DICTÉS A L’ASSEMBLÉE DE SES ÉLÈVES
Procédés du magnétisme animal.
On a vu par la doctrine que tout se touche dans l’univers au moyen d’un fluide universel dans lequel tous les corps sont plongés.
Il se fait une circulation continuelle qui établit la nécessité des courants rentrants et sortants.
Pour les établir et les fortifier sur l’homme, il est plusieurs moyens. Le plus sûr est de se mettre en opposition avec la personne que l’on veut toucher, c’est-à-dire en face, de manière que l’on présente le côté droit au côté gauche du malade. Pour se mettre en harmonie avec lui, il faut d’abord mettre les mains sur les épaules, suivre tout le long des bras jusqu’à l’extrémité des doigts, en tenant le pouce du malade pendant un moment, recommencer deux ou trois fois, après quoi vous établissez des courants depuis la tête jusqu’aux pieds ; vous cherchez encore la cause et le lieu de la maladie et de la douleur ; le malade vous indique celui de la douleur et souvent sa cause, mais, plus ordinairement, c’est par le toucher et le raisonnement que vous vous assurez du siège et de la cause de la maladie et de la douleur qui, dans la plus grande partie des maladies, réside dans le côté opposé à la douleur, surtout dans les paralysies, rhumatismes et autres de cette espèce.
Vous étant bien assuré de ce préliminaire, vous touchez constamment la cause de la maladie, vous entretenez les douleurs symptomatiques jusqu’à ce que vous les ayiez rendues critiques : par là, vous secondez l’effort de la nature contre la cause de la maladie, et vous l’ame-
nez à une crise salutaire, seul moyen de guérir radicalement. Vous calmez les douleurs que I on appelle symptômes symptomatiques, et qui cèdent au toucher, sans que cela agisse sur la cause de la maladie, ce qui distingue cette sorte de douleur de celles que nous nommons simplement symptomatiques et qui s’irritent d’abord par le toucher, pour se terminer par une crise, après laquelle le malade se trouve soulagé et la cause de la maladie diminuée.
Outre cette raison de toucher d’abord les viscères pour découvrir la cause de la maladie, il en est une autre plus déterminante : les nerfs sont les meilleurs conducteurs du magnétisme qui existe dans le corps, ils sont en si grand nombre dans ces parties que plusieurs physiciens y ont placé le siège des sensations de l’âme ; les plus abondants et les plus sensibles sont le centre nerveux du diaphragme, le plexus stomachique, ombilical, etc. Cet amas d’une infinité de nerfs correspond avec toutes les parties du corps.
On touche, dans la position ci-devant indiquée, avec le pouce et l’indicateur, ou avec la paume de la main, ou avec un doigt seulement renforcé par l’autre, en décrivant une ligne sur la partie que l’on veut toucher, et en suivant le plus qu’il est possible la direction des nerfs, ou enfin avec les cinq doigts ouverts et recourbés. Le toucher à une petite distance de la partie est plus fort, parce qu’il existe un courant entre la main ou le conducteur et le malade.
On touche médiatement avec avantage en se servant d’un conducteur étranger. On se sert le plus communément d’une petite baguette, longue de dix à quinze pouces, de forme conique et terminée par une pointe tronquée. La base est de trois, cinq ou six lignes et la
MESMER
pointe d’une à deux. Après le verre, qui est le meilleur conducteur, on emploie le fer, l’acier, l’or, l’argent, etc. en préférant le corps le plus dense, parce que les filières étant plus rétrécies et plus multipliées donnent une action proportionnée à la moindre largeur des interstices. Si la baguette est aimantée, elle a plus d’action ; mais il faut observer qu’il est des circonstances, comme dans l’inflammation des yeux, le trop grand éréthisme, etc., où elle peut nuire. Il est donc prudent d’en avoir deux. L’on magnétise avec une canne, ou tel autre conducteur, en faisant attention que si c’est un corps étranger, le pôle est changé et qu’il faut toucher différemment c’est-à-dire de droite à droite et de gauche à gauche.
Il est bon aussi d’opposer un pôle à l’autre, c’est-àdire que si on touche la tête, la poitrine, le ventre, etc., avec la main droite, il faut opposer la gauche dans la partie postérieure, surtout dans la ligne qui partage le corps en deux parties, c’est-à-dire depuis le milieu du front jusqu’au pubis, parce que le corps représente un aimant : si vous avez établi le nord à droite, la gauche devient le sud et le milieu l’équateur, qui est sans action prédominante ; vous y établissez des pôles en opposant une main à l’autre.
Un bassin se magnétise de la même manière qu’un bain : en plongeant la canne ou tel autre conducteur dans l’eau, pour y établir un courant. En l’agitant en ligne droite, la personne qui sera placée vis-à-vis en ressentira l’effet. Si le bassin est grand, on établira quatre points cardinaux. L’on tracera une ligne dans l’eau en suivant le bord du bassin de l’est au nord et de l’ouest au même point. On répétera la même chose pour le sud. Plusieurs personnes pourront être placées autour de ce bassin et y éprouver des effets magnétiques. Si elles sont
en grand nombre, on tracera plusieurs rayons aboutissant à chacune d’elles après avoir agité la masse d’eau autant qu’il sera possible.
Un baquet est une espèce de cuve ronde, carrée ou ovale, d’un diamètre proportionné au nombre des malades que l’on veut traiter. Des douves épaisses et assemblées, peintes et jointes de manière à pouvoir contenir de l’eau, profondes d’environ un pied, la partie supérieure plus large que le fond d’un ou deux pouces, recouvertes d’un couvercle en deux pièces, dont l’assemblage est enchâssé dans la cuve et le bord appuyé immédiatement sur celui de la cuve auquel il est assujetti par de gros clous à vis. Dans l’intérieur vous rangez des bouteilles en rayons convergents, de la circonférence au centre, vous en placez d’autres couchées dans tout le tour, le fond appuyé contre la cuve, une seule de hauteur, en laissant entre elles l’espace nécessaire à recevoir le goulot d’une autre. Cette première disposition faite, vous posez dans le milieu du vase une bouteille droite ou couchée, d’où partent tous les rayons que vous formez, d’abord, avec des demi-bouteilles, ensuite avec des grandes, quand la divergence le permet. Le fond de la première est au centre, son col entre dans le fond de la suivante, de manière que le goulot de la derniere aboutit à la circonférence. Ces bouteilles doivent être remplies d’eau, bouchées et magnétisées de la même manière. Il serait à désirer que ce fût par la même personne. Pour donner plus d’activité au baquet, on met au fond un second et un troisième lit de bouteilles sur le premier ; mais, communément, on en fait un second qui, partant du centre, recouvre le tiers, la moitié ou les trois quarts du premier. On remplit ensuite la cuve d’eau à une certaine hauteur, mais toujours assez pour couvrir toutes
MESMER
les bouteilles. L’on peut y ajouter de la limaille de 1er, du verre pilé et autres corps semblables, sur lesquels j’ai différents sentiments.
De l’intérieur ou de l’extérieur du baquet part, attachée à un fer, une corde très ample, que les malades appliquent sur la partie dont ils souffrent. Ils forment des chaînes en tenant cette corde et, appuyant le pouce gauche sur le droit, ou le droit sur le gauche de son voisin, de manière que l’intérieur d’un pouce touche l’autre, ils s’approchent le plus qu’ils peuvent, pour se toucher par les cuisses, les genoux, les pieds, et ne forment pour ainsi dire qu’un corps continu, dans lequel le fluide magnétique circule continuellement, et est renforcé par tous les différents points de contact, auxquels ajoute encore la position des malades, qui sont en face les uns des autres. On a aussi des fers assez longs pour aboutir à ceux du second rang par l’intervalle de ceux du premier.
Il est plusieurs moyens d’augmenter le nombre et l’activité des courants. Si vous voulez toucher un malade avec force, réunissez dans un appartement le plus de personnes possible, établissez une chaîne qui parte du malade et aboutisse au magnétiseur. Line personne adossée à lui ou la main sur son épaule augmente son action. Il est une infinité d’autres moyens impossibles à détailler, comme le son, la musique, la vue, les glaces, etc., etc.
Le courant magnétique conserve encore quelque temps son effet après être sorti du corps, à peu près comme le son d’une flûte qui diminue en s’éloignant. Le magnétisme à une certaine distance produit plus d’effet que lorsqu’il est appliqué immédiatement.
Après l’homme, les animaux, ce sont les végétaux, et
surtout les arbres, qui sont le plus susceptibles du magnétisme animal. Pour magnétiser un arbre sous lequel vous voulez établir un traitement, vous en choisissez un jeune, vigoureux, branchu, sans nœuds autant qu’il est possible et à fibres droites. Quoique toute espèce d’arbuste puisse servir, les denses comme le chêne, l’orme, le charme sont à préférer. Votre choix fait, vous vous mettez à une certaine distance du côté du sud, vous établissez un côté droit et un côté gauche qui forment les deux pôles et la ligne de démarcation du milieu, l’équateur. Avec le doigt, le fer ou la canne, vous suivez depuis les feuilles, les ramifications et les branches ; après avoir amené plusieurs de ces lignes à une branche principale, vous conduisez les courants au tronc jusqu’aux racines. Vous recommencez jusqu’à ce que vous ayez magnétisé tout le côté, ensuite vous magnétisez l’autre de la même manière et avec la même main, parce que les rayons sortant du conducteur en divergence, se convergent à une certaine distance et ne sont pas sujets à la répulsion. Le nord se magnétise par les mêmes procédés. Cette opération faite, vous vous rapprochez de l’arbre, et, après avoir magnétisé les racines s’il en existe de visibles, vous l’embrassez et lui présentez tous vos pôles successivement. L’arbre jouit alors de toutes les vertus du magnétisme. Les personnes saines, en restant quelque temps auprès ou en le touchant, pourront en ressentir l’effet, et les malades, ceux surtout déjà magnétisés, le ressentiront violemment et éprouveront des crises. Pour y établir un traitement, vous attachez des cordes à une certaine hauteur, au tronc et aux principales branches, plus ou moins nombreuses et plus ou moins longues à proportion des personnes qui doivent s’y rassembler et qui, la face tournée vers l’arbre, et
MESMER
placées circulairement, soit sur des sièges, soit sur de la paille, les mettront autour des parties souffrantes comme au baquet, y feront des chaînes le plus fréquemment possible, et y éprouveront des crises comme au baquet, mais bien plus douces. L’effet curatif en est bien plus prompt et plus actif en proportion du nombre des malades, qui en augmente l’énergie en multipliant les courants, les forces et les contacts. Le vent agitant les branches de l’arbre ajoute à son action. Il en est de même d’un ruisseau ou d’une cascade ; si l’on est assez heureux pour en rencontrer dans l’endroit que l’on aura choisi.