GEORGES COURTELINE
Une fois qu'il passait devant la porte ouverte du rédacteur Chavarax, il aperçut le bureau vide et sur la table un dossier gigantesque de la hauteur d'une cage à serins !
Le legs QuiboUe !...
Sauter dessus, s'en emparer comme d'une proie et l'emporter en son repaire, fut pour lui l'affaire d'un instant. Accomplie à l'insu de tous, l'opération réussit à mei^veille, et une heure après — pas deux, une ! — la question était tranchée. Entre les mains secouées de zèle du terrible Van der Hogen, une à une les pièces du dossier s'en étaient allées. Dieu sait où, voir si le printemps s'avançait ; celles-ci, lâchées sur la province à fin de complément d'instruction, celles-là emmêlées par erreur à des pièces d'autres dossiers. D'où un micmac de paperasses à défier un cochon d'y retrouver ses petits et l'immobilisation définitive d'une affaire devenue insoluble.
M. de la Hourmerie, pris au dépourvu, n'en fut pas moins très remarquable, d'une audace tranquille qui stupéfia Labrier.
— Monsieur, dit-il, l'affaire a été soumise il y a huit jours à l'examen du Conseil d'État. Mais peu importe ; veuillez vous asseoir, je vous prie. Vous veniez pour vos chandeliers?
— Oui, monsieur, dit le conservateur. Et pour ma jumelle marine.
C'était vrai. A bout de patience, écœuré de vaines attentes, il s'était enfin décidé à faire son petit coup d'État en venant à Paris, lui-même, disputer aux lenteurs administratives son humble part du legs Quibolle. Et il conta que, depuis vingt minutes, il errait, triste chien perdu, par les tortueux dédales de la Direction. Bien sûr, il ne se plaignait pas, mais à ses étranges sourires, à ses mots qu'il ne trouvait pas, à ses phrases pudibondement interminées, on reconstituait les dessous de sa lamentable odyssée; on pressentait sur quels extraordinaires locaux il avait dû pousser des portes ! Combien de corridors enchevêtrés avaient vu et revu sa mélancolique silhouette, aux épaules voûtées un peu déjà par l'âge.
Il se justifia, d'ailleurs :
— Je vous demande mille pardons. Monsieur, de venir ainsi vous troubler au milieu de vos occupations, mais ma situation toute spéciale me fera excuser, je l'espère. Il faut vous dire qu'en me nommant à Vanne-en-Bresse, M. le ministre des Beaux- Arts ne m'a pas... euh, comment dirais-je? exceptionnellement favorisé. Mon Dieu non. A beaucoup près, même. Le musée de Vanne-en-Bresse, en effet, n'est pas des plus... intéressants.
ll'i - GEORGES COURTELINE
Certes, dire qu'il n'y a rien à y voir serait de l'exagération. Hn somme, il possède plusieurs tableaux de maîtres (des copies, n:iturellement), une belle collection d'insectes et des bocaux de produits chimiques, ce qui est déjà quelque chose. Vous com- [)rencz pourtant à quel point cette jumelle et cette paire de chandeliers — objets d'un haut intérêt — sont pour moi une bonne fortune...
Labrier s'amusait follement. Il eût payé vingt francs de sa poche pour assister à la fin de l'entrevue, tant l'égayait et l'attendrissait à la fois la pauvre petite figure du conservateur. Koublard, ayant vu du coin de l'œil son congé qui se formulait sur la bouche à demi ouverte de son chef, il prit carrément la parole :
— L'affaire, dit-il, est si bien au Conseil d'État, que c'est moi qui l'y ai envoyée!
Puis, sur la question faite d'une voix tremblante :
— Puis-je, du moins, espérer une bonne réponse?
— Incessante, déclara-t-il, j'oserai presque dire immédiate. Qu'il fut payé de son aplomb! Au mot « immédiate », l'œil
du conservateur s'était enflammé comme une torche; un indéfinissable sourire de cupidité satisfaite avait illuminé sa face.
Il bégaya :
— Fort bien... Ah! fort bien... parfaitement... Mon Dieu, que je suis aise de ce que vous me dites là...
Les mots ne se présentaient plus; il était trop heureux, cet homme. Déjà il tenait son bien, il l'emportait comme une proie. Et un rêve lui montrait sa vieillesse chargée de gloire; des quatre extrémités du monde il voyait des populations affluer à son petit musée, se masser, muettes d'admiration, devant la jumelle marine et les deux chandeliers Louis XIII.
— En effet, fit alors M. de la Hourmerie, que le joli toupet de l'expéditionnaire avait démonté un moment; la Section ne saurait tarder à se prononcer et je n'attends que le retour du dossier pour soumettre à la signature du président de la République le décret d'autorisation. Si monsieur (et il souligna), qui est si exactement renseigné, veut bien faire dès à présent le nécessaire, nul doute que je sois en état de vous satisfaire rapidement.
Labrier se dit :
— Cette fois, ça y est.
Il chercha un mot heureux, un de ces mots qui couvrent la
honte des défaites. Ne trouvant rien, il salua et sortit, accompagné, jusqu'à la porte, de la voix doucement éplorée du citadin de Vanne-en-Bresse insinuant :
— J'aurai donc l'honneur de vous revoir. Monsieur le chef de bureau. Je suis à Paris pour quelques jours, et si, naturellement, je pouvais repartir avec mes ampliations...
(Messieurs les Ronds-de-cuir.)
Ernest Flammarion, éditeur.
Les Braves Gens.
ANXIEUSEMENT les regards sondaient l'horizon. Les hauteurs qui de Saint-Menges vont jusqu'à Fleigneux, le Hattoy couronné d'un bouquet sombre, s'animaient, de l'autre côté du
♦MARGUERITTE (Paul), fils du général Margueritte, né à Laghouat en 1860, mort en 1918. Il commença ses études au lycée d'Alger, les continua au Prytanée de La Flèche, puis fut employé au ministère de l'Instruction publique (1881-1887). Il débuta par une biographie de son père, intitulée Mon Père (1884), fit partie d'abord du groupe naturaliste, s'en écarta après avoir signé, en 1887, le manifeste des Cinq contre la Terre de Zola, mais conserva le soin du détail, la précision du contour et des lignes, le goût de la vivante réalité. Il a donné, outre de nombreux récits parus dans divers journaux : Tous quatre (i?>?>'S) ] la Confession posthume (1886) ; Pierrot
vallon de Floing, de troupes en marche. On se demanda, à couleur des uniformes, si ce n'était pas de l'infanterie de marine. Mais des cavaliers casqués faisaient la navette, descendaient jusqu'au ruisseau. On en vit même qui galopaient jusqu'au bourg d'IUy, au pied du calvaire. Des coups de canon partaient du Hattoy ; sur toute la ligne des hauteurs surgissaient des batteries, qui crachèrent rouge, s'enveloppèrent de fumée. Quelques obus arrivèrent jusqu'aux rangs. Tout le 7« corps alors garnissait la crête, mettait son artillerie en ligne. Le fracas de la bataille s'étendait maintenant sur l'immense cercle ; le soleil, dans le resplendissement de l'azur, s'élevait, découpant sur la terre sèche l'ombre nette des arbres : lumière chaude où les choses s'épanouissaient, dans une vie heureuse. C'est alors que sortant de l'Arderme, de tous les taillis au loin parsemés de villages, des futaies silencieuses, des petits hameaux perdus, une avalanche de bestiaux et d'hommes, chassés par la peur, traqués par la fusillade et l'incendie, se rua, glissant à travers les champs et les routes hérissés de soldats, filtrant le long des parcs et des convois. C'étaient des paysans poussant aux roues leurs chariots surchargés de pauvres meubles ; des vieilles traînant des brouettes grinçantes, où s'empilaient des hardes nouées d'un mouchoir ; des femmes et des enfants en pleurs. Ils tournaient de côté et d'autre leur visage hagard, leurs yeux stupides. Quelques-uns piquaient
assassin de sa femme (1886); Maison ouverte (1887); Pascal Géfosse (1887); Petit Théâtre (1888); Jours d'épreuve (1880); Amants (i8f;o); Alger l'hiver (1890); la Force des choses (1891); Sur le retour (1892); le Cuirassier blanc (1893); Ma Grande (1893); la Tourmente (1894); Ame d'enfant (1894); Fors l'honneur (1895); l'Eau qui dort (1896); l'Essor (1896). Depuis lors, il a collaboré avec son frère, \'ictor, et tous ses livres sont signés : Paui. et Victor Margueritte. Ce sont : la Pariétaire (1896); le Carnaval de Nice (1897); Poum {1897); le Désastre (1898); les Tronçons du glaive (1901); les Braves Gens (1901), formant avec le Désastre une trilogie sur la guerre de 1870; les Deux l'ies (1902); l'Eau souterraine {1903); la C-ommune (1904); le Prisme (1905); les Pas sur le sable (1906); le Poste des neiges. Femmes nouvelles, Zette, et une comédie en trois actes : le Cœur et la loi (Odéon, 1905). A partir de 1908, les deux frères ont cessé leur collaboration. — Victor, né à Blida en 1867, s'engagea en 1886, devint lieutenant de dragons et donna sa démission en 1896, pour s'adonner aux lettres. Il collabora depuis à toutes les œuvres de son frère qu'il signa avec lui. Sous son nom seul, il a fait jouer une féerie en un acte et en vers : la Belle au bois dormant (1897) ; la Double Méprise, traduite de Calderon (Odéon, 1898), et il a publié un recueil de vers : Au fil de l'heure (1898).
de leurs gaules des bandes de moutons ou d'oies, traînaient une vache. Pêle-mêle, se cognant à cet exode de misère, les bêtes des bois et des champs fuyaient aussi, affolées. Des fauves avaient déserté leurs tanières, sangliers qui fonçaient droit, loups clignant au jour leurs prunelles sauvages. Des oiseaux tourbillonnaient par bandes. Des lièvres roux détalaient. Toute cette panique roulait vers les bois de Belgique.
Un renard fila comme un éclair, zigzaguant à travers les rangs des chasseurs d'Afrique. Des cris, des quolibets, des rires montèrent en tempête :
— Hou ! Hou ! Fissah ! Baleck ! (i)
Et pendant cette seconde, on oublia le feu crépitant, la mort qui partout suspendue volait. Robert, en voyant les obus tomber sur un régiment de lanciers voisins, se réjouit égoïstement. Il n'avait plus la notion du temps. Quelle heure était-il? Entre neuf et dix heures peut-être?... Maintenant la grêle dardait plus dru, le fracas était terrible. Une fumée opaque planait au-dessus du ravin. La batterie divisionnaire, capitaine Hartung, en avant, tirait comme à l'exercice, avec une intrépidité superbe. A mesure que les servants tombaient, les sousofficiers les remplaçaient. Les pièces, chargées sans discontinuer, brûlantes, tonnaient coup sur coup ; elles ne se turent que quand les coffres furent vides. Le feu s'acharnait sur elles. Hartung ripostait inébranlable, jusqu'à sa dernière gargousse. On vit un moment Margueritte, qu'accompagnait le garde champêtre d'IUy pris comme guide, causer avec le général Brahaut. Et aussitôt ce bruit : on allait charger ! Des vieux, pour avoir une dragonne plus solide, tirèrent leur mouchoir et, l'ayant noué à leur main, l'assujettirent à la poignée du sabre. Wahl, ayant roulé le sien, arrangea fraternellement celui de Robert :
— Et tu vois, le poignet comme ça, le tranchant bien à droite !
Robert n'apercevait devant lui, au-dessus de la fumée, que le ciel bleu. Les rangs précédents, le 3^ chasseurs d'Afrique devant eux, lui cachaient la crête. Une étrange ivresse s'était emparée de lui, un oubli de tout ce qui avait été jusque-là sa vie ; il s'incarnait dans cette minute frémissante, où vibrait toute l'énergie de sa jeunesse. Ses forces étaient décuplées, de se sentir coudoyé, soutenu par ses compagnons, ces amis qui
(i) « Vite! Attention I
il8 — PAUL ET VICTOR MARGUERITTE
étaient de si rudes lascars, avaient fait la guerre, et dont l'enthou-i siasme portait le sien. Le dos trapu de M. Taillcfer lui inspirait une confiance sans bornes. Il eût, éperonnant Corsaire, suivi la croupe musclée de Biskra jusqu'au bout du monde. Tous partageaient à leur manière cet enivrement. Cambroche ricanait de plaisir ; la face matoise de Pirard se plissait avec une malice goguenarde ; Wahl était sérieux, Livournet fébrile ; Gerboz, raide, tenait sa trompette prête. Soudain les sonneries éclatèrent : Gerboz emboucha le cuivre et, à pleine gorge, cria les notes pressées, haletantes, le lancer joyeux de la charge. D'un seul ébranlement, aux voix fortes des officiers répétant l'ordre, l'escadron, le régiment, la brigade étaient partis.
Margueritte, ayant quitté Brahaut dont les lanciers, les chasseurs et les hussards devaient l'appuyer à droite, venait de pousser de front les chasseurs d'Afrique. Allant reconnaître lui-même le terrain, il était descendu au galop vers le ruisseau de Floing. En sens inverse, déjà les tirailleurs de Nassau grimpaient. Ils étaient à quelques centaines de mètres, atteignaient le remblai de la route qui d'Illy à Floing borde le ruisseau. Margueritte avait rebroussé chemin, couru à ses régiments, et le bras tendu : m
— Enlevez-moi ça, mes chasseurs ! »
Galliffet en tête du 3^, le i«' déboîtant à droite, le 4e à gauche, la brigade, dans un nuage de poussière, dévala des pentes. Margueritte, contre le calvaire, la suivait du regard. Le 3^ atteignit vite les tirailleurs, sabrés, culbutés. La route, alors en déblai, surgit, saut formidable que l'alezan de Gallifïet franchit d'un bond. Mais, derrière lui, des pelotons s'écrasent, des cris s'élèvent : — A droite ! à droite !... Les escadrons s'ouvrent, fondent en ouragan entre les compagnies espacées, qui les foudroient à bout portant. Le corps à corps en désordre tournoie. Un escadron, capitaine Rapp, parvient presque aux batteries, sur la pente du Hattoy. La charge partie en rangs serrés se rompt. Le 4^, obliquant davantage vers Floing, va se perdre dans les carrés, n'arrive même pas aux troupes de soutien. Le i^', tournant vers lUy, se clairsemé. L'escadron de Maries en colonne longe le ruisseau, s'engouffre dans les jardins et les rues du village. Une mêlée confuse disperse le peloton. On sabre autour de soi, comme on peut.
Robert, escorté de Wahl — où donc est Cambroche ? Pistolet fait-il des tours aux Allemands? — galope, galope éperdument. Son poignet lui cuit, parce qu'il a frappé comme le lui avait
recommandé Wahl, le tranchant bien à droite, trop fort. Le coup a sonné sur un casque, le fantassin s'est écroulé. Est-il mort? Ça n'est vraiment pas difficile de se battre ! Il n'y a qu'à rendre à Corsaire et à taper. Tiens, voilà M. Taillefer, Pirard ne le lâche pas d'une longueur. Il a l'air content, le lieutenant, il se redresse sur ses étriers, son flottard bouffe, ses vieux petits yeux gris furettent. Mais qu'est-ce qu'a Wahl? Pourquoi s'arrête-t-il? L'Alsacien range Sidi-Brahim contre une auge de pierre où de l'eau coule. Le vieux cheval boit en sifflant, et Wahl, tranquillement, aspire, dans le creux de sa main, indifférent aux coups de feu qui le visent, partent des maisons. Il est de mauvaise humeur parce que sa lame a glissé sur la semelle de cuir que le Prussien portait — le chameau ! — sur sa poitrine. Un si beau coup !... C'était à refaire. Et puis l'arriéré du compte... Avec la rancune, sa dette depuis Pontà-Mousson allait grossissant.
Livoumet, seul à la poursuite d'un fantassin qui se sauvait à toutes jambes, chargeait, grisé d'air, le sabre haut. Le même aveuglement farouche qui l'emportait l'autre jour, dans les bois, l'attachait, frénétique, à la chasse du malheureux. Sa rage se doublait de la souffrance aiguë que lui causait, au cou, le sillon d'une balle. Sur son col jaune un filet rouge avait coulé. A voir son sang, l'exaspération l'avait rendu comme fou. Sa cei-velle chaude, aux idées promptes, son entrain de Bordelais blagueur, cher aux dames, tournait à une férocité carnassière, où l'homme des hordes primitives jetait son cri. Devant lui l'uniforme sombre sautait : il voyait les clous des grosses semelles ; puis plus rien : où était l'animal? A fond de train, Livoumet longea un mur, aperçut au passage le Prussien au guet qui riait et soufflait, et vlan ! détendait sa lame courte ; Livoumet l'évita d'un retrait, sabra dans le vide, sentit avec stupeur Dandy qui, résistant au mors, hennissant de douleur, l'entraînait vertigineusement. Qu'avait cette bourrique !... Il vit que son cheval avait la croupe en sang, lardée à fond. Il hurla des injures ignobles, et ne pouvant maîtriser sa bête, le brigadier furieux, emballé, fila en flèche, sur une route déserte, vers les bois du Nord...
Robert et Wahl dressèrent l'oreille. Là-haut, sur le calvaire, grêle, le ralliement sonnait. A quelques pas d'eux, les notes du xagilant appel retentirent. Gerboz, une lueur sur son visage taciturne, gonflait les joues, lançait au loin le son connu, le rythme dont la cadence martelée disait la réunion, la joie de
se retrouver, victorieux., vivants, le repos près du chef. Les vibrations du cuivre s'éteignaient, renaissaient, et de partout les doimans bleus, dociles, apparaissaient, se groupaient. Les chevaux écumant et fumant hennirent de se revoir. A la sortie du village, le peloton reformé trouvait l'escadron. On se compta. A la tribu, Livoumet manquait. Trois blessés rejoignaient péniblement. La tristesse, courte, se dissipa, quand on vit le perruquier de l'escadron qui, démonté, accourait sain et sauf, faisant des gestes, très en arrière. Même, on rit de bon cœur, détendus. Le sang aux pommettes, Roger, fouetté par la course, avait retrouve quelques forces, se penchait sur l'arçon, plié en deux. M. de Maries, ses gants noircis, était nu-tête. Une balle lui avait rasé le front, fait sauter le képi. Il était très pâle, très calme, une résignation stoïque dans les yeux. Quand son ordonnance lui offrit, en guise de coiffure, une chéchia au gland bleu, il la prit en silence, la planta crânement sur l'oreille, en vieux chass'd'Af, très jeune. Et ses cavaliers lui trouvèrent ainsi plus d'allure encore qu'avec les trois galons de son képi.
— Il est schbeb ! (i) dit Cambroche.
Il fallut remonter la pente. Alors il sembla qu'on rentrait dans un enfer. Les obus tombaient si vite, éclataient si pressés, qu'ils soulevaient en avant comme un mur de terre.
Quand la brigade Galliffet, lentement ralliée, fut revenue sur le calvaire, elle y trouva Margueritte mécontent. Longtemps il avait regardé tourbillonner l'essaim bleu, bondir les galops blancs. Malgré l'élan, on s'était désuni. Les carrés sabrés s'étaient reformés aussitôt ; les troupes de soutien grossissaient ; les batteries, objectif véritable, restaient intactes. La division Braliaut, au lieu de charger de flanc, s'était bornée à une démonstration vaine, et rejetéc, ou d'elle-même gagnant les bois du Petit-Terme, de l'autre côté de la Givonne, elle allait donner dans la cavalerie ennemie, se désagrégeait toute. Le général Brahaut, avec son état-major et son peloton d'escorte, tombait aux mains d'un escadron ; de Bernis s'échappait, entrait en Belgique.
•; Près de la brigade Tilliard, qui, gardée en réserve, avait mis , pied à terre dans un creux, profité même du répit pour faire manger un peu d'avoine aux chevaux, sous les balles, la bri-
(i) CbicI