‹ Anthologie des philosophes français contemporains [microform]Chapitre 4 sur 70 · APOLOGIE DE LA VIOLENCE · texte numérisé non relu

APOLOGIE DE LA VIOLENCE

Les hommes qui adressent au peuple des paroles révolutionnaires sont tenus de se soumettre à de sévères obligations de sincérité; parce que les ouvriers entendent ces paroles dans le sens exact que leur donne la langue et ne se livrent point à une interprétation symbolique. Lorsqu'en 1905, je me suis hasardé à écrire, d'un manière un peu approfondie, sur la violence prolétarienne, je me rendais parfaitement compte de la grave responsabilité que j'assumais en tentant de montrer le rôle historique d'actes que nos socialistes parlementaires cherchent à dissimuler avec tant d'art. Aujourd'hui, je n'hésite pas à déclarer que le socialisme ne saurait subsister sans une apologie de la violence.

(i) Il est extrêmement important d'observer les analogies qui existent entre l'état d'esprit révolutionnaire et celui qui correspond à la morale des producteurs; j'ai indiqué des ressemblances remarquables à la fin de mes études, mais il y aura encore beaucoup d'analogies à relever.

C'est dans les grèves que le prolétariat affirme son existence. Je ne puis me résoudre à voir dans les grèves quelque chose d'analogue à une rupture temporaire de relations commerciales qui se produirait entre un épicier et son fournisseur de pruneaux parce qu'ils ne pourraient s'entendre sur le prix. La grève est un phénomène de guerre; c'est donc commettre un gros mensonge que de dire que la violence est un accident appelé à disparaître des grèves.

La révolution sociale est une extension de cette guerre dont chaque grande grève constitue un épisode; c'est pourquoi les syndicalistes parlent de cette révolution en langage de grèves; le socialisme se réduit pour eux à l'idée, à l'attente, à la préparation de la grève générale, qui, semblable à la bataille napoléonienne, supprimerait tout un régime condamné.

Une telle conception ne comporte aucune de ces exégèses subtiles dans lesquelles excelle Jaurès. Il s'agit d'un bouleversement au cours duquel patrons et Etat seraient mis dehors par les producteurs organisés. Nos intellectuels qui espèrent obtenir de la démocratie les premières places, seraient renvoyés à leur littérature; les socialistes parlementaires, qui trouvent dans l'organisation créée par la bourgeoisie les moyens d'exercer une certaine part du pouvoir, deviendraient inutiles.

(Réflexions sur la violence, p. 433-434.)

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