‹ Anthologie des écrivains françaisChapitre 59 sur 87 · COLLIN D'HARLEVILLE · texte numérisé non relu

COLLIN D'HARLEVILLE

1 /Inconstant.

INCONSTANT ! oh, voilà votre mot ordinaire !

Eh 1 c'est pour ne pas ôtre inconstant, au contraire,

Qu'on me voit sur mes pas revenir tout exprès :

J'aime bien mieux changer auparavant qu'après.

C'est que je fus trompé, c'est qu'il faut souvent l'être,

C'est qu'il est maint état qu'on ne peut bien connaître,

A moins que par soi-même on ne l'ait exercé :

Ce n'est qu'après l'essai qu'on est désabusé.

J'aurais pu me trouver dans cette circonstance,

Sans être pour cela coupable d'inconstance.

Je goûte d'un état ; j'y suis mal, et j'en sors ;

Rien de plus naturel. Quoi ? faudrait-il alors

Végéter sans désirs, sans nulle inquiétude ;

Et, stupide jouet de la sotte habitude,

Garder par indolence un état ennuyeux,

N'être heureux qu'à demi quand on peut être mieux ?

Vous mettez à ceci beaucoup trop d'importance ;

M'allez-vous quereller pour un peu d'inconstance ?

A tout le genre humain dites-en donc autant.

A le bien prendre, enfin, tout homme est inconstant,

Un peu plus, un peu moins, et j'en sais bien la cause :

C'est que l'esprit humain tient à si peu de chose !

Un rien le fait tourner d'un et d'autre côté.

On veut fixer en vain cette mobilité :

Vains efforts ! il échappe, il faut qu'il se promène ;

Ce défaut est celui de la nature humaine ;

(*) COLLIN d'Harleville (Jean-François), né à Maintenon (Eure-et-Loir) en 1755, mort à Paris en 1806. Sa première comédie, l'Inconstant, fut reçue au Théâtre-Français en 1780 et jouée en 1786. Encouragé par le succès, Collin d'Harleville alla à Paris et fit jouer successivement : l'Optimiste (1788); le Vieux célibataire {1793) ; les Mœurs du jour (18001; les Châteaux en Espagne (i8o3) le Vieillard et les Jeunes Hommes (1804). Pièces d'invention médiocre et de versification facile qui plurent cependant par leur simplicité, leur naturel et leur moralité irréprochable.

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