‹ Anthologie des écrivains françaisChapitre 45 sur 87 · DUC1S · texte numérisé non relu

DUC1S

A mon Ruisseau.

RUISSEAU peu connu dont l'eau coule Dans un lieu sauvage et couvert, Oui, comme toi, je crains la foule, Comme toi, j'aime le désert.

Ruisseau, sur ma peine passée Fais rouler l'oubli des douleurs, Et ne laisse dans ma pensée Que ta paix, tes flots et tes fleurs.

Près de toi l'âme recueillie Ne sait plus s'il est des pervers :

Ton flot pour la mélancolie Se plaît à murmurer des vers.

(*) DUCIS (Jean-François), né et mort a Versailles (1733-1816). Son nom est lié aux tentatives de rénovation dramatique qui se produisirent en France â la fin du xvme siècle, sous l'influence de Shakespeare. Ducis, enthousiasmé par la fameuse traduction de Letourneur, entreprit d'adapter à la scène quelques drames shakespeariens : son Hamlet (1769) obtint un grand succès, mais souleva la colère de Voltaire, qui, à cette occasion, traita Shakespeare d'histrion barbare ; l'acteur Lekain avait refusé de jouer la pièce. Vinrent ensuite : Roméo et Juliette (177S), le Roi Lear (1783), Macbeth (1784), Othello (1792). Ces adaptations semblent anjourd'hui bien maladroites et bien infidèles, Ducis ayant reculé devant la plupart des hardiesses les plus originales de l'auteur. Il faut, cependant, savoir gré au poète français d'avoir le premier fait monter Shakespeare sur la scène française et d'avoir ainsi ouvert la voie au romantisme. Il composa deux autres tragédies, dont l'une : Œdipe chez Admète (1778), lui ouvrit les portes de l'Académie, où il succéda à Voltaire, et l'autre, Abufar (1795), compte parmi les meilleures pièces de l'époque. Ducis a laissé aussi des poésies et des lettres d'une très agréable lecture.

C'était un sage qui préférait la simplicité de la vie champêtre à toutes les faveurs et places que Napoléon lui offrit pour se l'attacher. Il a mérité d'être appelé le bon Ducis, et l'on trouve en lui selon le vers de son ami Andrieux : L'accord d'un beau talent et d'un beau caractère.

XVIII6 SIÈCLE (POÉSIE

ii4 — DUCIS

Quand pourrai-je aux jours de l'automne, En suivant le cours de ton eau, Entendre et le bois qui frissonne Et le cri plaintif du vanneau !

Que j'aime cette église antique, Ces murs que la flamme a couverts, Et l'oraison mélancolique Dont la cloche attendrit les airs !

Jadis chez des vierges austères J'ai vu quelques ruisseaux cloîtrés Rouler leurs ondes solitaires Dans des clos à Dieu consacrés.

Leurs flots si purs, avec mystère, Serpentaient dans ces chastes lieux, Où ces beaux anges de la terre Foulaient des prés bénis des cieux.

Mon humble ruisseau, par ta fuite (Nous vivons, hélas ! peu d'instants), Fais souvent penser ton ermite Avec fruit, au fleuve du temps.

Promenade au bois de Satory,

JE descendais seul, m'en allant, Le soir, ma promenade faite, Le front paisible et d'un pas lent, Regagner mon humble retraite.

Je tenais mon Tibulle en main.

Tout près de moi, dans mon chemin, Sur le penchant de la montagne, S'offre un troupeau que j'accompagne.

Les moutons viennent me chercher ; Un pauvre agneau vient me lécher.

Oh ! dis-je, famille innocente, Sans nul fiel, timide, impuissante ;

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