‹ Anthologie des écrivains français du XVIIe siècleChapitre 34 sur 52 · LA PRINCESSE DE CLEVES · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE DE CLEVES

Mademoiselle de Chartres.

IL parut alors une beauté à la cour qui attira les yeux de

tout le moiide, et l'on doit croire que c'était une beauté parfîiitc,

puisqu'elle donna de l'admiration dans un heu où l'on était si

accoutumé à voir de belles personnes. Elle était de la même

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i;^o — M'"' DE LA FAYETTE 1634-1692

maison que le vidame de Chartres, et une des plus grandes héritières de France. Son père était mort jeune et l'avait laissée sous la conduite de M*"^ de Chartres, sa femme, dont le bien, la vertu et le mérite étaient extraordinaires. Après avoir perdu son mari, elle avait passé plusieurs années sans revenir à la cour. Pendant cette absence, elle avait donné ses soins à l'éducation de sa fille ; mais elle ne travailla pas seulement à cultiver son esprit et sa beauté ; elle songea aussi à lui donner de la vertu et à la lui rendre aimable... Elle lui faisait voir quelle tranquillité suivait la vie d'une honnête femme, et combien la vertu donnait d'éclat et d'élévation à une personne qui avait de la beauté et de la naissance...

Cette héritière était alors un des grands partis qu'il y eût en France, et, quoiqu'elle fût dans une extrême jeunesse, l'on avait déjà proposé plusieurs mariages. M"*^ de Chartres, qui était extrêmement glorieuse, ne trouvait presque rien digne de sa fille : la voyant dans sa seizième année, elle voulut la mener à la cour. Lorsqu'elle arriva, le vidame alla au-devant d'elle; il fut surpris de la grande beauté de M"^ de Chartres, et il en fut surpris avec raison. La blancheur de son teint et ses cheveux blonds lui donnaient un éclat que l'on n'a jamais vu qu'à elle ; tous ses traits étaient réguliers, et son visage et sa personne étaient pleins de grâces et de charmes...

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