‹ Anthologie des poetes bretons du 17e siecleChapitre 12 sur 40 · I. Infail, ancienne forme, pour infect {inficere · texte numérisé non relu

I. Infail, ancienne forme, pour infect {inficere

égayé et rafraîchi par de nombreuses fontaines, aux attributs mythologiques, comme celle de la place des Innocents :

Peux-tu bien estimer une ville accomplie De tout ce qu'estre doit, qui ne soit embellie D'une grande rivière, et dont aux carrefours, Les ruisseaux fonteniers, captivez en leurs cours, Ne facent rejaillir, des femelles tétines, Dans le marbre creusé les ondes argentines ?

Puis Rivière célèbre longuement les mérites de l'eau, qui sert à tous les métiers, de l'eau, le premier des éléments ; que ne s'est-il appliqué ces sages paroles de S. Goulart, le commentateur de Du Bartas : « N'entrons plus avant en l'eau, car c'est un abysme, a où l'esprit humain se noyera avant que d'en trouver a le fond ! » — Voici, au moins, une digression amusante sur les eaux employées en bains ou boissons :

De là jetons nos yeux sur les baings et fontaines De diverses vertus et de merveilles pleines. Qui sont en divers lieux, comme de Pougues, Spas, Et d'une infinité dont parle Du Bartas, Aucunes pour garir les hypocondriaques, Asthmatiques, galleux, graveleux, cœliaques, Autres pour nous montrer plusieurs étranges cas, Qu'icy pour n'ennuyer, je ne deduiray pas...

Un peu de médecine thermale n'eût pas été, à tout prendre, d'un plus mortel ennui que toute cette physique qui précède, — et, puisque je suis sur ce sujet, je rappellerai que Du Bartas, qui a parlé, assez briè-

vement, des bains non acheté^ de la Gascogne, des Pyrénées, de Cauderets, Aiguës- Caudes, Baigneres,

Où le peuple estranger accourt de tous costez *,

a été suivi, dans cette voie, et bien dépassé, par Gamon ; celui-ci a écrit sur les sources minérales, déjà exploitées de son temps, une page précieuse et que j'abrège à regret :

Je tay du Vivarais les ondes sulfurées, Du rocheux Perigord les sources désirées, Des bains chauds de Vichy et les flots exaltez Des sourcils du Mont-D'or, de neges argentez ; L'Auvergne porte Abein, le Quercy Gransac donne, Languedoc, Baleruc, le Bassigni, Bourbonne, Bourbonne de qui l'eau, par son chaud véhément, Les brèches de santé repare impunément 2..,

Je reviens à Rivière, qui, après avoir discouru de FeaUj^n argent, crystal liquide, que le firmament enserre, décrit les autres jouissances qui charment les immortels, le parfum des fleurs, les extases de la musique :

Qui aime la musique (ordinaii-e désir Presque des Immortels), il entend à plaisir, En extase ravy, cent et cent basses contres, Cent tailles, cent dessus, autant de hautes contres,

1. Du Bartas, 3* jour de la Sepmaine ; Encausse, Barège, sont encore mentionnés; Aigues-Caudes (les Eaux- Chaudes).

2. Gamon, Semaine, p. 85 : Fougues, Spa, (des Liégeois le recours), ne sont pas oubliés, non plus que bien d'autres, dans cette énumération qu'il serait piquant de mettre en regard d'un livre moderne, le Guide aux Eaux Minérales du D' Constantin James, par exemple.

Qui chantent fredonnans de leur langue à qui mieux, ^ De leurs divines voix, le monarque des Cieux ; Il oid rouler les tons, les demi-tons, les feintes. Octaves, uni-sons, tierces, quartes et quintes... De la harpe en après et de tous instrumens, De violes etluts, il a le passe-tems...

J'ai omis toute une dissertation, qui intéresserait les archéologues de la musique, sur la Quinte Grégeoise ou Diapente. Gamon est ensuite pris à partie pour avoir dit que le firmament est une nuée, une vapeur, et pour avoir nié que Platon ait eu l'intuition des formes célestes ; — ces formes, il y en a

Autant que d'Orléans la forêt a de fueilles, L'Olympe de flambeaux, la Beausse de moissons.,.

Les hommes très saints peuvent seuls avoir commerce avec ces intelligences divines. Rivière a connu un de ces élus, bien supérieur au vieillard qui apparut à Claudien, dans son parterre de Vérone, ou même à l'anachorète que Palingene avait rencontré sur la cime du Soracte :

Dessus un aspre mont, n'ayant ne bois ne chesnes, Nommé Valerien, près le bourg de Suresnes, Un hermite ainsi seul, dedans un petit toit, Clos et fermé de murs, naguéres habitoit. Où quarante moissons après neuf a contées. Vivant austerement des choses luy portées. Qui etoit un peu d'eau et de pain chaque jour. Qu'on luy administroit par le moyen d'un tour.

Après avoir comparé les merveilles du monde aux merveilles célestes, — celles-ci étant comme le déve-

loppement et la suprême expression de celles-là, — Rivière invective encore Gamon, qui prétend que les astres sont mobiles, errent dans le ciel ; Gamon était beaucoup plus fort en cosmographie que son adversaire, il avait eu Fidée, deux siècles à Tavance, de la belle ode de Malfilâtre, le Soleil fixe au milieu des planètes ; — ce qui ne l'empêché pas de s'entendre dire:

Tu suis la vérité comme les Puritains De si prés que parfois tu lui roms ses patins... Mais tu as mieux aimé le Germain imiter Qui fait croupir les cieux et la terre volter...

Le Germain, c^est toujours Copernic. — Par ce dernier argument, Rivière a terminé son ouvrage ; il se félicite de l'avoir mené à bonne fin, il remercie Dieu, puis, selon le vieil usage, il s'adresse à son livre:

Va cependant, mon livre, et cour en divers lieux Au hazard de la dent de beaucoup d'envieux, Fuy tous ces malveillans. leurs langues et langages, Recherche les pieux et sçavans personnages... Des autres ne te chaille, et te ry des brocars Du populaire lourd et de bien faire echars *... Va donc heureux, mon fils, et vy très longuement; Puis, quand mes os seront hôtes d'un monument, Toy vengeur (survivant) de la Parque maligne Mon nom par maint endroit de la France provigne.

C'est par ce testament poétique, où perce le vif amour de la France — que Goujet lui-mêmea re-

I. Echars, très ancien mot tombé en désuétude, qui signifie chiche.

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marqué — que je prendrai congé de Rivière et de son œuvre. Le meilleur moyen de faire connaître, je n'ose dire de faire goûter celle-ci, n^était-il pas de l'analyser patiemment, surtout dans ses parties originales, relevant les vers heureux, les expressions pittoresques, les allusions bretonnes ? Ce n'est pas dans les idées seulement, c'est dans la forme, que Rivière est un disciple enthousiaste de l'auteur de la Sepmaine, et il a encore exagéré les défauts de cette poésie polytechnique ^ ; comme Du Bartas, il a voulu forcer la Muse à pénétrer les secrets de la Nature, à revêtir ce vêtement scientifique qui l'étreint et l'étouffé ; pas plus que son maître, il n'a, malgré d'heureuses rencontres, réussi dans cette haute tâche, et n'a gagné le droit de s'écrier avec Lucrèce ' :

... Obscurâ de re tam lucida pango Carmina, musaeo contingens Cuncta lepore.

1. C'est une expression de M. Vinei (Chrestomathie française).

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