‹ Anthologie des philosophes français contemporains [microform]Chapitre 58 sur 70 · SENS PROFOND DE LA DIALECTIQUE PLATONICIENNE · texte numérisé non relu

SENS PROFOND DE LA DIALECTIQUE PLATONICIENNE

Le non-être transcendant, qui existe par son seul lien avec lui-même, qui est la négation parfaite, faudra-t-il dire que,

pour Platon, il est pure création de l'imagination? Il y a un néant qui n'est absolument pas, il y a un fond de négation qui subsiste après que l'on a montré qu'une grande partie de nos négations peuvent se traduire en affirmations. Il est l'élément de destruction absolue, répondant, à l'autre bout de la chaîne des pensées, à l'élément de position absolue. Entre les deux sont l'un qui est et l'un qui n'est pas, tous deux mélanges et principes de mélanges. Et c'est dans cette sphère des mixtes que nous devons principalement nous tenir. Notre pensée ne se meut à son aise que dans l'entre-deux et dans la communication des genres. Mais sans ces deux principes absolus, le relatif lui-même ne serait sans doute pas, de même que malgré tout nous ne pouvons jamais penser ces deux absolus, sauf s'ils sont reflétés dans le cours de la pensée qui tisse et détisse les relations. La communication des genres n'a de valeur que si le oui absolu et le non absolu existent aux deux bouts de la chaîne. Et même, ils prennent pour notre pensée l'apparence l'un de l'autre; ils échangent leur lumière et leur ombre, l'un au plus haut degré de son éclat nous éblouissant au point que nous le prenons pour une nuit, l'autre au plus sombre degré de son obscurité, rayonnant peut-être soudain de l'éclat le plus intense...

Comprendre le Parménide, c'est donc suivre un mouvement ou plutôt plusieurs mouvements de la pensée, tourbillonnant en quelque sorte sur elle-même, prouvant à la fois la transcendance et l'immanence de l'un, le supra-essentiel, faîte étincelant dont nous aspirons en vain à redrescendre, et la participation, le caractère absolu et le caractère relatif de la négation comme de l'affirmation, poursuivant le chemin des hypothèses diverses pour se débarrasser de toutes les hypothèses et pour les rassembler toutes, et au

JEAN WAHL

bout de ce « voyage », voulant condenser dans un instant, dans cette chose absurde qui n'a pas de place dans le temps, le développement même du temps.

L'effort de la dialectique serait de s'achever et de s'annihiler dans l'instant comme dans la troisième hypothèse, de façon qu'on ne passât plus du blâme à la louange, d'une thèse à une autre, de l'affirmation à la négation, mais que la pensée les contînt en soi en même temps. Et ce tourbillonnement n'est pas vain : l'idée d'un monde ordonné se constitue dans ce désordre; au néant de la première hypothèse, au chaos de la seconde, à l'éclair de la troisième succède l'ordre. L'absolu reste, impensable et présent. Mais relativité et spiritualité ont été en même temps affirmées.

(Etude sur le Parménide de Platon, p. i88 et suiv., Rieder.)

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