‹ Anthologie des écrivains français du XVIIe siècleChapitre 42 sur 52 · DE LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

DE LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ

LE plus grand nombre des hommes ne travaille avec tant d'assiduité et de peine que pour soutenir une misérable vie et pour laisser à leurs enfants quelques secours nécessaires à la conservation de leur corps.

Ceux qui par le bonheur ou le hasard de leur naissance ne sont point sujets à cette nécessité ne font pas mieux connaître par leurs exercices et par leurs emplois qu'ils regardent leur âme comme la plus noble partie de leur être. La chasse, la danse, le jeu, la bonne chère sont leurs occupations ordinaires. Leur âme, esclave du corps, estime et chérit tous ces divertissements, quoique tout à fait indignes d'elle. Mais parce que leur corps a rapport à tous les objets sensibles, elle n'est pas seulement esclave du corps, mais elle l'est encore, par le corps, à cause du

(•) MALEBRANCHE (Nicolas DE), né et mort à Paris ( 1638-17 15). Eotré à l'Oratoire en 1660, il découvrit sa vocation philosophique en lisant par hasard le Traité de l'homme de Descartes, et publia, en 1674, le premier volume de la Recherche de la vérité, qui eut un succès considérable. Les trois autres parurent successivement. Une des intentions principales de Malebranche avait été de montrer l'accord du cartésianisme et de la religion. Tel est encore le sujet des Conversations chrétiennes (1676).

Les années suivantes, jusqu'en 1687, furent remplies par sa querelle célèbre avec Bossuet et Arnauld sur la question de la grâce. En 1680, il avait publié son Traité de la nature et de la grâce. Il en développa les idées principales, en i683, dans ses Méditations chrétiennes et métaphysiques. La même année il donnait son Traité de morale, et, en 1686, il condensait son système dans ses Entretiens sur la métaphysique et la religion.

Lé Père Lamy ayant essayé de le rendre solidaire du quiétisme, il publia, en 1697, son Traité de l'amour de Dieu, qui le réconcilia avec Bossuet. Cependant les jésuites l'attaquaient. Le Père Tournemine et le Père Hardouin l'accusèrent d'athéisme à propos de ses Entretiens d'un philosophe chrétien et d'un philosophe chinois sur l'existence de Dieu (1708). Il se défendit surtout dans son Traité de la prémotion physique. Il se livrait, en même temps, à des études de géométrie et de physique. En 1699 il avait été admis à l'Académie des sciences; il avait publié le Traité de la communication du mouvement(i6g2). Malebranche est un cartésien très libre. Il a développé le cartésianisme dans le sens le plus contraire à Spinoza.

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