REGXARD
Le corps se porte mieux lorsque l'esprit se trouve Dans un parfait repos.
GÉRONTE
Tous les jours, je réprouve.
M. SCRUPULE
Voici donc le papier que, selon vos desseins,
Je vous avais promis de remettre en vos mains.
GÉRONTE
Quel papier, s'il vous plaît ? Pour quoi, pour quelle affaire ?
M. SCRUPULE
C'est votre testament que vous venez de faire.
GÉRONTE
J'ai fait mon testament ?
m. scrupule.
Oui, sans doute, monsieur.
Lisette, bas.
Crispin, le cœur me bat.
crispin, bas.
Je frissonne de peur.
GÉRONTE
Eh ! parbleu, vous rêvez, monsieur ; c'est pour le faire Que j'ai besoin ici de votre ministère.
parcourut ensuite l'Europe orientale, puis retourna se fixer a Paris, où il acheta une charge de trésorier de France. De 1688 à 1708, il écrivit pour le Théâtre-Italien un grand nombres de pièces pour la plupart oubliées. On ne se souvient aujourd'hui que du Joueur (1-696), bonne comédie de caractère; le Disirait (1697); les Folies amoureuses (1704); les Ménechmes (170$ j ; le Légataire universel (1708), son chef-d'œuvre, suivi de la Ciiiique du Légataire. Citons encore ses récits de vovage : Voyage de Normandie, de Chaumont, de Flandre et de Hollande, de Danemark, de Suéde, de Laponie (le plus célèbre) de Pologne, d'Allemagne, et enfin ses poésies diverses assez médiocres, parmi lesquelles il faut retenir le Tombeau de M. Despréaux, satire contre Boileau.
Plein de verve dans la raillerie des ridicules, Regnard, malgré sa et ses incorrections, est cependant de la bonne école comique, et Voltaire a pa dire de lui : « Qui ne se plaît avec Regnard n'est pas digne d'admirer Molière. »
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M. SCRUPULE
Je ne rêve, monsieur, en aucune façon ; . Vous nous l'avez dicté, plein de sens et raison. Le repentir sitôt saisirait-il votre âme ? Monsieur était présent, aussi bien que madame : Ils peuvent là-dessus dire ce qu'ils ont vu.
éraste, bas.
Que dire ?
lisette, bas.
Juste ciel !
crispin, bas.
Me voilà confondu.
GÉRONTE
Éraste était présent ?
M. SCRUPULE
Oui, monsieur, je vous jure.
GÉRONTE
Est-il vrai, mon neveu ? Parle, je t'en conjure
ÉRASTE
Ah ! ne me parlez pas, monsieur, de testament ; C'est m'arracher le cœur trop tyranniquement.
GÉRONTE
Lisette, parle donc.
LISETTE
Crispin, parle en ma place ; Je sens dans mon gosier que ma voix s'embarrasse.
crispin, à Gêronte.
Je pourrais là-dessus vous rendre satisfait ; Nul ne sait mieux que moi la vérité du fait.
GÉRONTE
J'ai fait mon testament !
crispin.
On ne peut pas vous dire Qu'on vous l'ait vu tantôt absolument écrire ;
3o — REGXARD 1708
Mais je suis très certain qu'aux lieux où vous voilà,
Un homme, à peu près mis comme vous êtes là,
Assis dans un fauteuil., auprès de deux notaires,
A dicté mot à mot ses volontés dernières.
Je n'assurerai pas que ce fût vous : pourquoi ?
"C'est qu'on peut se tromper ; mais c'était vous, ou moi.
m. scrupule, à Gêronte.
Rien n'est plus véritable ; et vous pouvez m'en croire.
GÉRONTE
Il faut donc que mon mal m'ait ôté la mémoire, Et c'est ma léthargie.
crispin.
Oui, c'est elle, en effet.
LISETTE
N'en doutez nullement ; et pour prouver le fait, Ne vous souvient-il pas que, pour certaine affaire, Vous m'avez dit tantôt d'aller chez le notaire ?
GÉRONTE
Oui.
LISETTE
Qu'il est arrivé dans votre cabinet ; Qu'il a pris aussitôt sa plume et son cornet : Et que vous lui dictiez à votre fantaisie... ?
GÉRONTE
Je ne m'en souviens point.
LISETTE
CRISPIN
Ne vous souvient-il pas, monsieur, bien nettement,
Qu'il est venu tantôt certain neveu normand,
Et certaine baronne, avec un grand tumulte
Et des airs insolents, chez vous vous faire insulte ?.
GÉRONTE
Oui.
RBGNARD - Ji
CRISPIN
Que pour vous venger de leur emportement, Vous m'avez promis place en votre testament, Ou quelque bonne rente au moins pendant ma vie ?
géronte.
Je ne m'en souviens point.
crispin.
C'est votre léthargie.
GÉRONTE
Je crois qu'ils ont raison, et mon mal est réel.
LISETTE
Ne vous souvient-il pas que monsieur Clistorel...
ÉRASTE
Pourquoi tant répéter cet interrogatoire ? Monsieur convient de tout, du tort de sa mémoire, Du notaire mandé, du testament écrit.
Il faut bien qu'il soit vrai, puisque chacun le dit : Mais voyons donc enfin ce que j'ai fait écrire.
crispin, à part.
Ah ! voilà bien le diable.
M. SCRUPULE
Il faut donc vous le lire.
« Fut présent devant nous, dont les noms sont au bas, » Maître Mathieu Géronte, en son fauteuil à bras, » Étant en son bon sens, comme on a pu connaître » Par le geste et maintien qu'il nous a fait paraître ; » Quoique de corps malade, ayant sain jugement ; » Lequel, après avoir réfléchi mûrement » Que tout est ici-bas fragile et transitoire... »
crispin.
Ah ! quel cœur de rocher et quelle âme assez noire Ne se fendrait en quatre en entendant ces mots ?