LES NOMS DIVINS
Suivant la toute sage et très véritable théologie, le divin est révélé dans une épopsie proportionnée à chaque intelligence, salutaire justice de la bonté théarchique qui divise, avec une convenance divine, comme incompréhensible, l’immensurable au mensurable. Car, comme l’intelligible ne peut être vu et saisi par le sensible, ni le simple et l’atypique par le multiple et le typique, ni l’informité impalpable et inostensible de l’incorporéité par la forme palpable et ostensible de la corporéité, ainsi il s’ensuit que l’infinité supersubstantielle reste supérieure à toutes les substances et l’unité superintelligible à toutes les intelligences. Nulle conception ne conçoit cet inconcevable, nulle expression n’exprime ce bon inexprimable, unité unifiant toute unité, substance supersubstantielle, intelligence inintelligible, parole imparlable ; irraisonnabilité, ininteliigibilité, innommabilité, n’étant comme rien de ce qui est ; causant l’être de tout et n’étant pas lui-même, parce qu’il est au delà de toute substance, tel que proprement et sciemment il lui appartient de se découvrir. ( Chapitre î)
11 y a une foule d’autres lumières déifiques, en rapport avec celles des oracles, que la tradition secrète de nos sublimes chefs nous a départies ; or, nous les avons recueillies aussi, mais sous le voile de religieux symboles à notre portée ; car, dans sa tendresse pour l’humanité, la tradition hiérarchique, aussi bien que les oracles, cache l’intelligible sous le sensible, et le supersubstantiel sous le substantiel ; elle revêt de forme et de figure ce qui n’a ni figure ni forme, et, par la variété de
SAINT DENYS l’aREOPAGITE
ces emblèmes divisibles, elle multiplie en la façonnant l’infaçonnable simplicité. ( Chapitre I.)
Or, les célestes intelligences se meuvent, comme on dit, circulairement, tandis qu’elles s’unissent aux splendeurs, sans commencement et sans fin, du beau et du bon ; directement, lorsqu’elles se portent à des soins providentiels envers leurs subalternes, traversent tout en ligne droite ; obliquement, quand, venant en aide à ces subalternes, et demeurant fermes dans leur immutabilité par rapport au beau et au bon, principe de cette immutabilité, elles tournent sans jamais s’arrêter. L’âme aussi a d’abord un mouvement circulaire, par lequel elle se replie sur elle-même, des choses extérieures ; elle ramasse en l’unité ses facultés spirituelles, de manière à ne pouvoir pas plus s’égarer que dans un cercle, et, après avoir rompu avec la multiplicité du dehors, et s’être recueillie en elle-même par la simplicité qu’elle a conquise, unifiée dans ses puissances uniformément unies, elle atteint ainsi le beau et le bon, au dessus de tous les êtres, un et semblable, sans commencement et sans fin. Elle a ensuite un mouvement oblique, en ce que, selon sa capacité, elle est éclairée des divines gnoses, non point par intuition et dans l’unité, mais grâce à la logique et à ses déductions, et comme en vertu d’opérations complexes et transitoires. Elle a enfin un mouvement direct, non pas en tant qu’elle rentre en elle-même et qu’elle déploie son intelligence unique, car il y aurait, comme je l’ai dit, mouvement circulaire, mais bien en tant qu’elle gravite vers ce qui l’environne, et des objets extérieurs, ainsi que de divers et multiples symboles, elle s’élève aux contemplations simples et unes.
(Chapitre IV)