‹ Anthologie des écrivains français (volume 3)Chapitre 3 sur 70 · ANDRE THEURIET · texte numérisé non relu

ANDRE THEURIET

en pleine lumière, n'avez-vous pas entendu ce susurrement aérien qui passe entre les branches hérissées de vertes aiguilles et qui contraste avec la joie épandue au dehors par les rayons aveuglants de l'été? C'est une chanson berceuse, flottante, fluide et mélancolique. Théocrite, il y a plus de deux mille ans, en célébrait déjà la molle douceur. Elle a des soupirs d'une tendresse exquise et des sanglots à peine perceptibles, tant ils sont discrets. On dirait la voix d'une âme errante qui regrette la terre et qui en connaît pourtant les infinies tristesses.

Descendez maintenant jusqu'au bas du coteau, vers les prés où la rivière, tranquille, coule sous un voile denénufars, et écoutez la chanson des peupliers. C'est une tout autre cantilène — gaie, claire, et gaillarde, rafraîchissante aussi ! On croirait ouïr le clapotis d'une giboulée d'avril qui éclabousse les feuilles.

Mais, où la symphonie des arbres triomphe dans toute sa beauté et sa majesté, c'est lorsque le vent d'ouest court à travers bois pendant les pluvieuses nuits d'automne. L'orchestre alors donne tout entier : basses sourdes et grondantes ; clameurs pareilles à des coups de clairon indéfiniment prolongés ; ruissellements drus de l'averse, tombant comme un déluge de notes frémissantes. Parfois une accalmie. Seule, la plainte aiguë de la bise siffle entre les plus fines branches et les fait vibrer comme les cordes d'une harpe éolienne. Cette unique mélopée se continue quelque temps parmi les ramures momentanément apaisées. Un frisson recommence au loin, semblable à la rumeur avant-courrière de la marée montante, et la déchirante plainte soh taire se noie de nouveau dans les mugissements d'orage de toute la forêt échevelée.

Au printemps, j'ai aussi, pour me channer, la musique des oiseaux. D'abord, un prélude de notes éparses et à peine accordées : sifflets de merles, trilles de pinsons, tirelis de rougesgorges. Mais déjà, là-bas, dans la plaine où les blés verdissent, des centaines de voix annoncent le renouveau ; c'est le chœur matinal des alouettes. Elles montent, montent dans le ciel couleur de perle, et, tout en montant, elles chantent, jamais lasses ; perdues tout là-haut dans la rose lueur du soleil levant, elles égrènent leurs notes comme des perles de gaieté. Le signal est donné. Partout, des haies du chemin, des berges herbeuses de la rivière, des fonds humides de la forêt, un tutti merveilleux empUt la sonorité de l'espace : romances des fauvettes, gazouillis des hnots et des chardonnerets, vocalises de la grive, trémolo de la huppe, rentrée du bouvreuil, flûte du loriot; jusqu'à

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