‹ Anthologie des poetes bretons du 17e siecleChapitre 35 sur 40 · LE PÈRE GRIGNION DE MONTFORT 23 I · texte numérisé non relu

LE PÈRE GRIGNION DE MONTFORT 23 I

contrit est devenu les Regrets d'une âme pénitente ; mais le texte est le même, et je ne serais pas surpris quMl se réimprimât encore. C'est que les cantiques du bon missionnaire ont, au plus haut point, deux mérites faits pour attirer les pauvres et les humbles de la Bretagne ou du Poitou, la simplicité qui se met à leur portée, la sympathie d'un compatriote qui les entretient d'objets familiers ; c'était parler aux villageois leur langue même que de leur dire, dans le Réveille-matin de la Mission :

Chers habitans de Saint-Pompain, Levons-nous tous de grand matin...

Cherchons la grâce, Ou qu'il mouille ou qu'il glace...

Laisse tes travaux, laboureur;...

Laisse un peu ton bois, charpentier ; Quitte un peu ton fer, serrurier.

Tous les corps d'état y passent, et ces bonnes gens, ainsi interpellés, ont couru en masse à la mission. Comme ils devaient entonner] à pleins poumons le cantique qui a pour titre : la Déroute des danses abominables et foires pqyennes de Saint-Pompain^ où il y a des couplets comme le suivant, qui semble, en son harmonie imitative, redire le cri du marchand forain : . ^ , . ,

Gagne petit, Quiconque vend à cette foire,

Gagne petit , Grande perte et peu de profit,

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Il vend son âme avec sa bête, Il perd son Dieu : quelle conquête 1 Gagne petit.

Le principal défaut de ces ingénieux morceaux est justement de n^être pas de la poésie : c'est de la prose rimée vaille que vaille, sans grand souci de la prosodie et de l'expression ; il faut pardonner au pieux auteur en faveur des conditions du genre, de la noblesse du but et de l'absence totale de prétentions littéraires ; si je ne craignais d'employer un mot profane, je dirais que c'est de la poésie chrétiennement utilitaire. Il y a plus de vigueur encore, et quelque idée du style, dans les cantiques contre la danse et le bal^ cet encens de Vénus :

Les pas sont si mesurez, Les cadances sont si belles.

Les auteurs si bien parez, Et les chansons si nouvelles, Qui pourroit s'empêcher d'aimer ?

contre la comédie et les spectacles, où le Père Montfort se montre aussi rigoureux pour les baladins que Bossuet l'avait été pour Molière :

Malheur à vous qui riez !

leur dit-il, comme le grand évêque au grand poète. Il faut signaler à part le curieux cantique sur les dérèglemens de Rennes ; on ne peut s'empêcher en lisant ces vers, où l'amertume se complique de ressentiment, de songer à la description que Marbode a

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