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LES JARDINS

Versailles.

LOIN de ces vains apprêts, de ces petits prodiges,

Venez, suivez mon vol au pays des prestiges,

A ce pompeux Versaille, à ce riant Marli,

Que Louis, la nature, et l'art, ont embelli.

C'est là que tout est grand, que l'art n'est point timide ;

Là, tout est enchanté, c'est le palais d'Armide ;

C'est le jardin d'Alcine, ou plutôt d'un héros

Noble dans sa retraite, et grand dans son repos,

Qui cherche encore à vaincre, à dompter des obstacles,

Et ne marche jamais qu'entouré de miracles.

Voyez- vous et les eaux, et la terre, et les bois,

Subjugués à leur tour, obéir à ses lois ;

A ces douze palais d'élégante structure

Ces arbres marier leur verte architecture ;

Ces bronzes respirer ; ces neuves suspendus,

En gros bouillons d'écume à grand bruit descendus,

(*) DELILLE d'abbé Jacques), né en i;38 à Aigueperse en Auvergne, mort à Paris en 18 13. Enfant naturel, élevé par charité au collège de Lisieux, Delille était professeur au collège de la Marche, quand sa traduction en vers des Géorgiques de Virgile (1769) lui valut une prodigieuse réputation. Voltaire le sacra grand poète, et l'Académie l'appela dans son sein à trentequatre ans. Il publia successivement plusieurs poèmes : les Jardins (1782;, l'Imagination (1808), l'Homme des champs (1800), les Trois règnes de la Nature (1809), et des traductions de Y Enéide et du Paradis perdu. Il fut inquiété pendant la Révolution, mais le Consulat lui rendit sa chaire de poésie au collège de France. A quelque temps de la, il devint aveugle. Le titre d'abbé qu'il portait lui venait de l'abbaye de Saint-Séverin, dont il avait été pourvu avant la Révolution. Mais il ne fut jamais engagé dans les ordres ; il était même marié. Il mourut au comble de la gloire littéraire et eut des funérailles triomphales. Cette réputation n'est pas sans nous étonner aujourd'hui, et Delille n'est plus guère célèbre que par ses périphrases dont l'école romantique, qui cependant lui devait un peu par la recherche de la description précise, se moqua cruellement.

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