X833 AUGUSTE BARBIER
Hélas ! d'un lait trop fort la Muse t'a nourri, L'art fut ton seul amour et prit ta vie entière ; Soixante ans tu courus une triple carrière Sans reposer ton cœur sur un cœur attendri.
Pauvre Buonarotti ! ton seul bonheur.aii monde Fut d'imprimer au marbre une grandeur profonde, Et, puissant comme Dieu, d'effrayer comme lui :
Aussi quand tu parvins à ta saison dernière, Vieux lion fatigué, sous ta blanche crinière, Tu mourus longuement plein de gloire et d'ennui.
Gœthe.
ET toi, divin amant de cette chaste Hélène,
Sculpteur au bras immense, à la puissante haleine,
Artiste au front paisible avec des mains de feu,
Rayon tombé du ciel et remonté vers Dieu ;
O Gœthe ! ô grand vieillard ! prince de Germanie t
Penché sur Rome antique et son mâle génie,
Je ne puis m'empêcher, dans mon chant éploré,
A ce grand nom croulé d'unir ton nom sacré,
Tant ils ont tous les deux sonné haut dans l'espace,
Tant ils ont au soleil, tous deux, tenu de place,
Et dans les cœurs amis de la forme et des dieux
Imprimé pour toujours un sillon glorieux.
Hélas ! longtemps, du fond de ton sol froid et sombre,
Sur l'univers entier se pencha ta grande ombre ;
Longtemps, sublime temple à tous les dieux ouvert,
On entendit tes murs chanter plus d'un concert,
Et l'on vit promener sur tes superbes dalles
Mille jeunes beautés, aux formes idéales.
Longtemps tu fus le roi d'une noble cité
Que l'harmonie un jour bâtit à ton côté,
Et longtemps, quand le sort eut brisé ses portiques
Qui rappelaient Athène et les grâces antiques,
Toi seul restant debout, ô splendide vieillard !
Comme Atlas, tu portas le vaste ciel de l'art.
XIXe SIÈCLE (PCiiSIE) — f.