HENRI LAVEDAN
M. DuFLAC. — Tant mieux. C'est si lourd, une maison, aussi grosse que celle-là !
Mme LouRDAiN. — Mais si prospère, en revanche !
M. DuFLAC. — Ah ! dame oui ! je n'ai pas lieu de me plaindre. Et si ça continue ainsi, les enfants de mon Paul, plus tard, ne mourront pas sur la paille.
Mnie LouRDAiN. — Monsieur n'est pas marié?
M. DuFLAC. — Eh ! non. Pas encore. Mais nous cherchons. Nous voudrions bien caser ça. [Un petit silence gêné.) Pas facile.
Mnie LouRDAiN. — Pourtant...
M. DuFLAC. — Pas facile. Moi, oh ! dans le temps, ça a été tout seul, avec sa mère. Je ne la connaissais pas. Je ne l'avais jamais vue ni d'Eve ni d'Adam. On nous a fait rencontrer chez une amie, comme par hasard. Une petite visite de dix minutes... on a parlé de n'importe quoi... elle et moi nous n'avons pas échangé cinq mots. Et crac, ça y a été... Elle me plaisait beaucoup ; je l'ai demandée, on me l'a donnée. Et me voilà ! Il y a de cela un bocal de trente-deux ans ! Je ne l'ai jamais brusquée ; elle a des diamants magnifiques, une maison de campagne à Gennevilliers ; je crois qu'il n'y a pas eu de femme plus heureuse au monde.
Mnie LouRDAiN. — C'est égal... Ces mariages, bâclés en cinq minutes, peuvent réussir, une fois par hasard, avec des natures exceptionnelles comme la vôtre...
M. DuFLAC. — C'est vrai. Je ne dis pas non.
Mme Prunier. — Il ne faudrait pas trop s'y fier. {A Duflac.) Et madame ?
M. Duflac. — Elle va, elle va bien.
Mme Prunier. — Je regrette qu'aujourd'hui nous n'ayons pas eu le plaisir...
M. Duflac. — Elle avait à aller à la Ménagère... des petits achats...
Mme Prunier. — Elle est si entendue.
M. Duflac. — Dame, ça oui ! Pour tout ce qui est de sa maison, elle y tient l'œil et le doigt. {A M"e Lourdain.) Mademoiselle aussi, j'en suis sûr, est une femme d'intérieur?
Mme Lourdain. — Guère. Nous sommes un peu rêveuse... la poésie. Ça lui passera.