ANDRÉ CHÉNIER
Comme la poix brûlante agitée en ses veines
Ressuscite un flambeau mourant.
Je souffre : mais je vis. Par vous, loin de mes peines,
D'espérance un vaste torrent Me transporte. Sans vous, comme un poisson livide,
L'invisible dent du chagrin, Mes amis opprimés, du menteur homicide
Les succès, le sceptre d'airain, Des bons proscrits par lui la mort ou la ruine,
L'opprobre de subir sa loi, Tout eût tari ma vie, ou contre ma poitrine
Dirigé mon poignard. Mais quoi !
Nul ne resterait donc pour attendrir l'histoire
Sur tant de justes massacrés !
Pour consoler leurs fils, leurs veuves, leur mémoire !
Pour que des brigands abhorrés Frémissent aux portraits noirs de leur ressemblance,
Pour descendre jusqu'aux enfers Nouer le triple fouet, le fouet de la vengeance
Déjà levé sur ces pervers !
Pour cracher sur leurs noms, pour chanter leur supplice !
Allons, étouffe tes clameurs ; Souffre, ô cœur gros de haine, affamé de justice.
Toi, vertu, pleure si je meurs.
FRAGMC.n't DE L e ODE A CHARLOTTE CORDAY I.
tSno LAMARTINE