A LA MORT
...La vie des hommes, courte et claire, fait éclater 1 indigne fausseté de telles promesses : il faut du temps pour croître, se perfectionner, se polir, accéder pleinement au
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beau et au bon de la vie. Mais comme le temps ne leur appartenait pas et que leur doctrine devait passer sur cet obstacle, mes contemporains ajournaient l'avènement de la satisfaction universelle jusqu'à l'heure plus ou moins proche qui briserait les conditions et limites de la nature. Ils chargeaient l'avenir d'accomplir cette délivrance : L'avenir se déplie, nous n'avons qu'à le joindre, le temps marche et marche pour nous, le seul devoir sera de nous mettre à son pas.
Sainte simplicité d'une fable inégale aux choses! Fausse transcription de ce dont chacun se rend compte? Ni le temps, ni les êtres ne procèdent ainsi. Ni leur ordre, ni leur désordre. Certes le genre humain, l'univers des choses humaines semble emporté et comme soulevé par ses bases, dans une série de vastes déplacements très variés et qui, lents ou r-apides, attirent vers le jour ce qui dormait dans l'ombre, et rejettent à la nuit certaines parties éclairées. Pourquoi? On ne sait guère. Mais le comment se laisse voir. Quand ce qui était se détraque, il s'ensuit physiquement que cela se meut. Cela se meut d'un mouvement tout différent de ce bel essor naturel dont le circuit fermé mène la semence à la fleur et au fruit, pour avoir des germes nouveaux. Au cœur du cycle harmonieux éclatent des ruptures; à la paisible marche normale s'ajoutent ces coups brusques frappés inopinément et qui prennent ainsi une apparence mystérieuse. Ils ont tout juste le mystère de la mort violente, d'un arrêt fortuit partiel dans un système qui, continuant à graviter, tendra toujours à reprendre son équiHbre : comme un beau corps humain peut mourir de vieillesse, mais qui meurt aussi d'accident; ainsi meurent les associations, les foyers, les villes, les Etats, les sociétés. L'ordre serait que ces compagnies ne disparussent qu'épuisées. Le fait est que
tantôt elles se tuent ou bien on les tue. Avant de rechercher si ces accidents de l'essor vital, ces révolutions de l'Evolution s'enchaînent en un sens qui nous soit favorable, il est bon tout d'abord de voir si l'on y trouve un sens quel qu'il soit. Les cassures sont-elles échelonnées suivant un système, réglées dans leur fréquence ou leur conséquence? Ces désordres sont-ils formés dans un ordre? Leur succession est-elle orientée quelque part et va-t-elle dans une direction définie? Peu d'hommes sensés ont imaginé le savoir. A plus forte raison s'il s'agit de déterminer quels systèmes de liaison présentent une série dont il faut surtout admirer le décousu ! L'effet général de ce mouvement paraît être de rafraîchir les aspects du monde, d'en renouveler la face; on ne voit pas qu'il ait touché à l'essence de ses ressorts. Sa leçon est d'agir sur nous en ajoutant à l'éphémère de la vie le sens de l'instabilité de ce qui la fonde. Les moralistes ont beaucoup exploité ce thème. Il a sa grave utilité, car il détourne de la présomption et de l'arrogance. Où l'utilité disparut, tourna même à l'inutilité onéreuse, ce fût quand on s'obligea à traiter de la suite irrationnelle des choses et de leur caprice éminent comme d'une pensée suivie, d'une volonté ordonnée. De ces montagnes de volumes résolus en torrents d'articles et de discours sur le propice flot des destinées de l'Homme, il ne s'est rien dégagé de vrai ni de sûr. Mais il faudra pas mal de temps pour liquider ces mythes du bon avenir qui alourdissent les imaginations et offusquent nécessairement la raison.
Le meilleur moyen de s'en affranchir sera d'en revoir l'origine. Ne manquons jamais de nous rappeler qu'elle procède tout entière de cet embarras où les adorateurs de la Vie sont jetés par l'évidence des lois fixes de l'existence. Pour voiler le présent certain, ils hypothèquent le futur,
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mais pour gagner ce dernier gage, les habitudes d'esprit religieux leur font concevoir une Ame du Monde qu'ils se figurent (mais sans franchise ni précision) comme une espèce de vertébré monstre, invisible, mystérieusement répandu et vaporisé dans les choses afin d'y exaucer (comment et pourquoi?) nos désirs. Cette sorte de providence brute tout à fait inintelligible est le simple succédané de l'intelligible providence surnaturelle. On ne la prie pas, on l'atteste pour s'en faire un appui idéal ou verbal contre l'évidence des Lois. Existe-t-elle? On ne l'affirme même pas, et l'on ne se soucie pas de la démontrer. Nécessaire comme postulat, elle se dissimule dès qu'on lui demande ses titres.
Le dogme de Bossuet se tient et s'explique.
Le nouveau dogme n'admet que la foi en l'air. Il est métaphysique mais se garde de l'avouer et, si on l'arrête à ce monde, il se heurte à tout le physique de l'histoire ei au témoignage silencieux mais formel de nos sens; car où trouver les traces des bonnes féeries immanentes qu'il imagine au présent et pour l'avenir?
Si je vois des progrès j'aperçois aussi des reculs. Il y a progrès lorsque le gain total l'emporte sur la somme de la perte; il y a recul lorsque la perte est l'excédent. Cela est affaire d'expérience. En fait si l'on prend les dernières crises du monde, y compris les incroyables boucheries de peuples de nos guerres nationales, nulle nécessité ne paraît avoir maintenu la course des choses dans l'axe du gain, et, comme on croirait plutôt à la perte, c'est se moquer que de parler sans preuve du contraire. Que les barbares brûlent Rome : qu'après la reconstitution catholique la prédication d'un moine excité coupe en deux l'Europe et le monde pour les vouer à des conflits inextinguibles et à des malentendus éternels; qu'en cent trente ans la France su-
bisse, en sus de quatre révolutions, cinq ou six invasions, ces mots s'entendent bien comme d'honnêtes maux; ils deviennent totalement incompréhensibles quand on essaie de les ramener à la catégorie opposée et de distinguer là-dessus les données d'un vaste système d'accroissement, d'embeUissement ou d'émancipation de la vie des hommes. Il ne sert à rien de changer la thèse : soutenir que Rome était épuisée, que le moyen âge n'en pouvait mais, ou que la Monarchie Française était à bout de forces redouble les obscurités, car si tout cela était mort comment a-t-il fallu se donner tant de peines supplémentaire pour ne le tuer qu'à moitié. Il se peut, certes, si tout se peut, que ces écroulements immenses soient liés à l'économie d'un plan mystérieux, très sage, très bon et très beau, voulu ou souhaité par quelque dieu d'en bas. Mais je vois qu'on ne le voit pas, personne ne saisit ce plan s'il existe, personne ne le définit, personne n'allègue de raison suffisante pour affirmer qu'il soit. Quelqu'un a-t-il su dégager la loi dynamique de l'homme conçu comme un seul être et s'accrois» sant toujours? Parce qu'un jeu de causes pareilles, en amenant des effets pareils, nous permet de prévoir beaucoup de cas et d'y pourvoir, on doit dire qu'il y a des Lois de l'histoire, mais la Loi de l'histoire enveloppant les hauts et les bas de l'humanité n'existe pas ou ce qu'on offre sous ce nom ne supporte pas l'examen. Les plus beaux de ces romans de philosophie sont les plus faux peut-être. Le retour éternel de Nietzsche, songe d'une nuit de printemps, les trois états de Comte, arbitraire illusion. Qu'il aille en rond ou en carré, en spirale, en hélice, ou qu'il laisse une trajectoire sans loi, le mouvement total du monde n'étonnera pas plus sa vanité que les désœuvrés paresseux qui en attendaient leur salut. Les autres n'ont pas de surprise. Ils
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louent ou blâment ce qui arrive sans préjugé ni déception. Rien n'est plus naturel que leur expérience de la conformité essentielle des temps. Les matériaux sont les mêmes; mêmes sont les rapports : d'où viendrait le coup de surprise? Il n'y a pas de lois nouvelles. Elles sont toutes vieilles, si leur découverte ou leur énoncé peuvent être nouveaux; toutes fonctionnaient de tout temps comme fonctionnent celles dont nous ne nous sommes pas avisés encore : Elles régnent sur nous, comme avait régné le principe d'Archimède, un million ou deux d'années avant qu'Archimède existât. Le radium brûlait, rayonnait, bombardait au temps de Sésostris. Les lois de la nature humaine n'ont pas varié davantage, ni cette nature elle-même. Si l'on exclut, comme il le faut, une « préhistoire » qui est toute pourrie d'hypothèses pleines de vent et si l'on tient compte du perfectionnement religieux et moral dû au catholicisme, le type de l'homme se présente comme un composé stable. Il suffît de le regarder. L'être ennuyé et trépidant que nous montre Lucrèce précède de dix-huit siècles l'homme de Pascal, et ce sont deux frères jumeaux qui inventent, voyagent, se tournent pour se distraire. Soutiendra-t-on que dans le petit écart de compas des trois siècles postérieurs à Pascal, il s'est produit des variations essentielles, inédites, capables de tout transformer? Je voudrais voir lesquelles. Est-ce la vapeur? l'électricité? ou l'aviation merveilleuse ? Est-ce l'espoir que j'ai de visiter ces astres où je me réjouis de retrouver tous nos métaux dont le spectre dit les couleurs? En quoi la nature des choses et de l'homme peut-elle être touchée de changements qui n'ôtent ni n'ajoutent à son désir, à son amour, à sa cupidité, à sa peur? On pille, on tue, on viole en avion comme en berline et en automobile. Le jeune et vieil amour se pare et se farde, ni plus
ni moins qu'il ne le fit. A qui veut du a nouveau » la nature des choses répond : Je ne peux pas, et elle dit pourquoi. Quid machiner inveniamque! On ne fera croire à personne que l'équivalent moral du tabac ou de la coco n'exista point pour un public romain qui sut par cœur le poème de la nature. La grande roue qui tourne et tourne n'a pas fait de chemin, quoique rien ne l'arrête. L'important qui ne varie pas est de savoir où est l'intérêt de l'homme et où il n'est point. Où son bien, où surtout son mal? Toutes choses étant supposées égales d'ailleurs, faut-il rêver de rendre les tours de la roue plus rapides? Faut-il désirer de les devancer? Est-ce le contraire? Quel est le bon, la conservation relative ou cette destruction relative, elle aussi? Nous opterions pour le parti qui ébranle tout si le fléau marquait intelligemment ses victimes et qu'il portât en particulier sur le méchant, le vil, le mauvais, ou simplement l'usé, le faible et le superflu. Mais il semble bien que, par malheur, les lois normales qui ordonnent la vie, celles qui président à l'évolution ordinaire jouent à l'écart de cette force catastrophique : dans son caprice, celle-ci n'a jamais fait acception des valeurs les plus estimées. Nos digues de castor sur l'écorce du globe, ces garanties et ces défenses qui sont nos liens les plus solides comptent pour rien devant l'aveugle distributrice de ruines. Elle brise indifféremment le nul et le précieux. Le commun avantage sera donc de lui échapper. Ceux dont le sort est envié, ceux qui tiennent le haut paraissent seuls intéressés à ce que les choses restent en place. C'est cependant aux inférieurs, comme aux enfants, que la stabilité est le plus désirable, étant (c'est pléonasme) les plus exposés à souffrir quand ils ne sont pas défendus. C'est le calme de l'abri et de la durée que leur faiblesse nécessite. Le contraire n'est soutenable que par l'amère
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malveillance du cœur passionné et rongé que son ennui rejette à la volonté du dégât.
Rien n'est jamais définitif, cela est sûr. En faut-il conclure qu'il faille souhaiter que tout soit branlant? Quand on aura senti l'injustice de ce désir, on aura décoiffé l'esprit révolutionnaire de la dangereuse auréole d'héroïsme idéal que lui ont mise cent trente ans de divagation autour des faux noms du bonheur. Il n'y a rien de plus facile que les révolutions : l'histoire en est pleine, comme de bûchers et de tombes. Le beau, le difficile, c'est d'éviter la secousse, de parer à la subversion, de donner l'avantage à ces précautions que la nature même a prises pour tenir contre l'ennemi dl la vie. Naviguer et conduire au port, durer et faire durer, voilà les miracles. Ceux qui déclament le contraire servent le seul intérêt des forces de mort. Ils reculent dans la direction du néant. La semence de leurs rêves fallacieux doit être connue et entendue comme malfaisante : ni le nom, ni le prétexte de l'espérance ne sauraient arrêter l'évidence de leur recul.
L'homme, l'homme pensant, consciencieux et sincère, n'a pas le droit de dire des espérances célestes qu'elles n'ont pas d'objet, il sait qu'elles ne sont pas justiciables de l'expérience ni même du calcul. Mais si, par contre, quelque programme d'avenir nous est offert qui sous-entende des changements radicaux dans les lois générales de notre vie, il est du devoir de l'esprit de les nier du tout au tout : la plausibilité de ces espérances terrestres est contredite, est démentie par ce que nous savons, par ce que nous voyons, par tout ce qu'il nous est possible de raisonner. Si par un comble de misère ou d'ironie ces objections rationnelles au Millénaire manquaient de force pour émouvoir les cœurs bien placés, il ne faudrait pas craindre d'y intéresser le sens
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vital élémentaire ni hésiter à établir que la plus faible chance d'accomplir de semblables vœux signifierait le plus grand péril pour tout ce que l'existence comporte de ferme et de sûr : toute nécessité de révoquer en doute le chœur des lois connues atteindrait simultanément les génératrices certaines du bien et du beau. L'homme n'a rien créé qu'en fondant les calculs pères de son labeur sur la stabilité des éléments ou la fidélité de leur course. Tout notre pouvoir vient de là. Il disparaîtrait sans cela. Que deux et deux cessent de faire quatre, que le cours des saisons soit seulement interverti, imaginez l'universel désarroi!
Pensée, art, civilisation, tout commence par un acte de foi à l'immuable essence des choses. Bien que leur chaos et leur tumulte apparaissent la plus facile et la plus probable des échéances, le miracle de l'ordre l'emporta jusqu'ici et sa foi confrontée aux aventures de la vie n'a connu que des ratifications lumineuses. Eadem sint omnia semper! Le genre humain repose sur cette protection qui enveloppe ses entreprises. Imparfaites, hélas! elles sont, mais ne sont que par le concours d'un arrangement qui est bon. s il n'est pas le bien pur et simple..
La folle confiance en ce que l'on a supposé devoir êtra â été cause d'impiété envers ce qui est. Notre siècle natal avait jugé médiocre et plat le type du conservateur acharné à défendre un titre de rentes. Le xx* siècle peut mesurer combien ce préjugé myope lui a coûté d'objets d'une incomparable valeur, pleinement délaissés, pitoyablement défendus. Bibliothèque de Louvain, beffroi d'Arras, cathédrale de Reims, florissants jeunes hommes qui ne pouvez plus vous lever du sillon qui but votre sang, dites-nous maintenant,
oui, osez nous le dire, s'il y avait aucune petitesse de cceur à vouloir maintenir vos monuments de l'art, le témoignage de votre âme, la merveille de votre vie! Un acquis personnel des sciences et des lettres, durable perfection, politesse du goût et délicatesse des mœurs, avait été très lentement sublimée d'une élite rare : la durée de ces créations et de leurs créateurs n'eût pas été seulement nécessaire ou juste, mais grande. La vérité de la grandeur, elle était là. Là, le bien. Et le mal au pôle opposé. La vie humaine est grande et bonne qui résiste à la mort. Il est vil de céder à la bombe et au pic. Croire que les objets et les êtres frappés seront nécessairement retrouvés plus beaux et meilleurs est une vue qui ressortit à cette lâche badauderie de la populace incapable de considérer le malheur sans quêter son immédiate consolation et qui rêve d'une libéralité régénératrice toujours prête à nous rendre indéfiniment tout. Non, ce qui est à terre y est bien! L'homme ouvrier, l'homme artiste ne peut, si artiste et si bon ouvrier qu'il soit né, repeupler en un jour ses amphithéâtres et ses laboratoires incinérés. La beauté et la vie expriment le labeur des âges; un jour les engloutit, qui, tels quels, ne les rendra plus.
Maintenir, c'est créer; c'est aussi conserver aux créations de l'avenir le point de départ et l'assise digne d'elles. Si nous nous concevions comme des chiens savants que la na*ture dresse à renouveler sans relâche l'exploit des cerceaux traversés et des barres franchies, cette affreuse imagination qui se dit héroïque et qu'il faut appeler plutôt gymnastique aiderait à admettre que nul bien ne doive être retenu, nulle acquisition possédée en paix, nulle haute conquête occupée et consolidée. Mais, quelle que soit la caducité générale du monde, il n'y a point de loi qui vise et condamne à chaque instant tel ou tel fruit particulier : des délais variés
sont accordés par la mort à nos entreprises; chacune peut durer si l'ensemble ne dure pas. Il y a des réussites de mille années. On ne saurait justifier ni appuyer d'aucune raison décisive l'application à un objet déterminé de ce verdict de destruction immédiate et de fatale résurrection. Que le centre africain honore de tels cauchemars: mais la France! Le lieu du monde où l'on aurait plus d'intérêt encore que de plaisir à penser juste sur ce point là!
Le malheur qui nous vise tentera toujours de nous déloger des hauts plateaux de l'être auxquels l'esprit et l'âme se sont élevés quelque jour : raison de plus de nous y cramponner, quant à nous. De cimes fermement tenues dépendra notre accès au plan supérieur. Elles nous fourniront le moyen de faire mieux et plus beau, comme de devenir meilleurs et mettront à nos pieds la chance unique du progrès. Au contraire céder sur le passé, l'acquis, rejette à la duperie des révolutions, à leur mécompte radical. Ces épreuves du monde en devraient porter la leçon.
Elles la porteront. Il est impossible qu'elles ne la portent point. Il suffit que l'esprit humain retrouve son crédit. Déjà, son ardente lumière subit aujourd'hui moins de diffamation qu'autrefois. Quelques cerveaux peuvent rester comme gênés et indécis. Mais la plupart des yeux s'entr'ouvrent. N'était-ce point là le sujet sur lequel nous avions le plus de peine à nous accorder avec des condisciples et contemporains bien doués? Presque tous opinaient pour la nocivité ou l'impuissance de l'esprit, lequel a trop su se venger. Regardez, ils se sont rangés presque tous à la vérité. Tous sentent qu'il est important d'être d'abord fixés sur ce qu'il convient de rejeter et de préférer : toute la pratique en découle. Quand l'ancienne inquiétude aura achevé de se dissiper, la querelle du moralisme et de l'intelligence s'apai-
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sera : peu à peu et par sa nature, le problème du bien rentrera dans celui du vrai.
Laissons de pauvres chicaneurs, inévitables, imaginer que nous rêvions un règne universel et barbare de la Logique. La logique elle-même veut être tempérée et réglée par le jugement qui est aussi une pièce de l'intelligence. Ainsi réduit, notre conflit avec les hommes de notre génération s'éclaircira comme il faut au profit de la sagesse organisatrice, par un recul nouveau des idées de désordre et de perturbation.
Ce conflit peut aussi céder au sentiment exercé de la beauté de l'ordre et de la poésie des lois, de leur humanité, de leur charité ineffable. L'homme vaudrait bien peu s'il était dénué du désir d'accroître ses biens, mais quand il ignorait que ces biens sont immenses, sa valeur était tombée au-dessous de rien. La conscience du trésor est plus certaine et plus vivace qu'autrefois : autant que par l'épreuve, elle a été ravivée par la discussion et l'étude. Parce que nous y sommes pour très peu de chose et que ni dans ce petit livre, esquisse trop confuse de claires visions, ni dans l'ensemble de notre œuvre, nous n'avons pu donner à l'esprit de défense et de conservation la dix millionnième partie de ce que nous avons reçu, évitons de faire les fiers inutilement, mais ne faisons pas les modestes et réjouissons-nous d'avoir tenu tête aux faux dieux, pris leur juste mesure, contesté leur pouvoir, quelque opaque et sanglante nuée qui les couvrît :
Humana ante oculos fœde cum vita jaceret In terris oppressa gravi suh religione...
Nous n'aurons pas inutilement travaillé à remplacer la
superstition révolutionnaire en Europe. Plus fermement menée, sa critique ne sera pas incapable de rendre de la liberté à la pensée, de l'efficacité à l'action.
Nos grands-pères avaient goûté un profond plaisir à détruire. Les douceurs et les majestés du passé perdu ont été plus ou moins sensibles à nos pères. Reconstruire a paru intéresser nos aînés. La vérité conservatrice s'est dessinée plus nette encore à nos yeux : il fallait la servir en fait si nous ne voulions manquer notre vie.
(Le Chemin de Paradis, p. 267-283, E. Flammarion.)
LEON BRINSCHVICG
né en 1869
La philosophie de M. Brunschvicg s'est développée dans tout le cours de sa vie de philosophe avec l'ampleur et la cohérence d'une pensée constamment appliquée à interpréter tout le réel de l'expérience scientitlque ou morale. Sa thèse sur « la Modalité du Jugement » soutenue en 1897, six ans après sa sortie de l'Ecole Normale Supérieure, annonçait une triple série d'études dont les résultats constituent les trois œuvres maîtresses de M. Brunschvicg : « Les Etapes de la Philosophie Mathématique », parues en 1907; « L'Expérience humaine et la Causalité physique », parue en 1920, et « Le Progrès de la Conscience dans la Philosophie occidentale », paru en 1929.
La réflexion de M. Brunschvicg a consisté essentiellement à étudier ce qu'il y avait de spécifique dans la constitution même de la vérité scientifique, ou dans l'accès à la vie morale. Le philosophe doit se servir pour cela de l'histoire des sciences, parce que seule l'invention de la vérité scientifique, observée dans son développement Interne, a qualité pour le renseigner sur les démarches propres que le savant effectue dans la constitution de la science. Il est ainsi amené à unir de façon indissoluble l'élaboration du savoir et l'activité libre de la raison, à dénoncer par conséquent le caractère illusoire de tout essai de déduction a priori, l'inanité de toute morale qui présenterait « du dehors » des fins à la liberté humaine. M. Brunschvicg ne limite pas le domaine de la philosophie en le définissant comme le champ de l'activité rationnelle; c'est par l'étude interne du progrès même de la conscience, conscience intellectuelle ou conscience morale qu'il est amené à voir dans le dogmatisme de la révélation comme dans l'appel à tout pouvoir irrationnel, le pouvoir du sentiment par exemple, un refus de comprendre, un désir de stabiliser l'œuvre de l'esprit dans un cadre fixé une fois pour toutes. Les périodes critiques de l'histoire de la pensée scientifique sont par rapport aux périodes d'assurance dogmatique des périodes de resserrement, où la science hésite et semble douter de sa validité, mais ce sont aussi les périodes fécondes, celles qui seront suivies d'un renversement heureux de points de vue périmés. Le philosophe peut, dans cette histoire de la raison, voir une preuve de sa faiblesse et en appeler à l'irrationnel des
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vérités du cœur, comme Pascal, mais c'est admettre, ou bien qu'il faille moins comprendre, ou bien qu'on puisse se servir de notions inte.llgibles sans les soumettre au critère de la raison, seul capable de leur conférer une vérité dont elles ne sauraient se passer. Il peut aussi, et c'est l'attitude de M. Brunschvicg, après Spino/a, se proposer de chercher dans le progrès des inatliématiques, de la pliysiquc, de la pensée morale, la caractéristique même de l'esprit dont elles émanent : une activité libre qui profite des difficultés que lui offre la matière sur laquelle elle opère pour élaborer sans cesse des systématisations plus universelles.
Nous commencerons par exposer la théorie générale de la vérité rationnelle, telle que M. Brunschvicg Ta établie dans sa thèse; nous verrons ensuite, dans une exposition rapide, les résultats auxquels il est arrivé dans les trois œuvres dont nous avons parlé : les « Etapes de la Philosophie mathématique », r« Expérience humaine et la Causalité physique », le « Progrès de la Conscience dans la Philosophie Occidentale ».
Le problème de la vérité de la connaissance se pose traditionnellement dans la philosophie, soit sous la forme du réalisme, soit de l'idéalisme absolu. L'une et l'autre doctrine posent, antérieurement à tout ce qu'on en pourra dire, l'existence, à titre d'absolus, d'éléments premiers de la connaissance; pour le réalisme, ce sont les éléments du monde extérieur, tel objet sensible, ou sous une forme plus complexe, la matière, l'énergie; pour ridcalisme, ce sont les éléments de la représentation, comme la qualité, la causalité, la finalité. En termes de logique, cela revient à dire que le réalisme, comme l'idéalisme, admet les deux thèses suivantes : d'une part, les termes du Jugement, objets concrets ou concepts, sont antérieurs aux jugements par lesquels la connaissance établit des rapports entre ces termes: d'autre part, le rôle du verbe dans le jugement, — du verbe « est » dans le jugement « cet homme est grand » — est de constater purement et simplement le degré d'existence qui appartient aux termes en question. La vérité du jugement, problème logique, dépendrait sans se confondre aucunement avec elle, de l'existence, entendue au sens absolu de « l'être », d'une réalité extérieure à la connaissance, problème métaphysique. M. Brunschvicg, dans sa thèse, refuse d'accepter cette dualité de la logique et de la métaphysique, et s'efTorce de montrer, en prenant la question de fond, que l'existence des objets de la connaissance ne peut être donnée que dans la vérité du jugement qui les aftirmc. Il entreprend tout d'abord de démontrer l'insuffisance du réalisme et de l'idéalisme absolu, en s'attaquant aux deux points importants que nous y avons distingués. Il est impossible de soutenir l'antériorité du concept par rapport au jugement, parce qu'il est impossible de définir, même de concevoir ou de désigner un concept sans admettre l'activité intellectuelle du jugement. Il est impossible par exemple de définir un concept comme le concept de «■ Français », ou le concept « d'arhrr », vu partant Molt de In compréhension, soit de l'extension. Un concept ent eHNentlellrnient la nilMr cil rapport d'un certain nombre de qualit<^8 et <i'un crrtntn nombre d'In-
dividus; nous saisissons là la manifestation capitale et originaire de l'esprit humain, celle de poser une double série de rapports — ainsi dans le cas du concept, rapports entre des qualités et rapports entre des individus, — et de faire converger cette double série de rapports, dans l'œuvre d'une synthèse créatrice, d'une notion nouvelle. Puisqu'il en est ainsi, en second lieu, le rôle du verbe n'est pas de nous faire participer à un « être » extérieur à la connaissance, mais de nous révéler le fait que l'esprit a pu effectivement opérer cette convergence, cette union d'éléments ou de séries d'éléments divers. Le verbe n'est qu'une copule qui témoigne de l'activité interne de l'esprit. Mais cette activité, pour libre qu'elle soit, n'est pas contingente, et nous allons voir qu'elle contient en elle-même, un principe qui lui garantit la validité de ses opérations. La vérité du jugement, c'està-dire identiquement, l'objectivité de la connaissance, vient des relations de correspondance réciproque entre les séries de rapports unis dans une même synthèse. Ces séries se confirment toutes par leur accord mutuel, et c'est cet accord qui constitue leur vérité à toutes. Quelques exemples éclairciront ce point capital : Le degré de conscience élémentaire n'est pas une connaissance, c'est plutôt une réaction émotive par laquelle nous exprimons le simple fait que quelque chose se passr; c'cj»!, pnur rcprrj>Jr« rctpr<»ion qur .M. Brunschvicg emprunte à Tichto, IW ^tot oÛ nou» avon» coaKittnte d'un « choc » ; le tressaillfcmnt ^ue PMM dOOfte le erAqu«ii>rnf d'un meuble dans la nuit. Le mnlMlre JinsnOMIlt et ptftecpUùn rxUrteurv est une mise en ordre, op^ré« pêJt Pesprlt êéêùù dta rapfteai» dr position et de succession : la làhlt t%i iie«iÉa« km c^U« qui ^ft 4<%*ik»t I« fenêtre. La vérité de ce jujornirnl nr xUnt pu» 4e et qu'il sertit l'expression d'une réalité en «ol; oe a^cift p»« nM» plu» une <onvrA* tlon arbitraire dépourvue de toute p9MlMI1té de C«tttr9lie: il %r truuve que si nous partons de ta feo^tre, W/Êt» re^eofitreron» d*«baril la table, puis la chaise. C'est donc U pos» d'établir une corres-
pondance « biunivoque » eotre lt% '" ux ae pluaieum s^rlev diiff^ rentes qui constituent la vérité «è>Jn.:... :hi jvipment par le^oel WMia effectuons l'une et l'autre opémtlun». 1^ vérité cs.t donc c^mîétét pu l'esprit à un jugement, ^récr à «ne « rMlexIoo »» qui le pl*ee Mi sein d'un système du moniiv, où II «oiitltAl des relùUoai 4e coerttpondance avec une inOntlé 4*«fVtres Juge mentis.
Une pareille théorie de ta rérilé * pour €0a«6^«enrr d'exelvre à la fois l'hypothèse d'une 4 réalité m*térielle » «nlérlparr mi juçexnent qui la constitue, et celle d'un « iftnWcn lutelllKlblr » un <lelè <le lontc possibilité de confrontation âiVM l'iexpériener. il n>i.Ute ni fait pur. ni logique pure. Tout NyNtrtaa dka momftf, depaU le monde de là po* ception qualltutive dm objrts da naoode waslftle jusq«*MI iMOBnk que nous préNentetil len théorVt mndfCBM dv ta phr^tque BMLthémâtlqur» est une union indlNHoluble de forme et de m*ti^re. de Mol et de Non-Mni. I.n ralrion n'cxUte pos A part de son outm^ Sa Mttle indépendance lui vient de ce qu'elle ne s'éyrulsue put à eh.irua dee piaus de ' issancc où elle s'eiiiiAole; le tnèxxte prlnrSpf i: n
qui s*e»t liM.i- daux lu eoojititatlon d'unr «ynKMfe dé>à eficcUicei
LEON BRUNSCHVICG
pf^ut «n faire éclater le cadre pour élaborer une synthèse plus Q01»> préhensive. L'étude des mathématiques, dans leur développement historique, a été pour M. Brunschvicg ocmme le champ d'expériences privilégié, où 11 a pu observer cet entrelacement constant de l'activité intellectuelle et de la matière sur laquelle elle opère. Les Etapes de la Philosophie mathémaltque sont, à cet égard, d'un enseignement décisif.
L'activité IntellectURlle se manifeste en mathématique sous la double forme que nous avons déjà vue à l'œuvre : une activité interne de relation qui constitue une notion, et une activité externe de coïncidence qui constate l'identité de deux relations, et aboutit ainsi à un jugement de réalité. La spéciUcité du fait mathématique se montre alors dan» l'impossibilité où l'esprit peut se trouver parfois d'établir des relations de correspondance entre notions d'un même domaine, ou de domaines diWérents, des mathématiques. L'esprit sent qu'il a à faire comme à une matière qui lui résisterait, et c'est parce qu'elle lui résiste, qu'il introduit les notions nouvelles qui lui permettront de trouver une relation entre des notions qui semblaient tout d'abord irréductibles entre elle». La genèse de la notion de nombre réside dans l'opération primitive de l'échange, où l'on donne chaque fois an *ou ifiiir obtenir <haquo foU un# peentnr, ftar «l«niplc. L« racliM àf \m vërlié Arithnié^lqvw, C'est ainsi un doubl» procssiua de fOirrruiTilMUi rtt1r« Ir» eiM«es niMunintos «t Us rhocM OMfurÉM. L» dfljpBAtliBM i^UuiiporielMi 4«VAil ««blScr que les nemûttm fodiirs IM fiii— liiU pus «RI pur cMr« lû0qusu wùài» pfÊ^iU mÊÊOM UH A Ift inesuff^ dTobjrls oeocrvt* doun^; U déMtt%>ertie quil éitit Inpo»- «Iblft de mesurer la dlMinMlr du nrré qui a l'unité poor cdM» « été tùtaam le fftU d*tatp4rlfTUt' ^ul a p#rmi« rélan^ascoasol d» Fârtth* métlqua. De nlOM. I* iDéowltrte «uclldiciuw à fraip dlnittloiia a •on orticln» dÉwi l'aellon pr«tlquie a«l ommI»*» à »lhMr dans l'npaec 1m objfCf dt t'mxftérience, au fur <C à iBMuro ^*on 1rs déco«nrrf. mal» riiftci alnal <an«lrult n*«»( pas un cottiMMM HàiCC»<lfcla 49 rtt^vMr «n OMde«M IzMl^Ilntmrat mufmenU; Il Ml tUMl un cootimi apétlftl a%<« dM ^aalitfs propres. 1^ rnnjitruclte« de §ttméîritê IMO •uclldlrm^s. leur li&«er^r4tatlon dana la iWarie dt la courbure dM MpacM ds lUcttttiiA, a permis de eo«alddr«r l'r^paos «udldlc» ommm un cas partletftlfter dca aspaCM à «ourbore contUntr, l'^spaos da «oor* liun »énj. La i^éMttéirle IM traite dont plut de IV^parr. mais de» dMriv«n(e« ni#trtqor« abatrallea de Teapaee» approfTlèM A la natarr dM pè - ^9 <f m dotinoni y rstttrtar. Dûdim hb mifert donaliie. llilatoife d« I II naisse mtHkt Montre whiMant la MaqulM proffTMslve de IflaflAl M d« eontlntt par la raison kmmalM a 4ltf en Même temps uftr llbéealiôn profiresslve de r^trsl»!» de la rspréasatollMi spaUalei 1^ démarche Initiale de Descarles dans sa k rir ds 16)7 est
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nombre de leurs racines. La notion de quantité n'est plus liée aux limitations de l'intuition spatiale, elle devient purement intellectuelle La découverte par Leibniz du calcul infinitésimal permet ensuite iT ?.'**• ^^ ^^ dérivation d'éléments qui résistent à toute flguraUon
géométrique. Les notions mathématiques s'intrllectualisent ainsi de plus en plus pour arriver dans les théories formalistes modernes à n avoir plus d'autre sens que d'être les signes manipulés par le calcu . Seulement le formalisme se voit obligé quand même, de tenir compte dans ses définitions initiales, de la nécessité d'éviter les contradictions ou les antinomies, dans les conséquences qui en découleront, et rétablit ainsi, malgré ce qu'en peuvent penser les mathématiciens eux-mêmes, parfois malhabiles à philosopher, cette notion fondamentale du contrôle des hypothèses par les conclusions, oui est constitutive de la vérité mathématique.
Le résultat des « Etapes » est donc d'une netteté parfaite j il existe des faits mathématiques irréductibles à la logique pure. L'intelligence mathématique a toujours consisté à dégager la raison mesurante des choses mesurées, pour l'engager aussitôt dans de nouvelles mesures. Il n existe pas de métrique de l'espace indépendamment des objets qu on y peut mettre, de nombres indépendamment d« chomu k eomptcr. Il y a donc unr jibyslqu* dr l«xpérleiie« ..nUeieare * la théorie atathéiiMtlqua tt o^sl la Ui^ que M. BruoMhelef a*cst îî ï*'*"*"' ^**"* ♦ rKxf>ir<^ntt humo^Ae ei ta CammiU4 phgH* yiM ». «I lo« euvlMde rMped lOén^l de la ph>xlqur dans le sys- Kme de Neiaeen, o» vedt que Newton posait un tamps abMlu. un espsoe absolu, un mouveMc-nt absolu, tt rapportait eo«s lea rdsuliaie et I expericncr à ce s}^1éMe dr rHtrtuet* u p^fori. L'hUiolm de la Fèr»ique Mjrta ^eulMl mI remplie P«r Irx imt^tiM lir^rsee d*ai«s. Ht la Ibéorfe r»tle«i>eUr * l^xpérlracc «m do eaollicttre» tVTnérteaep pour y rériricr la ih^^rie. Plus lard, hi phyalqua des prlneJpM iJ^.,"^^ ?■"* *• prltKlpe de la eoDsfrnition dr P^Éiergle une Ju.il?^!î?* .f *•]*?'' *^ - •** «»"•"»'• «ntJfntlté et da permonettee. mais Hie devait néfcltgffr pour eela le s«)mm] prixwlpe da te tbcvmadyMK mlque, celui qui posait |Vi,iro|>if, e'eat^à-dJre l'trrfrenlblIfMdf la ^"•ft^""" ^'""*^ "•'^ q«»tll* d'énrr)ii0 mé<oatq«t wn éMrde
lî! Î!I ÎÎ^^4«ÏÏ V^" ""'""^^ •"•■ '• «"•^^'n»» pour être médlttrioe «oiee la théorie cl I •-- --nre» et elle se mettait de plu^ m plus toul euti*rr du <Até de .ce. Pour nr prendre qu'un scuJ prinelpe.
«elul q«l pMsait po«ir le plua eerlalaement «ml^rad H BéceMalre. U* p>rta«Jpe de Munlllé, toute l'histoire de U physique mmIiv à mmI pefnt la »o«lon de OittealHé a H»i||mm pHs I^pec4 dM pbdoemtaM q«i ûii lui d«mand«ll dTlexpliquer. Le théoeie de to eauMlltrf a*^pp||. qualt aln^l 4ou>Mtrs * Petprfr^nce. mais n n'Malt jamais que parée quon érlgrall ecrtalnm fgipdricwes ets principe ualvrrael dVipltoatteis. t'anlhropoiuorpIsitMt dM IMmIm pr«^ iloum rMi «tena la
Musalit* un pMtvair de «rétitfM libre analcgii. . a. «t>ia«té bmMtet. •m» Ceal dtfta un snime aMael de de«mat|que qu'on a «UMessIvemsM
des force* «ett«r«lc.. de J'énargMlMM de ItexwelU de la É^aolque
statistique de Boltzmann, pour n'en citer que les principales « incarnations ». Le préjugé que la vérité physique ne pouvait être autre ctiose que la vérilication par l'expérience d'un système de principes a priori, taisait tellement partie du sens commun des physiciens, à la lin du \ix« siècle, que certains, comme Mach et Poincaré, virent dans l'impossibilité d'une pareille vérilication une raison pour rejeter la notion de vérité en physique, et adopter une attitude pragmatiste, où l'on conservait les principes traditionnels parce qu'ils étaient l'ommodes pour faire une science simple. C'est par rapport à cet état d'esprit que l'on peut voir l'importance capitale que présentent pour ia philosophie les théories d'Einstein. En supprimant les absolus du temps, de l'espace et de la masse, elles donnent à la physique l'aspect d'une cosmométrie, c'est-à-dire d'un ensemble de mesures liées à la considération des choses à mesurer et rétablit l'unité entre la vérité phjsique et la vérité mathématique. La théorie de la relativité restreinte a montré qu'il n'y avait pas de temps propre, indépendamment de la mesure qu'on en pouvait faire. La théorie de la relativité généralisée s'attaque à l'absolu de la notion de masse. La gravitation peut être caractérisée comme l'une des composantes du champ électrogravitique et introduire l'existence de points matériels dans ce champ revient à dire que ce champ est un espace riemannien à courbure constante. La théorie de la connaissance après Einstein est ainsi considérablement changée. Au lieu d'avoir un cadre rationnel et un contenu expérimental, la science ne présente jamais au savant que des éléments partiels de cadre-contenu. La démarche proprement positive de l'esprit en physique est celle qui profcède de proche en proche, en augmentant chaque fois le cadre pour pouvoir y mettre un contenu plus grand, et en se gardant de toute extrapolation qui appliquerait une notion théorique au delà de son domaine de validité. La physique, comme les mathématiques, part de l'expérience et opérant des relations de coordination réciproque entre les différentes expériences, voit dans l'établissement même de ces relations — relations par exemple entre phénomènes lumineux et phénomènes de la pesanteur dans la théorie d'Einstein — la garantie de leur vérité. La pensée physique, comme la pensée mathématique, consiste à établir des circuits d'expérience à expérience, et la science ainsi faite est objectivement vraie si l'expérience vient toujours au rendez-vous que lui assigne l'esprit.
L'étude du progrès des sciences a donc permis à M. Brunschvlcg de justilier la thèse centrale de sa philosophie : la connaissance montre l'union indissoluble d'une activité de l'esprit et des données du monde que l'esprit organise. Ce n'est que par une réflexion que l'esprit peut conférer la vérité aux jugements qu'il porte, en constatant leur accord mutuel dans la constitution d'une même connaissance. Il est alors possible, et c'est l'œuvre du « Progrès de la Conscience dans la Philosophie occidentale », de porter la réflexion de la conscience, non plus sur la constitution progressive de la vérité, mais sur ce dynamisme propre de l'esprit. De même que la réflexion sur le progrès des sciences montrait l'activité pratique du jugement, la
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réflexion sur l'activité pratique du jugement constitutif de la vérité, montre le pouvoir pratique de la liberté de la conscience. La liberté de la conscience se développe donc parallèlement à la vérité de la connaissance, la théorie de la conscience est intimement liée à la théorie de la connaissance, le progrès du savoir est la mesure de l'efllcacité du pouvoir de l'homme. Comme dans l'Ethique de Spinoza, à chaque plan de connaissance va correspondre un même plan de conscience. La connaissance mutilée et confuse du premier genre est l'œuvre d'un moi enfermé dans son individualité, sujet aux passions qui le dominent. La connaissance du second genre, où nous rattachons les objets extérieurs à un système de causes et d'effets, témoigne de l'effort du moi pour briser les cadres de sa subjectivité et établir des rapports de plus ^n plus vastes entre lui et le monde. La connaissance du troisième genre est celle où nous prenons conscience de la liaison intime des choses dans la loi d'une « mathesis » universelle, l'homme s'est alors libéré complètement de la servitude de son corps, il aime en Dieu le principe de la communion universelle de tous les esprits. L'instrument par lequel la raison a acquis progressivement la connaissance de l'inflni et du continu pour établir des « lignes de vérité » de plus en plus compréhensives, c'était la liberté de son jugement; c'est par cette même liberté que la conscience peut, en opérant de proche en proche, établir un réseau de générosité et d'amour exclusif de tout sentiment égoïste, entre tous les hommes. Le Socrate des « Mémorables » de Xénophon qui enseigne que le fils doit se comporter envers son père selon la loi qui unit le fait d'être père au fait d'être flls, que le citoyen doit se comporter envers l'Etat en ayant conscience du rôle que doit y avoir chaque individu, présente ainsi à la philosophie occidentale la première image de cette constitution par la raison du champ moral. De même, le propre de la spiritualité cartésienne dans le « Cogito », c'est d'avoir lié l'être de la personne à l'existence de l'idée vraie. La morale de Descartes, c'est d'avoir vu, dans l'existence de cette générosité qu'il est le premier à avoir délinie, l'état d'une conscience où l'amour de tous les hommes résulte d'une richesse et d'une liberté internes. Le progrès de la conscience écarte donc du « moi » toutes les barrières entre l'individu et le monde, pour passer de la vie intérieure, où le mol rapporte à la sienne, l'existence des autres hommes, à une vie spirituelle où spontanément la conscience puise en elle-même un amour qui s'étend à toute l'humanité. L'obéissance à la loi morale doit être transformée par une intériorisation progressive du contenu de la loi et céder la place à l'autonomie de la conscience, qui réalise bien, comme le voulait Kant, une loi universelle en chacune de ses actions,' mais par amour et non par devoir. On peut donc dire à la fois qu'il n'y a rien au delà de la liberté, et qu'il n'est rien que la liberté ne puisse atteindre. C'est par le préjugé d'une croyance à une conscience absolue, donnée intégralement avant toute activité libre, analogue au préjugé d'une logique pure antérieure à la connaissance, que certains philosophes, comme Malebranche et le Kant de la « Religion dans les limites de la simple Raison », refusaient à la conscience la
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possibilité d'arriver à la pleine possession d'elle-même. La vie spirituelle au sens où l'entend M. Brunschvicg est comme une conscience religieuse, elle est transindividuelle parce qu'elle épure les particularismes de famille, de nation, de race : elle s'est élevée par la raison au niveau de l'humanité tout entière.
Nous avons donc vu que le même progrès de la raison, qui augmentait constamment la connaissance du monde, augmentait constamment la communion des hommes. Dans « l'Evolution créatrice », M. Bergson opposait à l'intelligence et à l'instinct, une faculté d'intuition capable de pénétrer au sein du mouvement intime des choses et de faire saisir dans un même acte de conscience, à la fois la nature vraie des choses, et la surconscicnce qui les connaît. M. Brunschvicg pose à juste titre que si les mots ont un sens et si l'intelligence est la faculté de connaître et non d'ignorer, c'est à une conception ainsi redressée de l'intelligence qu'il faut accorder le bénéfice de l'intuition bergsonienne. La connaissance du mouvement dans son devenir intime, c'est la lente conquête par la raison mathématique du continu et de l'inilni, arrachés au monde des objets concrets des concepts fixes qui les enserraient; la connaissance des autres hommes, c'est la libération d'avec son corps et ses passions, d'une conscience qui a retrouvé en elle la vérité morale exclusive de toute limitation, c'est-à-dire l'humanité. Vérité et humanité sont les deux aspects d'une même œuvre que la conscience opère par sa liberté. A. L.
Léon Brunschvicg, né le 10 novembre 1869, élève de l'Ecole Normale de 1888 à 1891, agrégé en 1891, professeur aux lycées de Lorient, Tours, Condorcet et Henri-IV jusqu'en 1909, maître de conférences à la Sprbonne en 1909, puis membre de l'Institut et professeur d'Histoire de la philosophie moderne à la Sorbonne.
BiBLiOGRAPiiiE. — Spinoza et ses contemporains, Paris 1894, 1 vol. iii.8. — La modalilé du jugement, thèse, 1897, 1 vol. in-8. — Qua Ratione Aristotcles nietaphysicam vim syllogismo ine.sse demonstruvtrit, thèse, 1897, 1 vol. in-8. — Introduction à la vie de l'esprit, Paris (Alcan) 1900, 1 vol. in-12. — L'Idéalisme contemporain, Paris (Alcan) 1905, 1 vol. in-12. — Les étapes de la Philosophie mathématique, Paris (Alcan) 1912, 1 vol. in-8. — Nature et Liberté, Paris (Flammarion) 1921, 1 vol. in-12. — L'expérience humaine et la causalité physique, Paris (Alcan) 1922, 1 vol. in-8. — Le génie de Pascal. Paris (Hachette) 1924, 1 vol. in-12. — Le Progrès de la Conscience dans la philosophie occidentale, Paris (Alcan) 1927, 2 vol. in-8.
Pascal : œuvres complètes dans la Collection des Grands Ecrivains de France (en collaboration avec P. Boutroux et F. Gazien), Paris (Hachette), 14 vol. in-8.
Un certain nombre d'articles importants ont paru dans la Revue de Métaphysique et de Morale. Nous citerons : L'orientation du Rationalisme contemporain (1920); La Relation entre la Mathématique et la Physique (1923); L'Idée critique et le système Rantier (1924); Vie inférieure et Vie spirituelle (1925).