‹ Anthologie des écrivains françaisChapitre 52 sur 87 · LES MOIS · texte numérisé non relu

LES MOIS

L'Apparition du Soleil.

GROSSIS par le torrent des neiges écoulées,

Les fleuves vagabonds roulent dans les vallées :

Et les rochers de glace aux Alpes suspendus,

Sous un ciel plus propice amollis et fondus,

Se changent en vapeurs, et pèsent sur nos têtes.

La mer gronde ; les vents, précurseurs des tempêtes,

Courent d'un pôle à l'autre, et tourmentant les flots,

Entourent de la mort les pâles matelots.

Mais du joug de l'hiver la terre enfin se lasse :

La terre, trop longtemps captive sous la glace,

Lève de tristes yeux vers le père des mois,

Et frissonnant encor, remplit l'air de sa voix :

« Dispensateur du jour, brillant flambeau du monde,

Des vapeurs, des brouillards, perce la nuit immonde,

Impose un long silence aux aquilons jaloux,

Et rends à mes soupirs le printemps, mon époux. »

(*) ROUCHER (Jean- Antoine), né à Montpellier en 1745, mort en 1794. Elève des jésuites, il porta quelque temps le petit collet. Un poème, composé à l'occasion du mariage du dauphin avec Marie-Antoinette, la France et l'Autriche au temple de l'Hymen, lui valut la place de receveur des gabelles à Montfort-l'Amaury, avec la permission, offerte par Turgot, de faire exercer sa charge par un commis, pour se donner tout à la poésie. Dès le commencement de la Révolution, Roucher défendit la monarchie constitutionnelle dans le «Journal de Paris » (1790-1791), et manifesta plus tard avec trop de franchise son regret de cette monarchie. Arrêté comme suspect en 1793, il fut détenu huit mois, puis condamné à mort et exécuté le 7 thermidor, en même temps qu'André Chénier.

Le principal ouvrage de Roucher est le poème didactique et descriptif des Mois (1779), trop vanté à son époque et presque illisible aujourd'hui.

BERTIX* 1780

Page 1