POESIES EROTIQUES
Projet de solitude.
FUYONS ces tristes lieux, ô maîtresse adorée ! Nous perdons en espoir la moitié de nos jours, Et la crainte importune y trouble nos amours. Non loin de ce rivage est une île ignorée, Interdite aux vaisseaux., et d'écueils entourée. Un zéphyr éternel y rafraîchit les airs. Libre et nouvelle encor, la prodigue nature Embellit de ses dons ce point de l'univers : Des ruisseaux argentés roulent sur la verdure, Et vont en serpentant se perdre au sein des mers ;
(*) PARNY (Evariste-Désiré de Forges, chevalier puis vicomte DE), né à l'île Bourbon en 1753, mort a Paris en 1814. Envoyé tout jeune en France, il fit ses études au collège de Rennes. Séminariste, puis officier, il se lia avec un de ses compatriotes, le chevalier de Bertin, et débuta avec lui dans 1' « Almanach des Muses » en 1777. Il fit plusieurs voyages dans son pays natal, où il s'était épris d'une jeune créole, qu'il a chantée sous le nom d'Eléonore Après 1785, il se fixa définitivement en France et renonça au mener des armes. La Révolution le ruina, sans changer l'heureuse insouciance de son caractère. Il fut admis a l'Institut en 1S03.
Son œuvre principale est le recueil de Poésies erotiques, qu'il publia en 1778. Elles sont remarquables
par leur grâce et leur apparente sincérité. Voltaire l'appela a Mon cher
Tibulle ! » Lamartine jeune fut son imitateur.
Qu< u mi 1 111U1 de plus? cette île fortunée
Semble par la nature aux amants destiné
Une main favorable y reproduit sans cesse
L'ananas parfumé des plus douces odeurs ;
Et l'oranger touffu, courbé sous sa richesse,
Se couvre en même temps et de fruits et de rieurs.
L'océan la resserre, et deux fois en un jour
De cet asile étroit on achève le tour.
Là je ne craindrai plus un père inexorable.
C'est là qu'en liberté tu pourras être aimable,
Et couronner l'amant qui t'a donné son cœur.
Vous coulerez alors, mes paisibles journées,
Par les nœuds du plaisir l'une à l'autre enchaînées :
Laissez-moi peu de gloire et beaucoup de bonheur.
Viens ; la nuit est obscure et le ciel sans nuage ;
D'un éternel adieu saluons ce rivage
Où par toi seule encor mes pas sont retenus.
Je vois à l'horizon l'étoile de Vénus :
Vénus dirigera notre course incertaine.
Eole exprès pour nous vient d'enchaîner les vents ;
Sur les flots aplanis Zéphyre souffle à peine ;
Viens ; l'Amour jusqu'au port conduira deux amants.
Le Raccommodement.
NOUS renaissons, ma chère Eléonore ; Car c'est mourir que de cesser d'aimer. Puisse le nœud qui vient de se former Avec le temps se resserrer encore !
Devions-nous croire à ce bruit imposteur Qui nous peignit l'un à l'autre infidèle ? Notre imprudence a fait notre malheur.
Je te revois plus constante et plus belle. Règne sur moi ; mais règne pour toujours. Jouis en paix de l'heureux don de plaire. Que notre vie, obscure et solitaire, Coule en secret sous l'aile des Amours ;
XVIIIe siècle"?(poésie)
i3o — PARXY 177 S
Comme un ruisseau qui, murmurant à peine, Et dans son lit resserrant tous ses flots, Cherche avec soin l'ombre des arbrisseaux, Et n'ose pas se montrer dans la plaine. Du vrai bonheur les sentiers peu connus Nous cacheront aux regards de l'envie ; Et l'on dira, quand nous ne serons plus, Ils ont aimé, voilà toute leur vie.
Sur la mort d'une jeune fille
SON âge échappait à l'enfance ;
Riante comme l'innocence,
Elle avait les traits de l'Amour.
Quelques mois, quelques jours encore,
Dans ce cœur pur et sans détour
Le sentiment allait éclore.
Mais le ciel avait au trépas
Condamné ses jeunes appas.
Au ciel elle a rendu sa vie,
Et doucement s'est endormie
Sans murmurer contre ses lois.
Ainsi le sourire s'efface ;
Ainsi meurt, sans laisser de trace,
Le chant d'un oiseau dans les bois.
&?yij/
i77!) BOUCHER