‹ Anthologie de l'occultismeChapitre 88 sur 229 · DE LA HIÉRARCHIE CÉLESTE · texte numérisé non relu

DE LA HIÉRARCHIE CÉLESTE

Les mystiques traditions des oracles révélateurs, en exaltant l’adorable béatitude de la supersubstantielle théarchie, pour marquer sa raisonnabilité et sa sagesse, attribut de la divinité, la proclamant raison, intelligence, substance, et, pour exprimer qu’elle est l’essence essentiellement essentielle et la vraie cause de la subsistance des êtres, lui appliquent les termes de lumière et de vie, pieuses désignations qui, bien qu’elles respirent plus de dignité, et semblent, d’une certaine façon, l’emporter en excellence sur les symboles matériels, ne laissent pas néanmoins que de s’écarter, au fond, de la similitude avec la théarchie ; car elle est audessus de toute substance et de toute vie ; nulle lumière ne la retrace, et ni raison ni intelligence quelconque, de près ou de loin, ne la reproduit. D’autres fois, à l’inverse de ces manifestations, les mêmes oracles, en vue de la glorifier supercosmiquement, la nomment invisible, interminée, incompréhensible, mots qui signifient, non ce qu’elle est, mais ce qu’elle n’est pas. Cette seconde manière, pensons-nous, lui convient davantage : car, à en croire la mystique et hiératique tradition, nous disons avec vérité qu’elle n’est comme rien de ce qui est, mais nous ignorons la supersubstantielle, inintelligible et inexprimable illimitation. Puis donc que les négations concordent autant que les affirmations discordent avec le divin, il convient, à un plus haut degré, en ces arcanes inénarrables, de révéler les objets invisibles sous des fictions dissemblables ; il est donc faux que les hiérographies scripturales rabaissent les célestes hiérarchies ; au contraire elles les honorent, en les représentant sous

SAINT DENYS l’aKÉOPAGITE

des compositions de formes dissemblables, par où elles montrent leur exaltation supercosmique sur toutes les choses matérielles. Et que les similitudes dissemblables élèvent plus votre intelligence, je ne suppose personne assez dénué de raison pour le contester. Car il est à présumer qu’avec les plus imposantes de ces hiéroplasties, certains s’égareront, prenant les êtres célestes pour des hommes brillants d’or, revêtus d’habits splendides, d’un charme éblouissant, environnés d’éclairs, lançant d’innocentes flammes, et, sous tous les autres traits semblables dont la théologie orne les intelligences supercosmiques. C’est pour éviter ce péril à ceux qui n’entendent rien au dessus du beau sensible, que la sublime sagesse des saints théologiens se rabat pieusement sur ces dissimilitudes criantes, empêchant votre matérialité de se reposer fixement sur ces images messéantes, tandis qu’elle aiguillonne et excite la partie haute de l’âme par la hideur de ces signes, à cause du peu d’exactitude et de vraisemblance qui, aux yeux, même les plus terrestres, paraît régner dans l’assimilation des célestes et divines magnificences à des objets aussi absurdes. D’ailleurs, il faut songer que rien de ce qui existe n’est totalement privé de la participation au beau, puisque, comme disent les oracles de la vérité, tout est de la splendeur.

(' Chapitre II.)

Page 1