‹ Anthologie des philosophes français contemporains [microform]Chapitre 56 sur 70 · MONISME ET PLURALISME · texte numérisé non relu

MONISME ET PLURALISME

Les conceptions qui semblent avoir succédé à celles de ces deux philosophes (4) paraissent en certains points de même coïncider avec elles. C'est ainsi que le néo-intellectualisme de Hocking est tout différent de l'intellectualisme

(3) P. 14, 15. 84 note.

(4) Bosanquet d'une part et William James de l'autre.

lel qu'on le conçoit d'ordinaire. C'est ainsi que le néoréalisme qui semble une reviviscence de l'intellectualisme dans ce qu'il a de plus abstrait repose cependant sur un mystère puisqu'il affirme à la fois l'identité de notre pensée et de son objet, et l'indépendance de l'objet par rapport à la pensée; Perry a nommé ce mystère l'immanence du transcendant. N'est-ce pas lui que nous retrouvons sous des formes diverses dans les diverses philosophies que nous venons d'examiner? Et de même Hocking nous montre, d'un point de vue tout autre il est vrai, l'égale nécessité des deux affirmations. Reconnaissance du transcendant et reconnaissance de l'immanence du transcendant (1), telles sont ces philosophies.

Nul pluraliste n'a insisté plus nettement sur l'individualité, sur l'isolement de l'individu que Mac Taggart, dans certains passages; nul sur la diversité des desseins d'une façon plus vive et hardie que Royce; nul sur le caractère de l'individu qui en fait un monde ou une infinité d'une façon plus profonde que Bosanquet ou Bradley. De même que les monistes font nécessairement place dans leur univers à des éléments de diversité, ainsi les pluralistes James, Schiller, Howison, comme ceux dont ils ont subi l'influence, comme ceux qui les ont suivis, ont fait place à l'unité et à un royaume, à des royaumes de l'éternel.

Peut-être le centre de ce tourbillon dont nous parlions est-il partout le même, il semble que certaines vérités apparaissent à l'intérieur de ce perpétuel mouvement de négation.

Mais ces éléments affirmatifs et ces coïncidences ne devraient pas être conçus comme absorbant ou comme éli-

(i) Cf. Bakewell, Philosophical Review, 191 1, p. 118.

minant les éléments négatifs sur lesquels a insisté le pluralisme. Il faudrait qu'une telle conception ne fût pas une négation du pluralisme, qu'elle reconnût l'irréductibilité des phénomènes, qu'elle fût à la fois dialectique et réalisme, qu'elle eût le sentiment à la fois de la présence de l'objet et de l'acte créateur de l'esprit, qu'elle pût garder de la doctrine pluraliste cet empirisme, ce volontarisme et ce mysticisme, ce sens du particulier concret qui la caractérisent ordinairement et qui en font la valeur.

(Les philosophies pluralistes..., p. 271, Alcan.)

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