‹ Anthologie des écrivains français (volume 3)Chapitre 58 sur 70 · PIERRE LOUYS · texte numérisé non relu

PIERRE LOUYS

Ni Hélène sur les Portes Scées, ni Phryné dans les flots d'Eleusis, ni Thaïs faisant allumer l'incendie de Persépolis n'ont connu ce qu'est le triomphe.

Chrysis était apparue par la porte de l'Occident, sur la première terrasse du monument rouge.

Elle était nue comme la déesse, elle tenait des deux mains les coins de son voile écarlate que le vent enlevait sur le ciel du soir, et de la main droite le miroir où se reflétait le soleil couchant.

Avec lenteur, la tête penchée, par un mouvement d'une grâce et d'une majesté infinies, elle monta la rampe extérieure qui ceignait d'une spirale la haute tour vermeille. Son voile frissonnait comme une flamme. Le crépuscule embrasé rougissait le collier de perles comme une rivière de rubis. Elle montait, et, dans cette gloire, sa peau éclatante arborait toute la magnificence de la chair, le sang, le feu, le carmin bleuâtre, le rouge velouté, le rose vif, et, tournant avec les grandes murailles de pourpre, elle s'en allait vers le ciel.

(Aphrodite.) Fasquelle, éditeur.

CHANSONS DE BILITIS

La Quenouille.

POUR tout le jour ma mère m'a enfermée au gynécée, avec mes soeurs que je n'aime pas et qui parlent entre elles à voix basse. Moi, dans un petit coin, je file ma quenouille.

Quenouille, puisque je suis seule avec toi, c'est à toi que je vais parler. Avec ta perruque de laine blanche tu es comme une vieille femme. Écoute-moi.

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