LUCIEN DESCAVES - 12J
gade Galliffet, trépidante encore, vint à son point de départ se reformer. Sous le ciel bleu, sous le soleil, où le plateau tragique étalait ses labours rouges et ses verdures, une fumée acre toumo^-ait au-dessus de l'armée acculée. Les obus la ravageaient comme la grêle un champ d'herbe. Vis-à-vis, les batteries allemandes tonnaient plus fort. Les colonnes noires grouillaient plus denses. Rien ne pouvait entraver dorénavant leur marche triomphante. A l'est de Fleigneux, les escadrons du Prince Royal se joignaient à ceux du Prince de Saxe. Les deux branches des tenailles s'étaient refermées. L'étau de fer et de feu était rivé, irrévocablement.
(Les Braves Gens.) Plon-Nourrit, éditeur.
j86i LUCIEN DESCAVES
Les Fiançailles.
ANNETTE accueillit la demande du jeune homme avec étonnement d'abord. Rien, dans son attitude, ne l'avait avertie qu'il l'aimait. La cécité légitimait sa gaucherie auprès d'elle. Car l'observation de La Rochefoucauld : « Il n'y a point de déguisement capable de cacher l'amour où il est, » ne saurait s'appliquer aux aveugles, préservés des trahisons de ces serviteurs bavards : les yeux.
*DESCAVES (Lucien), né à Paris en 1861. Écrivain naturaliste, à l'observation aiguë, amère et triste, il a collaboré à divers journaux et publié des ouvrages qui n'ont pas tardé à attirer l'attention. Parmi eux , le Calvaire d' Hé lois e Padajou (1882); une Vieille Rate (1S83); la Teigne (1885), étude sur le monde des graveurs; la Caserne (1887); Sous-offs (1889), scènes d'une brutale sincérité, qui lui attirèrent des poursuites en cour d'assises, suivies d'un acquittement; les Emmurés (1894), roman sur les aveugles; En villégiature (1896); Soupes (1898). On lui doif aussi des