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chancelier de Caprivi, qu'on a beaucoup cité ces jours-ci et que je veux citer à mon tour, disait, dans cette langue réaliste des hommes d'État allemands, au cours de la discussion sur la loi militaire et pour établir l'incontestable sincérité de ses sentiments pacifiques :
« La nation allemande est rassasiée. »
Nous sommes. Messieurs, dans la nécessité douloureuse de dire : « La nation française est mutilée. »
Nous n'oublions pas la blessure profonde reçue par la patrie, parce qu'elle est en même temps une blessure profonde reçue par le droit universel des peuples.
Contre l'atteinte portée au droit, nous ne protestons pas seulement comme Français, entendez-le bien ! Subissant un
en 1885, député du Tarn, il vota avec les républicains modérés et échoua en 1889. Il retourna alors à Toulouse comme chargé de cours, devint adjoint au maire et prit part à la fondation de l'Académie de Médecine. Déjà, il avait commencé à évoluer vers le socialisme. Il se fit le défenseur des grévistes à Carmaux et fut élu député à Albi (1893). A la suite d'une interpellation retentissante sur les grèves, il devint le chef du parti socialiste à la Chambre, où son éloquence enflammée et de forme très littéraire le plaça au premier rang. A partir de ce moment, il joua un grand rôle, soit à la tribune, soit dans le pays, notamment lors de la nouvelle grève de Carmaux et dans les polémiques de l'affaire Dreyfus. Non réélu député de Carmaux, en 1898, Jaurès devint le principal rédacteur de la Petite République ; après l'entrée d'un socialiste dans le cabinet Waldeck- Rousseau, il lutta contre le parti ouvrier français dirigé par Jules Guesde et chercha à amener l'union des diverses fractions du parti socialiste.
Il fut réélu député par la deuxième circonscription d'AIbi en 1902 et 1906. Il appuya la politique du ministère Combes, fut élu vice-président de la Chambre et essaya de faire revivre l'afifaire Dreyfus. Il fonda et dirigea un journal quotidien, l'Humanité, organe du parti socialiste français. Engagé dans de vives polémiques à propos des doctrines antimilitaristes d'Hervé, il affirma à la tribune de la Chambre que la classe ou\Tière défendrait l'indépendance de la patrie. Pendant les joiurs tragiques de juillet 1914, il lutta jusqu'au dernier moment pour le maintien de la paix. Devant la volonté d'agression de l'Allemagne, il rallia autour du péril toutes les forces de son parti. Mais, pendant la soirée du 31 juillet, xm déséquilibré l'assassina d'un coup de revolver.
Jaurès a publié : la Réalité du monde sensible; les Premières Bases du socialisme allemand chez Luther, Kant, Fichte et Hegel, thèses de doctorat (1889) ; les Preuves ; Affaire Dreyfus (1900) ; Action socialiste ; le Socialisme a V enseignement ; le Socialisme et les peuples (1899); Études socialistes (1902) ; Discours parlementaires (1904) ; l'Armée nouvelle, et il entreprit, avec le concours de divers collaborateurs, une grande Histoire socialiste.
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déchirement intime dans le déchirement commun de la patrie, nous protestojis aussi comme socialistes. Il est intolérable, au moment où le socialisme veut affrancliir toutes les volontés humaines, qu'il y ait des volontés françaises séparées du groupe historique dont elles veulent faire partie.
Et si nous combattons, si nous poursuivons le capitalisme, c'est parce qu'il donne à l'homme prise sur l'homme ; si nous combattons, dans cette force du capital, la prolongation du vieil esprit de domination et de conquête, ce n'est pas pour subir ce vieil esprit de domination et de conquête sous sa forme la plus brutale, quand il fait ouvertement violence à la conscience des peuples et quand il coupe en deux par l'épée des âmes qui veulent rester unies.
Si nous combattons le militarisme, ce n'est pas pour lui laisser son dernier trophée. Dans nos conflits intérieurs, dans nos grèves, dans nos luttes économiques, nous nous indignons quand le soldat de France est exposé à tirer sur ses frères. Mais à quoi donc sont exposés ceux qui sont enrôlés ailleurs par le militarisme impérial, sinon à tirer un jour sur des frères?
Voilà pourquoi, je tiens à le dire du haut de la tribune, il n'y a pas dans la conscience socialiste du prolétariat universel une seule protestation contre le régime capitaliste qui ne condamne en même temps, par une logique invincible, les annexions violentes pratiquées sur des peuples qui n'acceptent pas l'autocratie miU taire de l'étranger.
A mesure que les gouvernements ont à compter de plus en plus avec la force de l'opinion, à mesure surtout que le suffrage universel se développe sur l'Europe — il a conquis la Belgique, demain il va conquérir l 'Autriche-Hongrie, ailleurs peut-être il s'introduira sous d'autres formes — tous les groupes d'intérêts, tous les groupes de sympathie, toutes les idées, toutes les forces d'un peuple sont appelés à la vie publique et à la vie légale et même les conquis deviennent une force devant laquelle le conquérant est forcé de capituler parfois, avec laquelle il est obligé de compter toujours, et les vaincus, avec lesquels le vainqueur est obhgé de compter, ne sont plus tout à fait des vaincus.
Nous ne sommes plus au temps où l'Irlande écoutait tous les bruits de guerre en Europe et attendait le débarquement de l'étranger qui devait la libérer de l'occupant. Nous ne sommes plus au temps où Mickiewicz terminait son Livre des Pèlerins par cette formidable prière : t Et la guerre universelle pour
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notre libération, donnez-nous-la, Seigneur ! » Non ! Mais lorsque l'Irlande, au Parlement même de Londres, fait et défait les majorités, lorsqu'elle donne et retire le pouvoir, lorsque les trois maîtres de la Pologne, à la même heure, pour conservei leur pouvoir sur l'opinion ou pour leurs corgibinaisons parlementaires, sont obligés de caresser à la fois le sentiment national polonais, lorsqu'ils ressuscitent ainsi, par la simultanéité forcée et étrange de leur démarche, l'unité visible du peuple qu'ils s'étaient partagé, j'ai le droit de dire que la justice immanente a aujourd'hui en Europe d'autres voix et d'autres moyens que la guerre.
La nation conquérante ne peut développer ses propres libertés qu'en les communiquant aux conquis, aux vaincus eux-mêmes ; et comme ceux-ci sont un peuple par les idées, par les sentiments, par les traditions et par les espérances, par les affinités qui les relient aux groupes historiques dont ils ont été séparés, toujours vous voyez sur le fond même des luttes parlementaires se dessiner des figures de peuples et il y aura d'étranges et de profonds remaniements de nations, avant qu'aucune carte les ait signalés.
Et puis, Messieurs, ce n'est pas seulement le développement de la justice sociale qui abolira les iniquités de nation à nation, comme les iniquités d'individu à individu. De même qu'on ne réconcilie pas des individus en faisant simplement appel à la fraternité humaine, mais en les associant, s'il est possible, à une oeuvre commune et noble, où, en s'oubliant eux-mêmes, ils oublient leur inimitié, de même les nations n'oublieront les vieilles jalousies, les vieilles querelles, les vieilles prétentions dominatrices, tout ce passé éclatant et triste d'orgueil et de haine, de gloire et de sang, que lorsqu'elles se seront proposé, toutes ensemble, un objet supérieur à elles, que quand elles auront compris la mission que leur assigne l'histoire, que Chateaubriand leur indiquait déjà il y a un siècle, c'est-à-dire la libération définitive de la race humaine qui, après avoir échappé à l'esclavage et au servage, veut et doit échapper au salariat.
Dans l'ivresse, dans la joie de cette grande œuvre accomplie ou môme préparée, quand il n'y aura plus domination politique ou économique de l'homme sur l'homme, quand il ne sera plus besoin de gouvernements armés pour maintenir les monopoles des classes accapareuses, quand la diversité des drapeaux égaillera, sans la briser, l'unité des hommes, qui donc alors, je vous le demande, aura intérêt à empêcher un groupe d'hommes