‹ Anthologie des poetes bretons du 17e siecleChapitre 5 sur 40 · Faitard (tarde facie ni) fainéant · texte numérisé non relu

Faitard (tarde facie ni) fainéant

Je prierai pour luy de bon cueur, Mais quoy ? ce sera donc par cueur.

Car le dire je suis, faitard.

(Villon, Grand Ttstainent.)

2. Shakspeare, Taming of the shrew ; le moyen réussit à Petrucchio (t. «cène dernière'».

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Quelques sales discours et disent mots nouveaux.

Notre siècle est remply de luxe et de luxure. Telles gens fréquenter tes enfans ne permets, Repren les doucement, puis aigrement après, Use, si besoin est, quelquefois de la verge... Ne sois trop indulgent, ains sévèrement doux, Tien souvent ton amour masqué d'un feint courroux.

Viennent ensuite des prescriptions de santé , d^hygiène; Palingene et son traducteur ne sont pas tendres pour les médecins de leur époque, ils respectent encore le chirurgien, plus seur en sa pratique, mais le médecin clinique

Buse, abuse et s'abuse en son fol jugement,

écrit Rivière, tout heureux de renchérir, par ce choc de mots similaires, sur le/allitur et fallit du latin ; voici encore des traits assez vifs contre la prétentieuse ignorance des Des/onandrès, des Sangrado du XVI» siècle :

Ils vont roguement fiers, et osent demander Des gages du public qu'ils disent mériter ; Certes, ils ont raison de faire ces requestes, Pour estre recogneus d'hommes meurtriers honnestes.. • Moins soigneux de sçavoir qu'avoir riclies habits, Effeminer leurs doigts de bagues et rubis...

Tout ceci est, à quelques nuances près, traduit de Palingene; mais nous voyons avec plaisir Rivière interrompre un nouvel éloge de la sagesse, qui termine ce cinquième chant, pour faire un retour sur l'histoire contemporaine ; les vingt vers qui suivent ont été écrits au lendemain de l'attentat de Ravaillac ;

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ils ont pour nous la valeur des témoignages de Malherbe ou de Pierre Mathieu ' ; ils sont l'expression toute sincère et bien personnelle des sentiments d'un royaliste attristé, qui paie son tribut de louanges et de larmes au héros d'Arqués et d'Ivry :

Ces choses j'escrivois au tems que le chery

Du ciel et de fortune, Henry, le grand Henry,

Après victorieux avoir, par sa vaillance,

Exterminé la Ligue et mis la paix en France,

Avoir busqué fortune et couru tant de fois

Dans l'airain flamboyant des piques et pavois,

Par les sanglans combats et foudroyantes armes

Des Dragons Karrabins 2 et tonnerreux gens d'armes,

Fait couronner la Reyne au milieu de ses ris,

Et de tous ses lauriers, fut, hélas ! dans Paris,

Dedans Paris sans pair, de la meurtrière lame

Assassiné d'un traistre et parricide infâme.

L'enfer cuidoit qu'ayant de ce monde arraché

Le père de la France, il auroit bon marché

Des enfans par débats et cruelles tueries.

Et qu'il remettroit sus les civiles furies ;

Mais Dieu le frustra bien par les prudens advis

De la Reyne régente et des Princes unis...

Pleurons, Muse, pleurons, quitte là ton ouvrage...

,' Le meurtre du 14 mai 16 10 avait eu son contrecoup au Parlement de Bretagne: Rivière, on le croirait, travaillait à son poème quand il apprit la triste

1. Malherbe, lettre du 19 mai 16 lo. — P. Mathieu, Histoire de la mort déplorable du roi Henri le Grand (Paris, 1611).

2. Les Karrabins (corruption de Calabriens), étaient des miliciens, de* Argoulets, qui venaient de Calabre ; leur arquebuse s'appelait carabine:

-voilà deux mots qui ont eu des fortunes variées.

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nouvelle, et il n'attendit pas au lendemain pour peindre sa douleur ; il ajouta tout de suite, dans son trouble, quelques alexandrins à ceux qu'il modelait sur les hexamètres de Palingene; plus tard, il glissa une allusion flatteuse à la régence de Marie de Médicis.

Le poète, au début du livre VI, revient au thème de sa préface, Tapologie de la poésie sérieuse ; il faut laisser les sornettes.

Les contes de Peau d'asne i aux enfants et aux vieilles.

Il faut prendre garde aussi que l'idée se noie sous les ornements du langage, — words, des mots, eût dit Hamlet, qui pressentait les Parnassiens :

... II n'y a point de fond, Point ou peu de sagesse en ces belles paroles, Qui sont, après le son, sans mouelle et frivoles. Tous ces mots émaillez n'ont que l'extérieur, Que la cappe et l'épée, et rien d'intérieur, Belles fleurs, mais sans fruict, qu'en revient-il à l'âme, Après avoir bien leu, quel bien ?

Joignant l'exemple au précepte, le poète donne dans le genre sérieux, il se fait aborder par la Mort, qui lui trace un efl"rayant tableau de son pouvoir :

Je me disne d'un Roy, et souppe d'un Pontife...

L'Arabe, le Gaulois, le Barbe, et Moschovite

Et quiconque de Fez jusqu'au grand Kaire habite.

I. Il Le conte de Peau d'Asne, » — dit Perrault, dans la préface de l'édition de 1695, — est conté tons les jours à des enfants par leur» gou- Ternantes et par leurs grand'mères. »

Et du suant Midy jusqu'au froid Aquilon, Craignent mon nom terrible, et cet acier félon ; Je n'ay discrétion de roture ou noblesse...

La Mort ne ménage pas la noblesse; les prétentions, les injustices de celle-ci trouvent un censeur rigide dans la Muse du poète, sa Calliope, qui intervient alors, et apostrophe les nobles indignes en termes que Juvénal et Boileau n'eussent pas désavoués ; eh quoi ! un misérable, un Chelme (vieux mot qui signifie rebelle et qui est dans la Satire Ménippée), un Ravaillac ^ pourraient être tenus nobles à cause de leurs ancêtres !

Pourquoy plus te déplaist parmy ton blé l'yvraye,

Ou le faux quart d'écu blanchy de vif argent,

Le gros et mauvais pain, le falsaire sergent,

Et tout ce qui est faux, qu'estre faucement noble,

A l'écusson d'azur, de gueule ou de sinople ?...

Ce n'est doncque le sang, l'or, ny l'azur, en somme,

Ny l'écusson tymbré qui te fait gentilhomme.

C'est la belle vertu...

Montre-toi digne des aïeux, à qui leur courage, leur talent, ont mérité la noblesse, sinon, tu es noble au même titre que le Pasquil de Rome 1.

Rivière est en veine de hardiesse ; après la noblesse c'est à la justice qu'il s'en prend, lui magistrat, et il s'écrie :

Les gibets ne sont faits que pour les malheureux , Les autres sont absous, quoi qu'il y ait contre eux.

I. C'est la statue surnommée Pasguin, adossée aujourd'hui au palais Braschi, sur la place Navone, e: à laquelle lis railleurs romains attachent, depuis quatre siècleS; des libelles satiriques.

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Ceux qui veulent devenir savants ne sont pas plus favorisés ; à quelles pénibles ou désagréables obligations ne sont-ils pas astreints, dès Tenfance!

Plus tard, ils voyagent pour s'instruire, et quand, au prix de fatigues, de veilles, d'abstinences sans nombre, ils croient saisir la science, ils tombent malades :

De là sont affligez les uns de l'ophtlialmie, Infirmité des yeux, des liseurs ennemie, Autres de dispepsie à l'estomac recru Pour les Muses baiser et rebaiser trop dru, De palleur, de maigreur, et de vieillesse prime.

Il ne faut pas forcer la nature ; l'homme qui veut tout savoir tombe dans le sillon enflammé de Phaéton et d'Icare — il s'expose, ajoute de lui-même Rivière, à une aussi déplorable chute que ces politiques trop ambitieux.

Sous Tibère, Sejan et sous Henry quatriesme, Le guerrier de Biron *.

La gloire, ainsi acquise, n'est qu'un vain fantôme, il faut s'humilier pour respirer ce grossier encens populaire. Les misères humaines donnent ensuite matière à une dissertation pleine d'amertume ; comme dans les anciens poètes, comme dans Shakspeare, tous les âges défilent, l'enfance débile, la jeunesse avec sa

I. Ce ne fut pas seulement en France que la trag^ique catastrophe de Biron occupa les imaginations. Georges Chapman fit représenter à Londres Tke eonspiracit and tragotdy of Charles, duke 0/ Byron, marskali of France (1625).

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fougue aventureuse et son effronterie, l'âge mûr que se partagent l'intérêt et l'ambition, la vieillesse enfin, la vieillesse rampante,

La teste farineuse et le front marqueté, Traînant avecque soy mainte incommodité ;

les maladies de l'esprit et du corps, la folie qui fait Banqueter, caroller *, danser à la Morisque,

quand on devrait travailler et méditer, la crainte de périr empoisonné

D'avoir mangé, peu caut, potirons 2 ou ciguë ;

les accidents, les inimitiés, rendent la vie ridicule et affligeante ; le sommeil lui-même, ce bienfait, on ne peut le goûter en paix :

Nature, toutefois, ce bien à l'homme envie, Sa joye entre-rompant des poignans piquerons De punaises, de pouils, puces et moucherons, Afin que jour et nuict il ne soit sans étrainte.

La mort, qui nous délivre, est-elle donc un si grand mal ? se demande notre poète, à qui il échappe,

1. Caroler, vieux verbe qui veut dire danser, se divertir. — Morisque, • danse de caractère dans le genre mauresque, et qui se faisait aux flambeaux, » dit M. A. de la Borderie, annotant un passage d'une lettre de rémission accordée par le Roi Louis XII à Jean Bodart, Nantais. (Mi» langes- publiés par la Société des Bibliophiles Bretons, t. II, p. 248.^

2. Potiron, ancien synonyme de champignon, fort en usage à Nantes et •ttz environs. Le Dictionnaire de Trévoux donne l'étymologie grecque, pottairion, gobelet, à cause qu'il ressemble à un gobelet renversé.

— c'est de Rivière que je parle, Palingene est coutumier du fait, — un très beau vers,

Tu ne veux pas mourir, et tu ne sçais pas vivre !

malheureusement, comme de plus illustres, gâté par le suivant,

Ignorant que la vie est une vive mort. Sans la braver, sans la chercher, Thonnête homme doit attendre tranquillement la mort ; il se lèvera de la vie, comme dit La Fontaine, ainsi que d'un banquet ; il rendra un bien dont il n'avait que Vusufruit.

Ce monde proprement est une hostelerie

Où d'hostes et passants y a plein attelier,

Force provisions que le maistre hostelier

Prodigue abondamment à la gent passagère.

Disant : Beuvez, mangez et faites bonne chère,

Ma libéralité vous octroyé ces biens

Sans qu'ils vous coustent rien, usez-en, ils sont miens,

Mais à condition que chacun se retire

Lorsque ma volonté sera de vous le dire ;

Or sus, festoyez-vous de mes commoditez,

Mais quand je vous diray : Dehors, amis, sortez,

Obéissez contens, et permettez que d'autres

Jouissent comme vous, après vous, des biens nôtres.

Il faut donc quitter sans regret le billot corporel^ mais, malgré les trahisons et les injustices, malgré les rois et seigneurs (Palingene avait ajouté les pontifes] pillards et débauchés, malgré toutes les infamies et tous les malheurs dont la vie est pleine, il est défendu d'imiter Caton et Lucrèce, Telle est la conclusion de ce sixième chant, celui de la Vierge.

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Le suivant, auquel préside le signe de la Balance, est des plus compliqués et des plus ardus ; que dire d'une poésie qui se complaît dans la métaphysique, qui se délecte dans la cosmographie } Il y a trop de brouillamini là-dedans, comme disait M, Jourdain à son maître de philosophie. Tout au plus aurai-je à relever cette comparaison, destinée à figurer le concours des vertus, des intelligences célestes, dans l'ordre des choses créées :

Comme dedans Paris * on voit force manœuvres, Charpentiers, maréchaux, maçons et armuriers. Faire ouvrages divers à divers atteliers ...

Les pures abstractions philosophiques ne sont guère du domaine de la poésie, un Lucrèce seul a pu les y faire passer ; Rivière, qui n'est pas un Lucrèce, réfute pesamment les anciens systèmes sur la nature de l'âme, puis, aussi fatigué, ce semble, que le lecteur qui a eu la patience de le suivre, il s'invite au repos, tout en promettant à sa Muse de revenir bientôt

Lui donner de bon cœur les rogneures du tems, Que je pourrai soustraire aux négoces urgens.

Le rôle du Parlement devait être chargé, quand notre conseiller fit ce retour sur sa profession.

C'est avec une scrupuleuse exactitude qu'il traduit du latin l'exposition de la théorie de la fatalité, qui ouvre le huitième livre ; cette théorie lui semble ab-

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