GEORGES COURTELINE
Messieurs les Ronds-de-cuir.
EN janvier 189.., un sieur Quibolle (Grégoire-Victor) décédait à Vanne -en -Bresse (Ain), léguant au musée de cette ville une paire de jumelles marines et deux chandeliers Louis XIII. Deux ans plus tard, l'affaire n'avait pas fait un pas. Ballottée de cartons en cartons, elle flottait par les bureaux des Dons et Legs, tiraillée comme à deux chevaux entre les deux avis, radicalement contraires, de l'autorité ministérielle et de l'autorité préfectorale, concluant l'une au rejet du legs, l'autre à son acceptation. Le pis était que deux députés ennemis avaient pris la chose à leur compte et tiraient dessus, chacun dans un sens, avec menace de créer des complications au Cabinet si le litige n'était tranché inversement à l'avis de l'autre ; le tout au grand chagrin du conservateur légataire, inondant la Direction de rappels désespérés et hurlant après son bien comme un chien de garde après la lune. Saisi de la question, le Conseil d'État hésitait, discutait le point de savoir lequel, au juste, d'un legs proprement dit ou d'une charge d'hérédité non sujette à l'approbation du gouvernement, constituait la libéralité Quibolle, et le débat en était là quand Van der Hogen intervint.
♦COURTELINE (Georges Moinaux, dit Georges), né à Tours en 1860, mort en 1929, fils de Jules Moinaux. Après un court passage à la caserne, il entra dans l'administration des cultes et il se mit à écrire. Doué d'un esprit humoristique, joignant à une gaieté de pince-sans-rire un fonds d'observation grossie, mais sincère, une verve satirique parfois amère, Courteline e.xcelle dans les peintures de la vie militaire. Parmi ses fantaisies réunies en volumes, nous citerons : les Gaîtés de l'escadron (1886) ; les Femmes d'amis (1888); Potiron (1890); les Têtes de bois (1890); le Train de 8 heures 47 (1891); Lidoire et la Biscotte (1892); Messieurs les Ronds-de-cuir {1893); Ah! Jeunesse! (1894). On lui doit aussi de courtes pièces, qui ont été jouées avec un vif succès, notamment : Lidoire (1891); Boubouroche (1893), une de ses meilleures œuvres; les Grimaces de Paris, la Peur des coups (1894); les Gaîtés de l'escadron (1895) ; le Droit aux étrennes (1896) ; Un client sérieux (1897); Monsieur Badin (1897); le Gendarme est sans pitié (1899); l'Affaire Champignon ; Blancheton père et fils (1899); le Commissaire est bon enfant, avec J. Lévy (1899) ; l'Article 330 (1900); les Balances (1901) ; Victoires et conquêtes (1902); la Paix chez soi {1Q03) ; la Conversion d'Alceste, un acte en vers (1905) ; Mentons bleus (190O) ; les Linottes, roman {1913).