POÉSIES FUGITIVES
A mon habit.
AH 1 mon habit ! que je vous remercie ! Que je valus hier, grâce à votre valeur ! Je me connais, et, plus je m'apprécie,
Plus j'entrevois que mon tailleur,
Par une secrète magie, A caché dans vos plis un talisman vainqueur, Capable de gagner et l'esprit et le cœur. Dans ce cercle nombreux de bonne compagnie, Quels honneurs je reçus ! quels égards ! quel accueil ! Auprès de la maîtresse et dans un grand fauteuil, Je ne vis que des yeux toujours prêts à sourire ; J'eus le droit d'y parler, et parler sans rien dire ;
(*; SEDAINE (Michel-Jean), né et mort à Paris
(17 19-1797). Après la mort de son père et, pour sou-
tenir les siens, il prit le métier de tailleur de pierre. Il consacrait ses loisirs a l'étude. Son patron, l'architecte Bur.n, l'associa a ses travaux. Sedaine devait reconnaître ses bienfaits en instruisant son petit-fils, qui fut le peintre David. Il commença par composer des chansons, des épîtres, des poèmes. En 1756, il donna a l'Opéra-Comique le Diable à quatre (mus. de Philidor), puis, avec le même compositeur, Biaise le Savetier (1759). Devenu le collaborateur habituel de Monsigny, il écrivit p^ur lui le livret de Rose et Colas (1754), qui fut un triomphe a la fois pour le / musicien et pour le littérateur. Mais les véritables
chefs-d'œuvre de Sedaine sont les deux pièces qu'il présenta à la Comédie française, et qui sont; demeurées au répertoire : le Philosophe sans le savoir (1765) et la Gageure imprévue (1768). Pour l'Opéra- Comique, il écrivait encore le Déserteur (1769, musique de Monsigny), et Richard Cœur de Lion (1784, musique de Grétry), et pour l'Opéra, les livrets d'Aline, reine de Golconde (1766, avec Monsigny), et d'Amphitryon (1788, avec Grétry). Ecrivain moral, personnel et sincère, Sedaine a laissé, avec le Philosophe sans le savoir, un type de drame bourgeois tel que le rêvait Diderot et le premier modèle de la comédie sérieuse.