‹ Anthologie des écrivains françaisChapitre 17 sur 87 · PANARD · texte numérisé non relu

PANARD

J'ai vu, par un destin bizarre, Les héros de ce pays-là Se désespérer en bécarre Et rendre l'âme en si mi Aj.

Les Lois.

POUR contenir le cœur des hommes indociles On a cru que les lois étaient de sûrs moyens ; Mais ce sont, à mon gré, de belles inutiles, Dont le moindre mortel évite les liens. Imaginez-vous voir au milieu de la rue Pour gêner les passants et les arrêter tous

Une longue chaîne tendue Par deux anneaux très forts et scellés aux deux bonis Sitôt que les passants à cette chaîne arrivent, Les obstacles par eux sont aisément vaincus : Les petits par-dessous s'esquivent, Et les grands sautent par-dessus.

La Discrétion.

QUAND vous méditez un projet,

Ne publiez point votre affaire :

On se repend toujours d'un langage indiscret,

Et presque jamais du mystère.

Le causeur dit tout ce qu'il sait ;

L'étourdi ce qu'il ne sait guère ; Les jeunes ce qu'ils font, les vieux ce qu'ils ont fait

Et les sots, ce qu'ils veulent faire.

Le Camp de Philipsbourg.

Le 3 juillet Î73U.

C'EST ici que l'on dort sans lit.

Et qu'on prend ses repas par terre.

Je vois et j'entends l'atmosphère Oui s'embrase et qui retentit De cent décharges de tonnerre, Et, dans ces horreurs de la guerre, Le Français chante, boit et rit.

(*) VOLTAIRE (François-Marie Arouet. — Il prit à vingt-quatre ans le nom de Voltaire), né et mort à Paris (1694-1778). Après avoir fait ses études chez les jésuites, à Louis-le-Grand, il fréquenta la société du Temple et le salon de Ninon de Lenclos qui lui légua deux mille francs pour acheter des livres. Mis à la Bastille en 1717 pour une satire qui lui était faussement attribuée, il y commença la Henriade, et y acheva sa première tragédie, Œdipe (1718). En 1722, il écrivit YEpître à Uranie, profession de foi déiste. En décembre 1725, le chevalier de Rohan, pour se venger d'une épigramme, le fit bâtonner. Embastillé une seconde fois, il ne sortit de prison que pour aller en Angleterre. Son séjour de trois années dans ce pays exerça sur lui une grande influence. Il retourna en France en 1729.

Ici commence, dans là vie de Voltaire, une seconde période, qui va de son retour en France à son établissement aux Délices (IJ53). Il fait représenter successivement plusieurs tragédies, parmi lesquelles Bridas (1730), Zaïre (1732), la Mort de César, jouée au collège d'Harcourt. Entre autres ouvrages publiés durant cette période, signalons l'Histoire de Charles XII (173 1) ; le Temple du goût (1733); Remarques sur les pensées de Pascal (1734); et, la même année, Lettres anglaises ou Lettres philosophiques. Ces Lettres furent brûlées par arrêt du Parlement et mirent en péril la liberté de leur auteur. Il alla auprès de M™* du Châtelet, à Cirey, s'occupant de mathématiques et de phvsique et écrivant les tragédies d'Alzire (1736), de Mahomet (1742). de Mérope (1743); le Mondain, où il fait l'éloge du luxe, considéré comme un instrument du progrès social ; les Discours en vers sur l'homme (1738), qui opposent aux dogmes catholiques une religion et une morale rationnelles. En 1745, il retourne à Paris, écrit le Poème de Fontenoy et, pendant quelque temps, jouit des faveurs de la cour. L'année suivante, il est élu a l'Académie française. En 1747, il se fixe a Sceaux, chez la duchesse du Maine, puis fait un court séjour a Nancy. Ses premiers contes philosophiques, Zadig et

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XVIIIe SIÈCLE (POÉSIE)

50 — VOLTAIRE i734

Bellone va réduire en cendres Les courtines de Philipsbourg Par cinquante mille Alexandres Payés à quatre sous par jour :

Je les vois, prodiguant leur vie, Chercher ces combats meurtriers, Couverts de fange et de lauriers,

Micromègas, paraissent a'ors. Revenu à Paris en 1749, il y reçoit de la cour un peu bienveillant accueil. En 1750, il part pour Berlin, où Frédéric II l'appelait depuis longtemps. C'est la qu'il fit paraître le Siècle de Louis XIV (1751). Le roi et le philosophe ne tardèrent pas à se brouiller. Voltaire quitta la Prusse (i~i}>), et, préoccupé de son indépendance, ou même de sa sûreté personnelle, il alla s'établir aux Délices (1755J, puis au château de Ferney, sur la frontière de la Suisse.

Les vingt-trois années qu'il y passa ne sont pas les moins fécondes de sa carrière. C'est dans cette période que parurent, entre autres ouvrages, les poèmes : le Désastre de Lisbonne et la Loi naturelle (1756), Essai sur l'histoire générale et sur les mœurs et l'esprit des nations (l^Sô), Dictionnaire philosophique (1764) ; les romans : Candide (1759), l'Ingénu, la Princesse de Babylone ; plusieurs tragédies, dont la plus connue est Tancrède (1760), enfin des poèmes de divers genres, et une multitude de traités, de mémoires, de pamphlets, d'œuvres de propagande, etc. Devenu le patriarche de Ferney, Voltaire n'exerce pas seulement une sorte de souveraineté littéraire, mais encore il règue en maître sur l'opinion publique. A lui s'adressent tous ceux qui souffrent de l'intolérance, du fanatisme, des iniquités sociales : il est le défenseur de Calas, de Sirven, de La Barre, des serfs du mont Jura, de Lally- Tollendal ; il consacre aux opprimés qu'il défend une activité que ni les maladies ni l'extrême vieillesse ne peuvent affaiblir.

En 1778, il fait un voyage à Paris, où doit se jouer sa tragédie d'Irène. Reçu en triomphe, il voit son buste couronné sur la scène au milieu des acclamations. La fatigue et l'émotion hâtèrent sa fin; il mourut paisiblement quelques jours après. Ses restes, ensevelis clandestinement dans l'abbaye de Sallières. furent, en 1791, portés au Panthéon.

Comme poè'.e (pour le prosateur, voir aux prosateurs page 49), Voltaire a singulièrement vieilli. Si la Henriade eut un succès immense et fut trouvée égale à V Enéide et supérieure à l'Iliade, elle ne nous apparaît plus aujourd'hui que comme un mauvais poème, faussement épique et artificiel. Ses tragédies même, que La Harpe et Marmontel louaient comme unissant la vigueur cornélienne à la tendresse racinienne, restent, en dépit du pathétique de Mérope et de Zaïre, factices et superficielles. Les vers surtout en sont mauvais, sans originalité, pleins de chevilles, de périphrases, de clichés. Où Voltaire est resté personnel et charmant, c'est dans la poésie légère, dans la satire et dans l'épigramme. Certaines stances, celles à la Marquise du Châtelet, celles à Madame Lullin, ont une pointe de mélancolie qui n'est habituelle ni au siècle ni à l'auteur et qui annonce presque les romantiques.

Et pleins d'honneur et de folie ; Je vois briller au milieu d'eux Ce fantôme nommé la Gloire, A l'œil superbe, au front poudreux, Portant au cou cravate noire, Ayant sa trompette en sa main, Sonnant la charge et la victoire, Et chantant quelques airs à boire Dont ils répètent le refrain.

O nation brillante et vaine !

Illustres fous, peuple charmant, Que la Gloire à son char entraîne, Il est beau d'affronter gaiement Le trépas et le prince Eugène.

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