LE PERE
GRIGNION DE MONTFORT
ONTRAiREMENT à ccUes de beaucoup de vieux poètes bretons, la vie du Père Grignion de Montfort est très connue ; je dirais qu^elle est accidentée, sHl ne fallait parler en toute révérence d'un aussi saint personnage. Il naquit à Montfort-la-Cane, le 23 janvier 1676; en 1706, déjà missionnaire, il partit à pied pour Rome, afin d'obtenir du pape Clément XI l'autorisation d'aller porter l'évangile chez les infidèles ; mais, le pontife lui ayant représenté qu'il aurait assez l'occasion d'exercer son zèle sans sortir de France, il revint en Bretagne, et continua ses prédications, avec la qualité de missionnaire apostolique que Clément XI lui avait conférée ; les autres circonstances de sa vie, ses voyages, les démêlés que sa vive ardeur lui suscita avec le clergé séculier, les succès et les revers de ses
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nombreuses missions, la construction avortée du calvaire de Pontchâteau, la fondation de Tordre des Filles de la Sagesse, tant de marques de piété intrépide qui devaient ceindre son front de l'auréole des bienheureux, ont été rapportées par ses biographes. Un contemporain, messire Valentin le Fèvre, curé d'Argenton-Château, rend un naïf hommage à ses vertus et à ses luttes dans un petit poème qui fait partie de quelques éditions des Cantiques du Père de Montfort; rappelons, avant de citer quelques strophes de ce poème, que le saint prêtre mourut à Saint- Laurent-sur-Sèvre, diocèse de La Rochelle, le 28 avril 1716:
De cet éminent personnage La Bretagne fut le berceau ; Le Poitou rendra témoignage Des merveilles de son tombeau...
Que tous les pas de ce grand homme, Depuis Rennes jusqu'à Paris, Et depuis Paris jusqu'à Rome, Soient bien comptez et bien suivis...
Son zèle avoit une industrie Qu'il déployoit dans les besoins; La croix est la sage folie Que le monde ne comprend point.
II a prêché cette science, Telle qu'elle étoit en son cœur.
Par les larmes de l'assistance, On jugeoit du prédicateur.
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Nous admirerions la structure D'un calvaire qu'il élevoit, Sans les clameurs que l'imposture Excita contre cet objet.
Un monument recommandable, Qu'il laisse de sa piété, C'est le règlement admirable D'une sage communauté.
On a reconnu dans cette communauté — que l'auteur, avec un peu de préciosité, appelle sage — cet ordre admirable qui est, avec celui des Sœurs de Saint- Vincent de Paul, la plus belle personnification de la charité chrétienne. Le chroniqueur des pieuses actions du Père Montfort, qui supplée parla candeur et l'onction à la poésie absente, ne pouvait oublier le plus haut titre du missionnaire à la vénération et à la reconnaissance. Il pouvait parler aussi de la renommée de ses édifians cantiques ; » bien plus, en effet, qu'un recueil de sermons assez diffus, et que deux ou trois écrits mystiques, ces Cantiques ont été le reflet de la grande popularité de leur auteur ; ils ont eu, aux deux derniers siècles, un nombre considérable d'éditions, les unes bretonnes, les autres poitevines, — ces dernières plus intéressantes, en ce qu'elles renferment une curieuse invective contre Rennes, supprimée par les imprimeurs bretons. J'ai sous les yeux un Recueil de cantiques spirituels^ édité à Saint-Brieuc, en 1790, qui renferme encore plusieurs cantiques, peu ou point modifiés, de Montfort : les titres seuls sont quelquefois changés ; ainsi le Pécheur