‹ Anthologie des écrivains françaisChapitre 49 sur 87 · N. J.L.GILBERT · texte numérisé non relu

N. J.L.GILBERT

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XVIII" SIECLE — POESIE

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Et, n'ayant pour prôncur que ses muets ouvrages,

Veut par ses talents seuls enlever les suffrages !

La faim mit au tombeau Malfilâtre ignoré;

S'il n'eût été qu'un sot, il aurait prospéré.

Trop fortuné celui qui peut avec adresse

Flatter tous les partis que gagne sa souplesse

De peur d'être blâmé, ne blâme jamais rien ;

Dit Voltaire un Virgile, et même un peu chrétien ;

Et toujours en l'honneur des tyrans du Parnasse

De madrigaux en prose allonge une préface !

Mais trois fois plus heureux le jeune homme prudent

Qui, de ces novateurs enthousiaste ardent,

Abjure la raison, pour eux la sacrifie,

Soldat sous les drapeaux de la philosophie.

D'abord, comme un prodige on le prône partout :

Il nous vante ! en effet c'est un homme de goût :

Son chef-d'œuvre est toujours l'écrit qui doit éclore ;

On récite déjà les vers qu'il fait encore.

Qu'il est beau de le voir de dînes en dînes,

Officieux lecteur de ces vers nouveau-nés,

Promener chez les grands sa muse bien nourrie !

Paraît-il, on l'embrasse : il parle, on se récrie ;

Fût-il un Durosoy, tout Paris l'applaudit.

C'est un auteur divin, car nos dames l'ont dit :

La marquise, le duc, pour lui tout est libraire ;

De riches pensions on l'accable ; et Voltaire

Du titre de génie a soin de l'honorer

Par lettres qu'au Mercure il fait enregistrer.

Oh ! combien d'écrivains languiraient inconnus,

Qui, du Pinde français illustres parvenus,

En, servant ce parti conquirent nos hommages!

L'encens de tout un peuple enfume leurs images :

Eux-même avec candeur se disant immortels

De leurs mains tour à tour se dressent des autels !

Sous peine d'être un sot, nul plaisant téméraire

Ne rit de nos amis, et surtout de Voltaire.

On aurait beau montrer ses vers tournés sans art,

D'une moitié de rime habillés au hasard,

Seuls et jetés par ligne exactement pareille,

De leur chute uniforme importunant l'oreille,

Ou, bouffis de grands mots qui se choquent entre eux,

L'un sur l'autre appuyés, se traînant deux à deux ;

Et sa prose frivole, en pointes aiguisée,

Pour braver l'harmonie incessamment brisée :

Sa "•■&, sans mentir, et ses vers sont parfaits ;

Le .cure trente ans l'a juré par extraits :

Qui pourrait en douter ? Moi. Cependant j'avoue

Que d'un rare savoir à bon droit on le loue ;

Que ses chefs-d'œuvre faux, trompeuses nouveautés,

Etonnent quelquefois par d'antiques beautés ;

Que par ses défauts même il sait encor séduire ;

Talent qui peut absoudre un siècle qui l'admire ;

Mais qu'on m'ose prôner des sophistes pesants,

Apostats effrontés du goût et du bon sens :

Saint-Lambert, noble auteur, dont la muse pédante

Fait des vers fort vantés par Voltaire qu'il vante ;

Qui, du nom de poème ornant de plats sermons,

En quatre points mortels a rimé les Saisons ;

Et ce vain Beaumarchais, qui trois fois avec gloire

Mit le mémoire en drame et le drame en mémoire ;

Et ce lourd Diderot, docteur en style dur,

Qui passe pour sublime à force d'être obscur ;

Et ce froid d'Alembert, chancelier du Parnasse,

Qui se croit un grand homme et fit une préface ;

Et tant d'autres encor dont le public épris

Connaît beaucoup les noms et fort peu les écrits ;

Alors, certes alors, ma colère s'allume,

Et la vérité court se placer sous ma plume.

GILBERT i778

Mon Apologie.

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