ELECTRE
Ah ! mon frère, calmez cette aveugle fureur : N'ai-je donc pas assez de ma propre douleur ? Voulez-vous me donner la mort, mon cher Oreste ?
ORESTE
Ah ! ne prononcez plus ce nom que je déteste.
Et toi que fait frémir mon aspect odieux,
Nature tant de fois outragée en ces lieux,
Je viens de te venger du meurtre de mon père ;
Mais qui te vengera du meurtre de ma mère ?
Ah ! si pour m'en punir le ciel est sans pouvoir,
Prêtons-lui les fureurs d'un juste désespoir.
O dieux ! que mes remords, s'il se peut, vous fléchissent.
Que mon sang, que mes pleurs, s'il se peut, t'attendrissent,
Ma mère ! vois couler...
(Il veut se tuer.)
palamède, le désarmant.
Ah ! Seigneur !
ORESTE
Laisse-moi :
Je ne veux rien, cruel, d'Electre ni de toi : Votre cœur affamé de sang et de victimes M'a fait souiller ma main du plus affreux des crimes. Mais quoi ! quelle vapeur vient obscurcir les airs ? Grâce au ciel, on m'entr'ouvre un chemin aux enfers : Descendons, les enfers n'ont rien qui m'épouvante ; Suivons le noir sentier que le sort me présente ;