‹ Anthologie des écrivains français du XVIIe siècleChapitre 38 sur 52 · LOUIS XIV · texte numérisé non relu

LOUIS XIV

MEMOIRES POUR l'instruction du dauphin

C'EST un avantage fort grand et fort singulier de pouvoir trouver notre satisfaction dans les choses qui servent à notre grandeur, et de savoir par étude nous faire une espèce de plaisir de la nécessité de notre ministère. Il n'est personne assurément d'assez mauvais goût pour ne pas trouver cette méthode très bonne et très utile ; mais il est peu de gens assez sages pour la savoir bien pratiquer, et peut-être même que l'on s'y appUque plus rarement chez les souverains que chez les particuUers. Car, à vrai dire, la douce habitude que les princes prennent à commander leur rend plus incommode toute sorte de sujétion ; et se voyant élevés au-dessus des règles ordinaires, ils ont besoin de plus de force et de plus de raison que les autres pour s'imposer eux-mêmes de nouvelles lois.

Les hommes privés semblent trouver un chemin tout frayé vers la sagesse dans l'observance des ordres publics auxquels ils sont assujettis. La prudence de la loi qui leur prescrit ce qu'ils doivent faire, le concours de tout un peuple qui la suit, la crainte du châtiment et l'espoir de la récompense, sont des secours continuels attachés à la faiblesse de leur condition, et dont l'éclat de la nôtre nous a privés.

Peut-être qu'il y a beaucoup de bons sujets qui seraient de fort mauvais princes. Il est bien plus facile d'obéir à son sup>érieur que de se commander à soi-même ; et, quand on peut tout

(•) LOUIS XIV, né à Saint-Germain en 1638, roi de France de 1643 à 1715. Ses œuvres, composées de mémoires, d'instructions, de lettres, etc., donnent une haute idée de l'homme et du roi, par la justesse, la netteté, et aussi la noblesse unie à la plus grande simplicité.

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