’âme, à quelque
région qu’elle habite, elle éprouve toujours le besoin d’aimer, parce qu’il fait partie du premier principe de son essence. L’homme, pendant sa vie comme après sa mort, se distingue toujours en homme extérieur et en homme intérieur ; de là la facilité de se reconnaître et le plaisir de se retrouver, jusqu’à ce que la première distinction subordonnée à la seconde, il n’ait plus besoin que des seuls mouvements, que des seules impressions, des seuls sentiments de son âme, pour se concentrer et s’identifier avec l’objet, avec lequel il ne forme plus à la fin qu’une même volonté, qu’un seul désir ; c’est pourquoi l’homme qui aura convolé sur la terre à de secondes noces, partagera également ses caresses dans le ciel avec les épouses qu’il aura chéries, jusqu’à ce que la partie intérieure de lui-même, sanctifiant, purifiant et éclairant ses goûts, lui fasse abandonner l’une pour se fixer à l’autre, si elle doit suffire à son bonheur ; parce que, dans ce séjour angélique, le cœur ne peut pas plus être partagé que dépouillé de ce besoin, de cette nécessité d’aimer qu’éprouveront à la fin dans ce nouveau ciel ces célibataires qui n’en ont jamais connu sur la terre le sentiment et le désir.
LES MERVEILLES DU CIEL ET DE L’ENFER ET DES TERRES PLANÉTAIRES ET ASTRALES