‹ Anthologie des écrivains français (volume 3)Chapitre 65 sur 70 · KIKI-LA-DOUCETTE · texte numérisé non relu

KIKI-LA-DOUCETTE

Je sais — puisque je suis Chat — tout ce qui vient derrière toi. Feu. Je prévois l'hiver que j'accueille d'une âme inquiète, mais non sans plaisir. En son honneur, ma robe déjà croît et s'embellit. Mes rayures brunes deviennent noires, ma palatine blanche s'enfle en jabot éclatant, et le poil de mon ventre passe en beauté tout ce qui s'est vu jamais. Que dire de ma queue, évasée en méissue, alternativement annelée de fauve, noir, fauve, noir, fauve, noir ? Hors de mes oreilles, s'érigent deux aigrettes inestimables, sensibles, et qu'Elle nomme mes boucles d'oreilles... Quelle chatte me résisterait? Ah! les nuits de janvier, les sérénades sous la lune glacée, l'attente digne au faîte d'un toit, la rencontre du rival sur l'étroite passerelle d'un mur... mais je me sens plus fort que tous! J'agiterai ma queue, je renverserai mes oreilles sur ma nuque, je haletterai tragiquement par les narines, comme pour vomir, puis ma voix s'élèvera, modulée infiniment, puissante jusqu'à réveiller les Deux-Pattes endormis. Je vociférerai, je larmoierai, j'arpenterai le jardin, gonflé, les coudes en dehors, et simulant la folie pour épouvanter les matous 1

Page 1