ANDRË T H EU RI ET
l'heure apaisée où, les chanteurs diurnes ayant fait silence, le rossignol, ce soliste incomparable, module dans la nuit l'hymne de l'amour tyrannique, violent et doux.
Et les cloches, dont les sonneries traversent l'air comme d'invisibles et bruyantes voyageuses, quelle musique puissante à la fois et charmante !... Comme elle change de tonalité et de caractère selon les heures ! — Le concert des cloches campagnardes, un matin de dimanche, a une gaieté limpide, un entrain étourdissant. Autour de moi, chaque village ou chaque bourg de la vallée de la Bièvre lance sa note timide ou perçante, veloutée ou grave. Les timbres métalliques, tantôt argentins comme la clarine d'un troupeau dans la montagne, tantôt éclatants comme les cromornes d'un orgue aérien, se répondent, s'entre-croisent, chantent à l'unisson, puis se séparent de nouveau, pour prendre chacun sa mélodieuse volée selon les caprices du vent. L'accord ou la dispersion des sonneries à travers l'atmosphère ensoleillée vous met le cœur en liesse ou en rêverie ; mais, gai ou songeur, on emporte une impression rassérénante de ce concert de cloches matinales. — La sensation est tout autre lorsque ces mêmes carillons tintent à la tombée du jour ; elle participe alors de la mélancolie qui accompagne les couchers de soleil et les heures crépusculaires. Quelque splendide couleur que revête la pourpre du soir, quelque harmonieuse que soit la musique vespérale, elles laissent un vague sentiment de regret. Elles font songer involontairement à la journée finie, aux heures perdues, et aussi aux autres journées qui se sont également enfoncées dans l'ombre et qu'on ne retrouvera jamais plus. N'importe, allègre ou triste, réveillante comme une aube de mai ou troublante comme un soir d'automne, cette symphonie des cloches a une douceur non pareille, un féerique pouvoir suggestif ; elle nous berce câlinement sur ses ailes de rêve, et le jour où les clochers deviendraient muets il y aurait un enchantement et une consolation de moins sur la terre.
Les rumeurs diverses de la vie de tous les jours me réservent elles-mêmes une réjouissante et originale musique. Chacun de leurs bruits pris à part n'a rien de particulièrement mélodique ; mais, quand ils résonnent tous ensemble et qu'on les écoute un peu à distance, ils forment une harmonie réconfortante et robuste.
C'est à la campagne qu'il faut les entendre et qu'ils produisent tout leur effet : — le rythme lourd et cadencé des chariots sur les routes, les martellements de la' forge, les aboiements au