‹ Anthologie des écrivains français (volume 3)Chapitre 30 sur 70 · MAURICE MAINDRON · texte numérisé non relu

MAURICE MAINDRON

Une revue de reîtres au XVP siècle.

Saint-Cendre, tout armé, descendit pour gagner la première cour. Derrière lui on portait ses gantelets, sa bourguignotte, son épée et ses éperons. Pris du cou aux genoux dans son armure à longs cuissots, écaillée comme une queue d'écrevisse, il avançait, telle une haute et svelte statue de bronze noirci damasquiné d'or. Quand il eut chaussé ses éperons, ceint son épée de guerre à garnitures bleuies, mis ses gantelets et armé sa tête, il monta sur un cheval dont la sellerie était de velours, de cuir et de soie à ses couleurs, avec des chasse-mouches à clous argentés et un hausse-queue de clinquant. Un plumet s'épanouissait en gerbe sur le carrefour de sa têtière, une pissière de satin brodé habillait le poitrail, et l'arrière-train se cerclait d'une semblable croupière...

Suivant un trompette, dont le cheval blanc encensait en secouant son mors souillé d'écume, tant le savon avait été appliqué en épaisseur à l'embouchure, le marquis pénétra sous l'énorme porche cintré de la maîtresse tour, où cinq cavaliers pouvaient passer aisément de front. Il traversa trois cours

• MAINDRON (Maunce-GEORGES-RENÉ), né et mort à Paris (1857-19") s'est fait connaître comme voyageur, archéologue, naturaliste et romancier. Dans une série de missions et de voyages, d'où il a rapporté des collections intéressantes, il a visité la Malaisie et la Nouvelle-Guinée (1876- 1877), le Sénégal (1879), le Coromandel et le Carnatic {1880-1881), Java et Sumatra (1884-1885), la baie de Tadjourah (1893), la côte du Sind et Mascate (1896), l'Inde française et la côte de Malabar (1901). Archéologue, il s'est surtout occupé d'armes anciennes et a acquis sur ce sujet une autorité incontestée; littérateur, il a publié des romans remarquables par la précision et la sobriété du style, l'exactitude minutieuse des détails d'érudition, et par de vivantes évocations des mœurs françaises à l'époque des Valois et des guerres de religion. Nous citerons de lui : les Papillons {1&87); les Armes (1890) ; les Hôtes d'une maison parisienne (1891) ; le Tournoi de Vauplassans (1S95) ; le Naturaliste amateur (1897); Saint-Cendre (1898); VArt indien (1899); Récits du temps passé (1899) ; Blancador Vavantageux (1900) ; Monsieur de Cléramhon (1904); i« Meilleur parti, comédie en quatre actes (1905) ; VArhre de science (1906) ; le Carquois (1907) ; Dans VInde du Sud, deux séries {1907-1909); Ce bon monsieur de Véraguss (1911); DarioleUe (1911).

Page 1