‹ Anthologie de l'occultismeChapitre 210 sur 229 · LOUIS-CLAUDE DE SAINT-MARTIN · texte numérisé non relu

LOUIS-CLAUDE DE SAINT-MARTIN

Célèbre philosophe mystique de la fin du xviii® siècle, né à Amboise. Il fut élève de cet étonnant collège de Pontlevoy, d'où est sorti Balzac, et qui n'a cessé, jusqu'à nos jours, de former des hommes remarquables. Saint-Martin fut initié à Bordeaux aux pratiques de la secte des Martinistes, fondée par Martinez de Pasqually et non par Saint-Martin lui-même , comme beaucoup le croient. Mais il s'en détacha bientôt, à cause de son peu de goût pour les formes rituelles. Il se lia avec Lalande et J.-J. Rousseau mais il ne trouva sa voie que fort tard, à Strasbourg , où Mme de Bœclin lui fit lire les œuvres de Jacob Bœhme, qui fut désormais la lumière de sa vie. Il échappa assez habilement à la Révolution et termina sa vie dans la pratique du mysticisme le plus pur. Sa

doctrine peut se résumer dans ce mot : le Spiritualisme. Les mystiques s'unissaient à Dieu par leur ame seule , Saint-Martin prétend obtenir ce résultat par la puissance intellectuelle d'abord , qui lui permet de connaître son Créateur avant que de l'aimer. Il combat le matérialisme, source d'erreurs par lesquelles la vérité nous est cachée, et il s'efforce de montrer à l'homme le principe divin qui se trouve en lui. Saint-Martin, qui prenait le titre de Philosophe Inconnu, a écrit de nombreux ouvrages dont les principaux sont : Des Erreurs et de la Vérité (1775) ; Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l’Homme et l’Univers (1782) ; L’Homme de Désir (1790) ; Le Nouvel Homme (1792) ; Le Crocodile (1799) ; Les Trois principes de l’Essence divine (1802) ; De la Triple Vie de l’Homme (1809), etc.

TABLEAU NATUREL DES RAPPORTS QUI EXISTENT ENTRE DIEU, L’HOMME ET L’UNIVERS

Avant que les choses temporelles puissent avoir eu l’existence qui nous les rend sensibles, il a fallu des éléments primitifs et intermédiaires entre elles et les facultés créatrices dont elles descendent, parce que ces choses temporelles et les facultés dont elles descendent, sont d’une nature trop différente pour pouvoir exister ensemble sans intermède ; ce qui nous est physiquement répété par le soufre et l’or, par le mercure et la terre, lesquels ne peuvent s’unir que par la même loi d’une substance intermédiaire.

Ces éléments inconnus aux sens, mais dont l’intelligence atteste la nécessité et l’existence, sont déterminés et fixés dans leur essence et dans leur nombre, comme toutes les lois et tous les moyens que la Sagesse met en

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usage pour l'accomplissement de ses desseins. Enfin, ils peuvent être regardés comme les premiers signes des facultés supérieures auxquelles ils tiennent immédiatement.

Dès lors, tout ce qui existe dans la nature corporelle, toutes les formes, les moindres traits, ne sont et ne peuvent être que des réunions, des combinaisons, ou des divisions des signes primitifs : et rien ne peut paraître parmi les choses sensibles, qui ne soit écrit en eux, qui ne descende d'eux et qui ne leur appartienne, comme toutes les figures possibles de la Géométrie seront toujours composées de points, de lignes, de cercles, ou de triangles.

L’homme lui-même, dans ses œuvres matérielles, qui ne sont que des œuvres secondes par rapport aux œuvres de la Nature, est lié, comme tous les autres Etres à ces signes primitifs ; il ne peut rien élever, rien tracer, rien construire ; il ne peut, dis-je, imaginer aucune forme, exécuter même un seul mouvement volontaire ou involontaire, qui ne tiennent à ces modèles exclusifs, dont tout ce qui se meut, tout ce qui vit dans la Nature, n’est que le fruit et la représentation. S’il en pouvait être autrement, l’homme serait créateur d’une autre Nature et d’un autre ordre de choses, qui n’appartiendraient point au Principe producteur et modèle de tout ce qui existe sensiblement pour nous.

En admettant des signes primitifs pour l’expression sensible de nos idées, nous ne devons point être arrêté par la variété infinie de ceux qui sont en usage parmi les différentes Nations de la Terre : cette variété prouve seulement notre ignorance. Car, si la loi qui sert d’organe à la suprême Sagesse, établit partout un ordre, une régularité ; elle doit avoir déterminé, pour l’expression

des pensées qu’elle nous envoie, des signes invariables,

comme elle en a établi pour la production de ses faits

matériels : et si nous n’étions pas ensevelis dans des

ténèbres profondes, ou si nous nous attachions davantage à suivre la route instructive et lumineuse de la simplicité des Etres , qui sait si nous ne parviendrions pas à connaître et la forme et le nombre de ces signes primitifs, c’est-à-dire, à fixer notre alphabet ?

Mais quelle que soit notre privation à cet égard, dès que ces signes primitifs existent, tous ceux que nous employons, quoique conventionnellement, en dérivent de toute nécessité : ainsi tous les mots que nous voudrons composer, imaginer et fabriquer, seront toujours des assemblages tirés de ces caractères primitifs, puisque, ne pouvant sortir de la loi qui les a produits, nous ne saurions jamais rien trouver hors d’eux, et qui ne soit, pour ainsi dire, eux-mêmes.

Ces sons et ces caractères primitifs étant les vrais signes sensibles de nos pensées, ils doivent être aussi les signes sensibles de l’unité pensante : car il n’y a qu’une seule idée, comme il n’y a qu’un seul principe de toutes choses.

Ainsi les productions les plus défigurées, que nous puissions manifester par la parole et par l’écriture, portent toujours secondairement l’empreinte de ces signes primitifs ; et par conséquent celle de cette unique idée, ou de l’unité pensante : ainsi l’homme ne peut proférer une seule parole, tracer un seul caractère, qu’il ne manifeste par la faculté pensante de l’Agent suprême ; comme il ne peut produire un seul acte corporel, un seul mouvement, sans en manifester les facultés créatrices.

C Tableau naturel , § IV.)

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