GENTIL-BERNARD
La Rose
TENDRE fruit des pleurs de l'Aurore, Objet des baisers du Zéphyr, Reine de l'empire de Flore, Hâte-toi de t'épanouir.
{*) GENTIL-BERNARD (Pierre-Auguste BER- NARD, dit), né à Grenoble en 1708, mort à Choisyle-Roy en 1775. Elève des jésuites à Lyon, puis clerc de procureur à Paris, secrétaire du maréchal de Coigny en Italie, il se fit connaître, vers 1736, par de petits vers insérés dans VAlmattach des Muses et colportés dans les salons de Paris. Voltaire se fit légèrement le héraut de cette gloire peu méritée, et pendant trente-cinq ans environ, Gentil-Bernard passa en France pour un grand poète. Tous ces bonheurs eurent une fin lamentable : le gourmand et volupteux poète fut frappé d'imbécillité et de folie ; il traîna quatre ans avant de mourir, sa gloire surfaite était morte avant lui. On lui doit l'Art d'Aimer (1775^ et le livret de l'opéra de Castor et Poîlux (musique de Rameau).
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Que dis-jc, hélas ! diffère encore, Diffère un moment de t'ouvrir :
L'instant qui doit te faire éclore Est celui qui doit te flétrir.
Thémire est une fleur nouvelle Qui doit subir la même loi, Rose, tu dois briller comme elle ; Elle doit passer comme toi.
Descends de ta tige épineuse, Viens la parer de tes couleurs :
Tu dois être la plus heureuse Comme la plus belle des fleurs.
Va, meurs sur le sein de Thémire, Qu'il soit ton trône et ton tombeau ; Jaloux de ton sort, je n'aspire Qu'au bonheur d'un trépas si beau.
Tu verras quelque jour, peut-être, L'asile où tu dois pénétrer ; Un soupir t'y fera renaître, Si Thémire peut soupirer.
L'amour aura soin de t'instruire Du côté que tu dois pencher ; Éclate à ses yeux sans leur nuire ; Pare son sein sans le cacher.
Si quelque main a l'imprudence D'y venir troubler ton repos, Emporte avec toi ma vengeance, Garde une épine à mes rivaux.