Très rare activement, dans le sens défaire tourner
2. Tome II des Mélanges historiques, littéraires et bibliographiquts.
NNEde Rohan naquit au château de Blain ( 1 584) de René II de Rohan et de Catherine de Parthenay, elle eut pour frère le fameux capitaine Henri II, celui que Henri de Navarfe considérait comme son successeur. La sœur aînée d'Anne fut cette Catherine de Rohan connue pour sa fière réponse aux galanteries de Henri IV : a Je suis trop pauvre pour être votre femme, et de trop bonne maison pour être votre maîtresse. » Toute cette famille était calviniste.
Anne, femme de lettres comme sa mère, était très versée dans Tétude de la langue hébraïque ; on dit qu'elle lisait la Bible et méditait les psaumes écrits dans cette langue.
Elle donna les preuves d'un grand courage au siège de la Rochelle (1627) ; elle et sa mère secondèrent le maire Guiton dans sa défense héroïque, en s'eflforçant de ranimer le courage des habitants, et quand la ville, entièrement épuisée de vivres, capitula, Catherine et Anne,, ayant refusé de se laisser
comprendre dans la capitulation, furent conduites au château de Niort, où on les traita avec toute la rigueur des prisonnières de guerre,
Anne mourut à Paris, le 20 septembre 1646, sans avoir été mariée. Elle avait eu l'honneur d'accompagner la princesse de Navarre, lorsque celle-ci fut épouser le duc de Lorraine.
Bibliographie poétique.
i« Stances sur la mort de Henri IV, par M"* Anne de Rohan, Paris, Chevalier, 1616, in-i8.
20 Une élégie en l'honneur d'Henriette de Savoie, mone le 8 août 161 8.
3" Des vers à l'abbé de Marolles, 1644.
4° Plaintes de très haute et très illustre princesse Anne de Rohan sur le trépas de Madame de Rohan, sa mère (Genève, i632, in-i8, de 32 pages), véritable chef-d'œuvre de sentiment.
5" Cinq pièces composées sur la mort de sa sœur Catherine, duchesse des Deux-Ponts, dans un recueil devers et de prose, publié par La Ferté sous ce titre : Tombeau de très illustre^ très haute et très vertueuse princesse, Catherine de Rohan, duchesse des Deux- Ponts, à Paris, par Jean Janon, rue du Foin, i,à l'enseigne de Jonas, 1609, 1^-4° de 83 pages.
Ce recueil est très rare ; M. Bizeul en possédait un exemplaire.
60 Dix-neuf morceaux de poésie, provenant de la Bibliothèque nationale, 5 autres, tirés du manuscrit
trouvé à Bessinge, ont été rassemblés dans un recueil publié à Paris, chez Aubry, en i852, sous ce titre : Poésies d'Anne de Rohan et lettres d'Eléonore de Montba^on. On a découvert à Bessinge, près de Genève, un manuscrit qui porte à 24 les poésies d'Anne et à 6 celles de sa sœur Henriette.
Avant la citation de quelques pièces, il nous semble curieux de faire connaître sur cette femme de lettres les jugements divers de ses contemporains.
Tallemant des Réaux dit, en parlant d'Anne :
« Bonne fille, fort simple, quoyqu'elle sçeut le a latin, et que toute sa vie elle eût fait des vers ; à la a vérité, ils n'étoient pas les meilleurs du monde. »
D'Aubigné, à propos de la mort de Henri IV, s'exprime ainsi :
« Je laisse parler mieux que moi Anne de Rohan, a princesse de Léon, de laquelle l'esprit, tiré entre « les délices du ciel, écrit :
Stances sur la mort de Henri IV
Quoi, faut-il que Henri, ce redouté monarque,
Ce dompteur des humains, fût dompté par la Parque !
Que l'œil qui vit sa gloire ores voie sa fin >
Que le nôtre pour lui incessamment dégoutte ?
Et que si peu de terre enferme dans son sein,
Celui qui méritait de la posséder toute.
Quoi, faut-il qu'à jamais nos joies soient éteintes ? Que nos chants et nos ris soient convertis en plaintes ? Qu'au lieu de notre Roi, le deuil règne en ces lieux ? Que la douleur nous poigne et le regret nous serre ?
Que, sans fin, nos soupirs montent dedans les cieux ? Que, sans espoir, nos pleurs descendent sur la terre ?
Il le faut, on le doit, et que pouvons-nous rendre. Que des pleurs assidus à cette auguste cendre ? Arrosons à jamais son marbre triste et blanc. Non, non, quittons plustôt ces inutiles armes ! Mais, puisqu'il fut pour nous prodigue de son sang, Serions-nous bien pour lui avares de nos larmes ?
Quand bien nos yeux seraient convertis en fontaines, Ils ne sauraient noyer la moindre de nos peines ; On espanche des pleurs pour un simple meschef ; Un devoir trop commun bien souvent peu s'estime. Il faut doncques mourir aux pieds de notre chef, Son tombeau soit l'autel, et son corps la victime.
Mais qui pourrait mourir ? les Parques filandières Dédaignent de toucher à nos moites paupières ; Ayant fermé les yeux du prince des guerriers, Atropos de sa proie est par trop glorieuse. Elle peut bien changer son cyprès en lauriers, Puisque de ce vainqueur elle est victorieuse.
Puisqu'il nous faut encore et soupirer et vivre, Puisque la Parque fuit ceux qui la veulent suivre, Vivons donc en plaignant notre rigoureux sort. Notre bonheur perdu, notre joie ravie ; Lamentons, soupirons et jusques à la mort, TémoignoHs qu'en vivant, nous pleurons notre vie.
Plaignons, pleurons sans fin cet esprit admirable. Ce jugement parfait, cette humeur agréable, Cet Hercule sans pair, aussi bien que sans peur ; Tant de perfections, qu'en louant, on soupire, Qui pouvaient asservir le monde à sa valeur. Si la rare équité n'eût borné son empire.
ANNK DE ROHAN ij
Regrettons, soupirons cette sage prudence, Cette extrême bonté, cette rare vaillance, Ce cœur qui se pouvait fléchir et non dompter, Vertus de qui la perte est à nous tant amère, Et que je puis plutôt admirer que chanter, Puisqu'à ce grand Achille il faudrait un Homère.
Mais parmi ces vertus par mes vers publiées, Laissons-nous sa clémence au rang des oubliées , Qui seulement avait le pardon pour objet ; Pardon qui rarement au cœur des rois se treuve, En parle l'ennemi, non le loyal sujet, En face le récit qui en a fait l'épreuve.
Pourrait-on bien compter le nombre de ses gloires ? Pourrait-on bien nombrer ses insignes victoires ? Non, d'un si grand discours le destin est trop haut, On doit louer sans fin ce qu'on ne peut décrire ; Il faut, humble, se taire ou parler comme il faut. Et celui ne dit rien qui ne peut assez dire.
Ce Mars, dont les vertus furent jadis sans nombre
Et que nul n'égalait, est égal à une ombre.
Le fort a ressenti d'Atropos les efforts,
Le vainqueur est gisant dessous la froide lame.
Et le fer infernal qui lui perça le corps
Fait qu'une âpre douleur nous perce à jamais l'âme.
Jadis pour ses hauts faits nous élevions nos têtes ;
L'ombre de ses lauriers nous gardait des tempêtes ;
La fin de ses combats finissait notre effroi.
Nous nous prisions tout seuls, nous méprisions les autres,
Étant plus glorieux d'être sujets du roi.
Que si les autres rois eussent été les nôtres.
Maintenant notre gloire est à jamais ternie. Maintenant notre joie est à jamais finie,
Les lys sont attérés, et nous avecques eux ; Daphné baissa, chétive, en terre son visage, Et semble par ce geste, humble autant que piteux. Ou couronner sa tombe, ou bien lui faire hommage.
Sur un portrait de feu la duchesse de Nevers, fait par Mademoiselle de Rohan, sa sœur, 162g.
Tout change en un instant
Comme la lune, Mais ma douleur pourtant
Est toujours une !
Rien ne saurait changer
Mon deuil extrême ; Rien ne peut l'alléger,
Que le deuil même.
Vous qui voyez mon sort,
Et à toute heure Pleurez pour cette mort
Que rien ne pleure.
Voyez mes maux certains,
Et que, sans feinte, La beauté que je peins
Soit par vous peinte.
Venez sur ses cheveux
Des pleurs espandre, Lamentez ces beaux feux
Qui sont en cendre.
Pleurez ce teint de lys,
Sa bouche belle.
Plaignez tous ma Philis,
Mais moi plus qu'elle.
Donnez à la pitié
Qui m'environne
Les pleurs qu'à l'amitié Sans fin je donne.
Sur le mesmk sujet
Quand l'Aurore aux doigts de rose Pour nous montrer toute chose Fait effort ,
Lors ma bouche ne respire, Mon triste cœur ne soupire Que la mort.
Quand Phébus, grand œil du monde, Pour monstrer sa teste blonde, Du profond cristal de l'onde Son chef sort,
De pleurer me vient l'envie, Je plains ma trop longue vie.
Ma Philis trop tost ravie Par la mort.
Quand je cache par contrainte Mon vray mal, d'une voix feinte, Et que mon luth et ma plainte Sont d'accord,
Lors mes fidèles pensées Vers Philis sont élancées, Et mes larmes adressées A la mort.
Quand je peins Philis la belle, - A chascun je renouvelle Combien la Parque cruelle M'a fait tort ;
A ma plainte longue et dure, Mon crayon bat la mesure, Et mon œil prend la figure De la mort.
C*« DE Saint-Jean.
E sieur de Rivière n'est pas né en Bretagne, et ce n'est pas un poète original ; quels sont donc ses titres à être compris dans une Anthologie bretonne ? D'abord son Zodiaque Poétique est une imitation, une paraphrase, bien plutôt qu'une traduction du Zodiaque de Marcel Palingene * ; et Rivière, en
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I. Pierre -Ange Manzollî naquit à Stellata, dans le Ferrara^s, au commeacetnent du XVI* siècle (ses anciens traducteurs l'appellent quelquefois Stellatj. — 11 publia, sous le pseudonyme de Marcellus Palingenius, un poème intitulé : Zodiacus Vitx, dédié à Hercule, duc de Ferrare. La 1" édition de ce poème, qu'aucun bibliographe n'a vue, et que l'Inqui» sition détruisit, dut paraître à Venise, en i534. Il y a plusieurs autres éditions, celle de Bâle (iSSy), celle de Lyon (Jean de Tournes, i58o), celle de Rotterdam (1722). — Olivier de Magny et Jean Avril avaient entrepris des traductions complètes du Zodiaque, qui n'ont pas été publiées ; en dehors de l'imitation de Rivière, Scévole de Sainte-Marthe (Premières Œuvres, Paris, Federic Morel, iSôg) a traduit ou imité treize morceaux de Palingene ; la seule traduction en prose française est due à un sieur de la Monnerie, elle parut en 1 73 1 (à la Haye, chez J. Vanden Kieboom), avec une dédicace à lord Chesterfield et une préface, qui n'est pas du traducteur.
42 ALEXANDRE DE RlViERE
avouant, dans son Avis au lecteur^ qu^il avait composé son poème « sur le patron de celui de PalingenCy » avait bien quelque droit, à cause du cachet tout personnel qu'il lui avait imprimé, de l'appeler sien; imiter aussi librement, c'est souvent presque innover. Reste la question du lieu de naissance : Rivière, né à Paris, est mort dans cette ville, en 1618, à l'âge de 57 ans; dans son épître dédicatoire à Charles de Cossé-Brissac, il nomme Paris sa patrie, mais la Bretagne, où il vécut toute sa carrière de magistrat, semble être devenue son pays d'adoption, il en parle à tout propos, il insinue même (à la fin du livre IX) qu'il avait, aux portes de Rennes, sur les bords de la Seiche, une maison de campagne oîi il passait ses vacances, son semestre loisir : n'avonsnous pas le droit de revendiquer pour la Bretagne le poète, ou, au moins, le poème qui y a été conçu, qui s'y est développé, qui s'en est inspiré ? Hamilton et le prince de Ligne ont été des Français d'Ecosse et de Belgique ; Rivière est un Breton de Paris, il nous appartient.
Le Zodiac [sic) Poétique ou la Philosophie de la vie humaine est un poème de quelques milliers de vers, qui parut à Paris, en 16 19, un an après la mort de son auteur ; il est dédié « à haut et puissant sei- « gneur Messire Charles de Cossé, comte de Brissac, « conseiller du roy en ses conseils d'Estat et privé, « chevalier de ses ordres, capitaine de cent hommes « d'armes, mareschal et grand pannetierde France et a lieutenant gén éral pour Sa Majesté en ses pays et
a duché de Bretagne. » Cette dédicace est écrite dans un style très ampoulé. Rivière félicite Cossé-Brissac « d'avoir assisté fidellement Sa Majesté en ces « troubles et mouvemens qui ont recommencé, depuis « l'an 16 14, d'affliger ce misérable Etat et spéciale- « ment la Bretagne ; » — il le remercie aussi d'avoir remis la ville de Paris — sa patrie — entre les mains de Henri IV. Dans cette même dédicace, Rivière commence à trahir ses sympathies pour Du Bartas, alors à l'apogée de sa renommée ; il parle d'à un « certain poète nouveau qui, ayant voulu reprendre le « sieur Du Bartas, l'un des excellens poètes François « de nôtre tems, s'est trouvé luy mesme digne de plus a grande reprehension, pour les paradoxes et absur- « ditez dont il a troublé (imitant Du Bartas) sa < Semaine de la Création du Monde. » C'est là le premier trait que Rivière décoche contre l'adversaire de Du Bartas, Christofle de Gamon, dont la Semaine fut imprimée en 1609 ; nous retrouverons ce livre et cet auteur.
Une série de pièces liminaires, groupées après la dédicace, attestent la haute estime où Rivière était tenu par ses contemporains.
Remarquons surtout une petite pièce latine « in repentinum authoris obitum, » par Michel de Rochemaillet, suivie de cette mention : Obiit Lutetiœ Parisiorum, 3 nonas Novemb., an. 16 18, œtatis 5y. Nous voyons que Rivière, né à Paris, y est mort en 16 18; remontant de 5 7 années en arrière, nous avons la date de sa naissance, i56i. C'est à cette indication
que se réduirait ce que nous savons de la vie du conseiller au Parlement de Rennes, si M. Polde Courcy ne nous apprenait, en son Nobiliaire de Bretagne ', qu'un Alexandre de la Rivière, originaire de Paris et bien évidemment le nôtre, était déjà conseiller au Parlement en 1 588, et eut une fille, Elisabeth, mariée à Pierre Gouyon, sieur de la Raimbaudière. Quanta Fauteur du Zodiac Poétique, ni Brunet, ni Viollet- Le-Duc, ni les biographies générales ou spéciales n'en ont parlé ; le sieur de la Monnerie, qui traduisit, au dernier siècle, le poème de Palingene, croyait n'avoir été précédé dans cette voie que par les imitations partielles de Sainte-Marthe. Il n'a été fait, à ma connaissance, que deux mentions du poème de Rivière : l'abbé Goujet, au tome VII de sa Bibliothèque Françoise^ dans un chapitre consacré aux traducteurs , exécute sommairement notre pauvre conseiller; il l'accuse d'employer des expressions obscures et surannées, de violer les règles élémentaires de la versification ; « sa poésie » — conclut-il — « n'est pas même une prose supportable. » C'est franc, mais peu motivé. Le critique dont il me reste à parler est l'auteur de l'article Man^olli — alias Palingene — dans la Biographie Michaud (M. Louis Dubois) ; dans le dénombrement des essais ou des projets de traduction du poème de Palingene, il se borne à dire : « On en imprima une imitation libre,
» Pol de Courcy, Nobiliaire de Bretagne, 2« édit., t. II, p. 33? ; cl., t. III, p. 91. Voir l'Appendice de cette étude.
en vers, du conseiller Rivière, Paris, 1619, in-8"; » MM. Dézobry et Bachelet (Dictionnaire de Biographie et d'Histoire), et Vapereau [Dictionnaire des littératures) ont répété la même chose. Quelques lignes maussades, une indication bibliographique, voilà tout ce dont la critique a daigné gratifier Rivière.
Le poème de Rivière est divisé en douze livres, autant qu'il y a de signes du Zodiaque ; chacun de ces liv/es est précédé de quelques lignes de prose, vagues et peu intelligibles, qui ont la prétention de le résumer. Le livre I, Le Bélier, s'ouvre par une invocation à Apollon, père des poètes, immédiatement suivie d'un nouvel et pompeux éloge de Charles de Cossé-Brissac ; Rivière voit dans le seigneur, a sauveur des lys sacre^, » qui a livré Paris à Henri IV, le modèle accompli du héros et du sage, et il s'écrie :
Charles, si le parler d'un Homère j'avois, Tu serois mon Achille, ou si Maron j'estois, Mon valeureux Enée, et ma veine féconde Te porteroit de l'un à l'autre bout du monde ; J'envoiroy de Paris au grand Kaire ton nom, Sur l'aile d'Aquilon voleroit ton renom. Par les peuples baignez du Danube qui verse, Après maintes erreurs, dansl'Euxin, son eau perse.
Abordant ensuite son sujet, le poète le proclame incomparable : y a-t-il rien qui approche en beauté, en variété, de ce tableau idéal de la vie humaine, de cette opposition perpétuelle entre l'homme juste et sage et le méchant? Voici quelques traits qui peignent
assez plaisamment la méfiance, toujours en éveil, du méchant :
Si deux il voit parler ensemble, ah! misérable! Ceux-là parlent de moy (dit-il), et de mon fait ; Que ferai-je ? On me cerche, il y a un décret, Dois-je aller me purger ? ou plutost, par lafuitte, Eviter le péril de ma vie maudite ?
Le meschant est tousiours par un arrêt des Cieux Tenaillé de frayeur...
Ce portrait s'achève par une image qui sent la fausse grandeur de Du Bartas :
... Dedans il boult et fume, Comme le Stromboli dans la mer jette escume.
Parlant de la vertu et des embarras qu'elle éprouve, Rivière n'admet pas que l'on critique, amèrement et de parti pris, les mœurs de la Cour, mais il est sans pitié pour les écrits qui chatouillent la licence de ces mœurs.
Funestes monumens de paillardes ordures.
Et qu'on ne lui objecte pas que ces vers folâtres plaisent aux grands, les grands, le plus souvent, ne les entendant pas :
Combien le pourpre et l'or vest d'asnes à deux piez,
Combien nous en voyons richement abriez *
De la conque pourprine et des feuilles peignées ,
* Abrie^, pour abrités, est dans Montaigne, (liv. I, ch. 20), et dans Saint-Âmant :
Enfin le bon Dieu nous abrie.
Et voici les convois de Beausse et de la Brie.
Des bois du Cambazu » en veloux atournées, Aux doigts desquels reluit la belle bague d'or... Vous diriez qu'en esprit, le grand Platon ils passent... Ce sont balons venteux...
Rivière est ici bien hardi ; il est vrai qu'il traduit assez littéralement Palingene ; il ne s'écarte pas beaucoup non plus de son modèle latin dans cette apostrophe contre la poésie licencieuse, où il gémit de voir des enfants
Se perdre et empirer, sous le maistre apprenans Carmes sales et ords, et la fleur printanière Peu à peu flétrissans de leur pudeur première ;
oU il s'adresse ainsi aux maîtres :
Je vous exorte donc, vous qui avez l'empire Sur les adolescens, qui devez comme cire Former entre vos doigts ces fragiles esprits, De laisser ces auteurs corrompus, et leur lire Quelque chose meilleure...
L'histoire nationale ou étrangère, la fable, la comédie honnête fsî aucune se treuve^ ajoute le poète, en marge), les vers innocemment gais, seront lus avec fruit :
Eslevez vos enfans de ces viandes-là.
Mais il faut bien prendre garde que la science, en s'alliant au vice, ne devienne une dangereuse auxiliaire ; l'honnête homme qui ne sait rien vaut mieux
1 Cambazu doit être une faute d'orthographe ou d'impression, pour Cambalu, ville d'Asie, capitale du Catay, dans la grande Tartarie.
que le savant perverti : Thomme heureux par excellence et digne des plus grands honneurs sera bon et savant à la fois , dominant de toute sa hauteur Tignorant effronté, qui erre, qui divague,
Ainsi comme un aveugle allant tombe, ou se choque, Et donne dans le piège en l'obscur de la nuict.
Après avoir tracé d'une main lourde ce portrait idéal du savant, Rivière adresse une exhortation aux Muses, avec ce souhait énigmatique :
Garder-moy des beurriers * et du Dieu Lemnien,
puis il annonce que le Bélier porte-corne va faire place au second signe du Zodiaque, le Taureau.
Celui-ci débute avec entrain ; le poète s'excite à l'ouvrage, le moment est propice :
L'hyver s'est retiré, et les neigeux amas
Du faiste des hauts monts fondus coulent à bas,
La terre met dehors ses plus belles peintures...
Philomèle se plaint par les bocages verts ;
Les Napées, au son de ses gracieux vers,
Leurs blonds cheveux ornez de guirlandes fleuries,
Dansent à petits bonds par les vertes prairies...
Les Dryades des bois et Satyres paillards
Dans les antres moussus entonnent chants gaillards...
L'homme est le roi de cette nature animée , il dompte les tigres viste-pieds — alipedes, avait dit
* Je risque une conjecture : ce souhait littéraire m'a l'air de compléter le précédent ; faites, ô Muse, dit Rivière, que mon lirre ne serve pas à envelopper le poivre, et il ajoute : gardf^-moi des beurriers, des marchands de beurre, i qui 11 faut de méchant papier pour envelopper leur marchandise.
Palingene, qui n'avait qu'indiqué une autre image, pittoresquement développée par son imitateur :
La grand Balaine aussi, de l'Océan ce mont, Lui cède monstrueux, qui a la gueule au front...
Non content d'avoir bâti des cités, inventé les arts, l'homme fabrique des engins qui simulent la foudre porte-encombre , hors desquels le plomb, — ajoute Rivière, plus que Jamais copiant Du Bartas et ses onomatopées,
Plat, abat, foudroyant mur et fort imprenables *.
Mais l'homme si puissant ignore trop souvent le droit sentier qui conduit au souverain bien, et que ni la Grammaire, ni la Rhétorique, ni la Médecine, ni le Droit nouveau^ ne lui enseignent ; le secret de la suprême sagesse, voilà ce que le poète entreprend de lui montrer. Le vulgaire attache un grand prix aux richesses ; on les convoite, la mère les désire pour son enfant, et pourtant quel néant elles recouvrent! La cupidité, l'avarice, la crainte, harcèlent celui qui les possède. Rivière, d'après Palingene, imagine un dialogue entre l'avare et sa passion, assez semblable à celui que Boileau, dans sa satire VIII, a imité de Perse ; puis il mêle quelques traits de son cru à l'ingénieuse comparaison que son modèle latin fait de l'homme riche, talonné par le désir de gagner encore :
1 Le champ plat, bat, abat...
«ivait dit Du Bartas (i" jour de la Seconde Septnaine), parlant du cheval dompté par Caïn.
11 court deçà delà, ne plus ne moins jette Qu'un boursouflé balon, d'un et d'autre costé, Par les bras des joueurs, au veu de l'assistance ; L'un le pousse du pié, l'autre du poin le lance, Qui deçà, qui delà, avec bruit et clameur.
Voici, peu après, une curieuse description de la table du riche, dont rien ne peut assouvir les appétits ; entre autres libertés que Rivière a prises avec Palingene, on remarquera que les huîtres de Cyzique ou de la Propontide sont devenues huîtres de Cancale, et que le Falerne s'est changé en Beaune et en Grave :
A la table du riche, on porte le meilleur
De la mer, et des bois le levrault viste alleur,
La biche, le chevreul, le sanglier de Ménale,
Gibier, la grasse grive et la perdrix Dédale,
La caille, l'alouette et les madrez oyseaux
Que la Phaze nourrit, chapons et pigeonneaux ;
L'on porte le turbot, la murène friande.
Le saumon, le mulet, la sole, la limande,
La lamproy, l'huistre aussi qui de Cancale vient,
La squille, le poisson qui d'or le nom retient.
Et autres que nombrer est chose difficile.
Pour son boire, il aura du vin la fleur subtile
D'Orléans ou de Beaune, ou plutost du Gascon
Le Grave nectareux...
Mais tous ces raffinements sont la source de maladies cruelles ; il ne sert pas non plus, pour se garantir du froid et du chaud, de se couvrir de somptueux vêtements ; le sage se met au-dessus des besoins vulgaires, et, si la fortune la délaisse, il se réfugie dans Tétude ou bien il voyage :
ALEXANDRE DE RlVlÈUE 3i
L'homme plein de vertu quittant l'onde Françoise, Ira noyer sa soif sain et sauf en l'Indoise, De l'Inde en Sumatra se paistre de cocos, Et de là du gibier de la Phaze en Colchos.
Au reste, la monotonie vient vite pour le riche, il se dégoûte de tous ses biens, il porte envie au pauvre, content de peu, au nocher, au bûcheron. Suit un éloge de la pauvreté qu'ont pratiquée les anciens sages, les héros de la République romaine ; l'idée de la fable le Chêne et le Roseau apparaît dans ces vers :
Les choses basses sont incapables d'outrages ; Les Typhons orageux espargnent es forêts Les genèvres petits et les foibles cyprès ; Les genêts verdoyans et bruyères stériles Par les bois éventez sont en paix immobiles.
Trop d'argent nuit, on le dissipe follement, ou on l'entasse avec cupidité; si tu es riche, si Plutus
T'a fait un tour d'amy et l'un de ses boursiers,
songe à bien employer tes richesses, fuis l'avarice et le vice contraire, fais l'aumône , sois charitable. Hélas ! la charité est morte aujourd'hui, s'écrie le poète, les avares richards
N'ont pitié de personne, ains ont le cœur de fer... S'ils donnent quelquefois, c'est à des baladins.
Au poète, néant, les Muses on desprise. L'échiquier bigarré de l'un la bourse épuise, L'autre joue à la prime ou aux dez son manoir.
Ces deux derniers vers serrent d'assez près le texte
latin, ils ont pourtant comme une saveur originale ; imitant le même passage, Scévole de Sainte-Marthe a été terne et froid :
Les cartes et les dez, et tels autres moiens, Consomment vainement et le temps et les biens.
Après quelques nouveaux conseils de haute morale, Rivière, qui craint un orage, ramène au port son esquif poétique.
Au moment où il reprend la mer, sous le signe des GémeauXy il rencontre
Un vieillard de façon et d'habit honorable.
Ce vieillard se fait connaître, il n'est autre qu'Epicure :
Le visage riant et le teint frais avoit
Autour son poil grison de fleurs une guirlande...
Epicure fait un long discours à notre poète : la volupté, selon lui, est le souverain bien ; c'est elle que se promettent d'atteindre, par des moyens divers, et le laboureur, et le navigateur, et le soldat,
... quand au meurtre inhumain Le tambour mugissant encarnage sa main, Et de vaincre ou mourir bravache se prépare, Quand pour s'entretuer l'airain taratantare.
Mais — répond le poète — montrez-moi l'art d'être heureux, la route de la volupté. Fort empressé, le vieillard le conduit d'abord au palais de Plutus; puis, sur sa répugnanceày entrer, dans un bois épais, plein d'arbres, dont la longue énumération emplit
trente vers, émaillé d^une infinité de fleurs non moins minutieusement décrites, retentissant du chant des oiseaux (sur les charmes duquel Rivière s'est plus complaisamment étendu que son modèle) :
Mille sortes d'oyseaux d'un chant mélodieux Emplissoient la forest par accords de musique ; Là, Progné se douloit de l'amour tyrannique De son cruel époux, et sa sœur en maint lieu Lamentoit son désastre et d'Itys son nepveu; Le perroquet perché formoit nôtre langage, La gentille linotte entonnoit son ramage. Le pinson, le tarin *, l'émaillé chardonnet Et le canarien chantoient un beau motet.
Le vieillard et son compagnon voient venir à eux, en ce séjour enchanté, un cortège voluptueux que conduisent Vénus et Cupidon ; une sage conseillère, la nymphe Arété, survient alors qui les dissuade de rechercher une telle société ; elle leur cite Texemple d'Hercule qui filait aux pieds d'Omphale, qui,
Au lieu d'une rondache a et cresté morion, A porté la quenouille et le mol scofion ;
l'exemple de Circe qui embestoit les compagnons d'Ulysse, et elle ajoute : fuyez la volupté,
1. Du Bartas écrit chardonnet ou chardonneret; Rivière (livre IX du Zodiaque) a comparé l'âme, tourmentée par les passions, à un chardonnet dans sa cage d'osier, pris entre deux chats qui lui donnent échec et mat.
2. La rondache était un grand bouclier. — Stofion, ou mieux escoffion, du grec coufia, coiffe (V. les Épithètes de de la Porte).
D'abord leurs escoffions ont volé par la place.
(Molière, VEstourdy, acte V, se. 14.)
Gardez-vous de ses nœuds et de son attifet *, Qu'elle vous décevant ne face comme fait L'airaigne au mouscheron qui, dans son échauguette, Près sa toile tendue, en embuscade guette L'ennemy passager, et dedans le voyant, Elle acourant l'enclost, dri-drillantpour néant, En sa retz filacière, et de sa dent pointue Le perçant sans pitié, le suççote et le tue.
Epicure va rejoindre la troupe des voluptueux; la nymphe Arété continue au poète son cours de morale, flétrissant les débauchés et les ivrognes , faisant de ces derniers un curieux portrait, au début duquel Rivière a glissé un étonnant essai d'harmonie imitative :
... Le vin au cerveau Des tintoins bourdonnans dedans la tonne entonne. Et la teste tournant, tinte, donne et dondonne ; Au lieu d'une chandelle, il cuide deux en voir. Et la table et les murs tout en rond se mouvoir.
Hé! quel vilain plus grand
Et plus ord animal qu'un yvrongne gourmand, Qui est contraint vomir la viande souppée, D'une vineuse humeur, puante, détrempée : Il tremblotte et chancelle et souvent tombe à bas, Se rompant ou le col, ou la jambe, ou le bras ; Il bégaye en parlant, et sa foie parole, De sens destituée, en l'air vole frivole.
Les maladies qu'engendre l'ivrognerie, la cailloueuse goutte,
A laquelle ne voit la médecine goutte,
I. Attifet, «justement (on dit encore s'attifer.) — Plus bas, Echauguette, guérite.
ajoute Rivière, trouvant à la fois une malice et une rime, — la fièvre, les ulcères, les bourgeons sur le nez, complètent ce tableau, qu'un précédent imitateur de Palingene, Sainte-Marthe, n'avait eu garde de négliger. La nymphe Arété termine son discours par le vers-proverbe que VAvare de Molière a mis dans toutes les mémoires :
Pour manger ne faut vivre, ains pour vivre manger,
puis elle quitte le poèts, non sans lui promettre qu'il entendra bientôt parler d'elle.
Dans le sommaire du livre IV, le poète nous annonce qu'il va parler de l'amour, et, en effet, après avoir adressé une invocation au Soleil, il est choisi pour arbitre entre un pastoureau et une pastourelle, qui, comme les bergers de Théocrite et de Virgile (Rivière a trouvé plus piquant de ne pas imposer le même sexe à ses deux antagonistes), se disputent le prix de la poésie amoureuse ; en ces termes imagés, où nous avons plaisir à saluer une allusion bretonne, la bergère sollicite son insensible Philète :
... Je ne suis pas si laide !
Si tu me connoissois, tu ne serois si fier... Tu m'aimerois peut-être, et bien que je ne porte Un moule et une tresse à la nouvelle sorte, La dentelle ouvragée au rabat de Quintin *, Ny la chausse d'estame et le petit patin, Je ne dois pour cela estre moins regardée. Un amante sans fard vaut mieux qu'une fardée ; Au reste, j'ai du bien, mon père a des troupeaux...
I. Les toiles de Quintin étaient, 4ès lors, si renommées, que l'on disait
et l'amplification habituelle des églogues, relevée par quelques traits curieux , par quelques mots qui sentent leur terroir :
Cent pourceaux pasturans par nos vertes chesnayes... Du miel et du nouveau, lousiours pleine chazière*....
Frais inutiles pour séduire un berger qui ne s'émeut pas plus qu'un Rodomont^ dont le cœur est plus dur qu'un rocher Alpinois. Le pastoureau, se piquant d'honneur, réplique sur le même mode, et trouve, pour louer la blancheur de sa mie, des termes de comparaison qu'a oubliés Théophile Gautier dans sa Symphonie en blanc majeur :
Plus blanche que chaux vierge ou que fleur de farine, Plus qu'escume de mer quand elle est en courroux, Que les lys argentez, et plus que le laict doux...
Mais, pendant que berger et bergère font assaut de beau langage, des loups descendent de la montagne et pénètrent dans la bergerie. Affranchi de son rôle d'arbitre, le poète s'échappe, il arrive au bord d'une fontaine ; c'est là qu'il est rejoint par Timalphe, fils de la déesse Arété, qui lui explique longuement
du quintin pour une toile fort fine et fort claire, dont oa fait des collets et des manchettes. — Pour le moule, la tresse, la chausse d'estame (laine tricotée), le patin, consulter {'Histoire de la Mode en France, par M. A. Challamel, passim.
1. Chesnaye, chaphre, sont des termes souvent employés dans la cam~ pagne bretonne ; ailleurs, Rivière s'est setvi d'un joli mot, très usité dans le pays nantais, pour exprimer une folie douce, le verbe folâtrer, (livre V du Zodiaque).
Par elle (la Grèce), kfolayer, ont les Latins appris.
les charmes, mais surtout les malheurs, les fourberies, les inconséquences de Tamour :
Quelquefois la maistresse aymera son valet, Et pour époux la belle aura quelque gros laid, Quelque vieillard hergneux ou à la grosse lippe...
La supériorité des voluptés de Tesprit sur celles du corps forme le sujet d^une interminable dissertation, pleine d'excellents conseils sur la vraie et la fausse amitié, la manière de se bien conduire dans le monde. Après ce copieux échantillon de poésie morale (Rivière Ta presque littéralement traduit de Palingene), le jouvencel prend congé de son interlocuteur, il lui annonce qu'il va regagner son beffrqy céleste, d'où il contemple les peuples, races de pygmées.
Les Gaulois belliqueux, l'Italienne terre, Anglois et Espagnols, bons piétons à la guerre,
d'où nos montagnes^ nos fleuves (P<i<^m5, Tandis^ avait dit Palingene ; la Seine, la Loire, reprend Rivière) lui semblent si petits :
La Seine, Loire, l'Istre et le Gange font montre De champestres fossez d'eau de pluye remplis, Et regardant du Nil les sept larges replis, Sept tuyaux fonteniers seulement voir me semble ;
au moment où le poète s'apprête à lui répondre, il s'envole aussi vite
Que va le sur-oûest de Rennes à Paris.
Ce dernier vers, est-il besoin de le dire? est tout de l'invention de Rivière ; l'orthographe même de ce
terme de marine (sur-ouest, pour sud-ouest) est une petite particularité bretonne.
Le livre V est un des plus nourris ; il s'y traite du mariage, des enfants, et tout un système d'éducation, une paidagogie^ s'y déroule. Le poète, au début, parle encore de la folie des hommes, — il s'adresse à Dieu :
Possible voulez-vous que les choses mondaines Vous servent de risée et de jeux comme vaines, Et l'homme d'harlequin , car nôtre vie n'est Qu'une farce et un jeu qui meurt et qui renaist, Et, comme le magot, en imitant nos gestes, Nous émeut à risée, ainsi nous les Célestes, Toutes et quantes fois que le col élevé Superbes cheminons, bravaches Rhodomonts...
L'homme, âne couronné^ ne considère pas
Comme semblable il est à la plume qui vole, Et au petit bouillon qui sur l'onde bavole *.
Le poète entreprend de dévoiler aux mortels la vérité obscurcie, voilée par l'ignorance, de leur enseigner le mépris des biens périssables.
Qui passent et s'en vont comme fait l'eau de Seine,
{ceu fluminis unda, disait simplement le texte latin) ; le souverain bien est en Dieu, qui est un principe, une fin et un moyen ; l'homme, d'ailleurs, ne peut prétendre à l'absolu bonheur, mais il est permis d'aspirer à une félicité relative, et l'on doit, pour
* Le verbe bavoler, que je n'ai vu nulle part, vient de cette légère coiffure de paysannes, appelée bavolet.
ALEXANDRE DE RIVIERE Sg
Tobtenir, se contenter et tirer partie d'une condition médiocre, fuir la familiarité des grands qui devient aisément une domesticité déguisée :
C'est à l'asne à porter le bast en patience.
Rivière, toujours d'après Palingene, se pose alors une grave question : faut- il se marier ? et il y répond plus sérieusement que Pantagruel à Panurge, que Géronimo à Sganarelle ; il y a, sans doute, des inconvénients, on peut prendre une femme légère et pis, les filles sont lourdes à doter, les garçons se conduisent mal, le mari laisse souvent à souhaiter,
Qu'il soit plus tempéré, plus ne soit querelleur, Qu'il s'arreste au logis et par foie boutade N'aille deçà delà de nuict battre l'estrade...
toutefois, les plus fortes raisons militent et s'unissent en faveur du mariage : ne vaut-il pas mieux laisser ton bien à la femme, aux enfants qui t'aiment, qu'à des héritiers égoïstes qui guettent ta mort ? et n'éprouveras-tu pas une suprême douceur à te voir revivre en cet enfant, ton image à la fois et celle de ta compagne ?
Car c'est un commun Sang, double substance en une. Un pourtrait my party de l'image commune ; Puis, le jour arrivé veuf pour toy de suivant, Tu ne meurs pas entier, tu vis en ton enfant.
Marie-toi donc, mais à bon escient, étudie la femme que tu te destines, examine jusqu'au caractère de ses parents,
Pren conseil en secret d'une tienne voisine Que cognoistras fidelle, et l'envoyé pour voir... Si elle est droite et saine, ou torte et maladive, Mesnagère ou faitarde *, aux ouvrages active Ou de soye ou de laine, ou filant sans arrest, Car la femme pudique à ces choses se plaist.
Si le malheur veut que, malgré tant de précautions, tu sois tombé sur une méchante femme, cherche d'abord à Tamadouer, mais, — l'on croit entendre ici celui qui mit à la raison la mégère de Shakspeare ',
Si le bruit et les cris plus sage ne la font.
Tu la dois chastier sans aucune remise ;
Où la douceur ne sert faut user de main-mise.
Toutes sortes d'avis pour prévenir le dommage dont s'égayaient, à tort, nos pères malins et gaulois, précèdent d'intéressants conseils sur l'éducation des enfants, sur la direction qu'il convient d'imprimer, dès l'âge le plus tendre, à ces jeunes esprits :
Surtout ne donne pas, ô père, liberté A tes petits enfans de hanter compagnie. Qui en fait ou propos use de vilennie... Tousiours tiennent entre eux les mondains jouven-
[ceaux]