‹ Anthologie des écrivains français (volume 3)Chapitre 52 sur 70 · FRANCIS JAMMES · texte numérisé non relu

FRANCIS JAMMES

davantage pour vivre en grand seigneur à la Guadeloupe que dans ce bureau où il gagnait notre pain en usant son cœur.

Tout est bien en ordre sur sa table de travail.

Le vieil huissier qui, lorsqu'il sue en marchant, fait sécher sa chemise sur son parapluie qu'il ouvre au soleil, vient faire enregistrer des papiers et s'en va.

Entre le notaire, qui se plaint de ce qu'une pie apprivoisée lui dérobe des objets brillants. Il parle un moment de sa chasse aux petits oiseaux et part.

Voici le conservateur des hypothèques. « Receveur, dit-il, je venais vous inviter à manger un lièvre que j 'ai failli tuer. »

Quatre heures sonnent. Je sors avec mon père dans la campagne chaude et bleue. Il amorce sa ligne.

Aujourd'hui, sur la berge où il fut, il n'y a plus que de la lumière.

La Petite Ferme dite « au Choii ».

sous un ciel bleu comme une plume de geai, quand le soleil suspend ses rayons de miel aux feuilles des aunes et quand les champs de blé sont comme l'intérieur des lys, la petite ferme est fraîche. Elle est comme la niche du chien du Bon Dieu. Peut-être est-elle placée au milieu de la Terre et que c'est là qu'habite la fidélité. Endroit sauvage ! A deux kilomètres, sur le chemin qui continue la rue Moncade, tu tournes à gauche. De là un chemin défoncé, tantôt boueux, tantôt friable, t'y conduit, à trois cents mètres. Les champs sont sur le versant d'un coteau qui s'incline de l'est à l'ouest. Au bas, un petit ruisseau les borne où de minces insectes patinent, projetant sur son fond blond leurs ombres en feuilles de trèfle. On les nomme des cordonniers, à cause des mouvements qu'ils font. Recherche la noirceur de l'été pour déjeuner là sur l'herbe en écoutant les maïs se froisser entre eux. En amont le ruisseau s'enfonce dans des terrains détrempés où croît en abondance le baume, cet arbuste coriace à l'odeur d'encens et où l'on trouve çà et là des rossolis.

Lorsque je ne serai plus, dis-toi que par là je poursuivais les bécasses et que parfois cette solitude semblait lentement s'élargir et se refermer sous mon coup de fusil.

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