‹ Anthologie des écrivains français du XVIIe siècleChapitre 40 sur 52 · LOUIS XIV I638-I7I · texte numérisé non relu

LOUIS XIV I638-I7I

qui d'une fortune particulière ou d'une puissance très médiocre, par la seule force de leur mérite, sont venus à fonder de grands empires, ont passé comme des éclairs d'une partie du monde à l'autre, charmé toute la terre par leurs grandes qualités, et laissé depuis tant de siècles une longue et étemelle mémoire d'eux-mêmes, qui semble, au lieu de se détruire, s'augmenter et se fortifier tous les jours par le temps. Si cela ne suffit pas, rendez- vous encore une justice plus exacte, et considérez de combien de choses on vous louera que la fortune seule aura peut-être faites pour vous. Descendez avec quelque sévérité à la considération de vos propres faiblesses : car, bien que vous puissiez en imaginer de semblables en tous les hommes et même dans les plus grands, néanmoins, comme vous les imaginerez et les croirez seulement en eux avec quelque incertitude, au lieu que vous les sentirez véritablement et certainement en vous, elles diminueront sans doute la trop grande opinion que vous pourriez avoir de vous-même, qui est d'ordinaire l'écueil d'un mérite éclatant et connu. Par là, mon fils, et en cela, vous serez humble. Mais quand U s'agira du rang que vous tenez dans le monde, des droits de votre couronne, du roi enfin et non pas du particuUer, prenez hardiment l'élévation de cœur et d'esprit dont vous serez capable ; ne trahissez point la gloire de vos prédécesseurs ni l'intérêt de vos successeurs à venir, dont vous n'êtes que le dépositaire : car alors votre humilité deviendrait bsLSsesse.

Ne doutez point qu'en tout temps je n'eusse mieux aimé conquérir des États que de les acquérir. Mais qui ne veut que pratiquer une vertu, il ne la connaît point du tout ; car il n'y en a point de véritable qui ne s'accorde avec toutes les autres, puisqu'elles consistent toutes à agir par raison, c'est-à-dire suivant que le temps et les occasions le demandent, même en faisant violence à ses propres inclinations. Il faut de la variété dans la gloire comme partout ailleurs, et en celle des princes plus qu'en celle des particuhers ; car qui dit un grand roi dit presque tous les talents ensemble de ses plus excellents sujets. La valeur est une de ces qualités principales, mais ce n'est pas l'unique ; elle laisse beaucoup à faire à la justice, à la prudence et à la bonne conduite, et à l'habileté dans les négociations : plus la valeur même est parfaite, plus elle affecte de ne point pwiraître à contretemps et de ne se montrer que la dernière.

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pour achever ce que toutes les autres ont trouvé impossible. Si les autres qualités ont moins d'éclat, elles ne laissent pas d'acquérir au prince un honneur d'autant plus soHde que leurs bons effets ne semblent être que son propre ouvrage, où la fortune n'a presque point eu de part. Soyez toujours, mon fils, en état de vous faire craindre par les armes, mais ne les employez qu'au besoin, et souvenez-vous que notre puissance, lors même qu'elle est à son comble, pour être plus redoutée, doit être plus rarem'înt éprouvée : tel qui ne pensait pas se pouvoir défendre contre nous trouverait chez ses amis, chez ses voisins, chez nos envieux, et quelquefois même dans son propre désespoir, les moyens de nous résister.

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