‹ Anthologie des poetes bretons du 17e siecleChapitre 6 sur 40 · I. Paliageac avait dit «impiement : In magni urbt · texte numérisé non relu

I. Paliageac avait dit «impiement : In magni urbt

surde et coupable ; la nature obéit toujours à une volonté supérieure , même quand elle crée des monstres.

Comme un peintre excellant, après maint bon tableau «, Pour se desennuyer, tire de son pinceau. Dedans une grotesque 2, un grand nez à pompette, Un Satyre, un pié bot, ou chose contrefaite...

Voici énoncé — il est réfuté plus loin — l'argument des fatalistes qui reproche à Dieu son indifférence pour certains êtres qu''il abandonne à un triste sort, pour les plantes, pour les arbres :

Les arbres mesmement les fortunes n'esquivent. L'un est déraciné ou rompu d'Aquilon, Cetuy brûlé du chaut, l'autre du froid poltron, L'un sert à la musique, autre à faire la guerre, Cetuy gist atterré pourfendu du tonnerre, L'autre sert à merrein 3 ou à l'arc polonois *, L'autre d'appast au feu de Janvier brûle-bois.

I. 11 y a une image analogue dans du Bartas (S"»» jour de la Sepmaine): Comme un peintre excellent, pour s'esbatre, ores tire Un gentil Adonis, ore un bouquin Satyre, Ore un Cydope énorme, ore un Pygmée indois, Et ne travaille moins son esprit et ses doigts A quelquefois tirer une horrible Chimère, Qu'à peindre les beautez de l'honneur de Cythere...

2. Grotesque, dans le sens de peinture extravagante ou ridicule, était masculin ou féminin, mais ne se disait guère qu'au pluriel. De la locution ne^ à pompette, l'argot a retenu le dernier mot.

3. Merrein ou Merrain, bois fendu en menues planches propres à différents ouvrages (Dictionnaire de Trévoux).

4. Les archers polonais avaient, au XVI* siècle, hérité de l'adresse proverbiale des anciens Scythes; Rivière dit ailleurs (livre IV du Zoiia^w*, page 78) :

Mais tu bouches l'oreille à ma plaintive voix, Fuyant comme le trait son archer polonais..)

Il ne faut pas toujours se demander le pourquoi des choses, il faut renoncer à sonder certains secrets, continue Rivière qui reprendàPalingene et développe un peu l'image du potier devant son argile, du sculpteur devant son marbre : Sera-t-il dieu, table ou cuvette ?

Le potier qui a mis son argileux amas En plusieurs portions, pour nombre de pots faire, Pourquoy employe-t-il plustost en une eguière, Ou en une marmite ou bocal ce morceau ? Pourquoy de cetuy-cy fait-il un pot à l'eau, De l'autre une fiole ou une cruche ronde ?

C'est le secret de l'ouvrier. Après un tableau de l'ordre admirable qui préside aux choses d'ici-bas, il y avait, à cet endroit, et comme correctif, dans le poème de Palingene, un tableau des misères de son temps, des exactions commises par les Français pendant les guerres d'Italie, des présages sinistres qui annonçaient d'autres malheurs à cette Italie, nation avilie et sacrilège ; Rivière est trop bon patriote pour laisser son lecteur sous une aussi triste impression, il traduit bien les plaintes et les invectives de Palingene, mais il les fait suivre d'une riante description de la paix que Henri IV avait préparée, que l'alliance projetée de Louis XIII avec une infante, du prince d'Espagne avec la dauphine, devait cimenter :

Nous chanterons la paix de la France eplorée D'avoir perdu son Roy, son père et son sauveur, Et joyeuse d'avoir du calme le bonheur. Bonheur, qui l'eust pensé ? Qui eust-cuidé qu'en l'onde

ALEXANDRE DE RIVIERE Jt

Le Soleil estant cheut, le jour restast au monde ?

Mort il nous a laissé, par miracle, la paix.

Que vif acquise avoit par miraculeux faits.

O paix, heureuse Paix, par toy nos prez fleurissent,

Et de barbus epys nos plaines se hérissent,

Par toy fait ses labeurs, libre, le paisan,

Le marchand son traffic, son métier l'artisan ;

Par toy nous espérons voir revivre la France

Et chasser loin de nous l'ancienne ignorance,

France, qui vas tes flancs de ta main propre ouvrant,

Et sous un faux visage, ainsi te déchirant...

Mais l'éclipsé est passée et nos yeux éblouis

Voyent or' la splendeur de nôtre Roy Louys ;

La bourrasse acoisée, ores luit la bonasse *.

C'est, ô France, c'est Dieu qui te fait cette grâce,

Qui te donne â loisir l'embonpoint du relaix,

Et qui te montre encore un saint elme de paix 2,

Par la conjonction et futur Hymenée

De l'Ayné de tes Lys d'Espagne avec l'Aynée ;

O mariage heureux brassé de Medicis

L'an six cens après mille avec la fleur de lys !...

Mais plus heureux cetuy par la double alliance

De la France à l'Espagne et d'Espagne à la France ;

Dieu la veuille conclure et nous donner sa paix,

Pour, son nom benissans, le louer à jamais!

Rivière a pris soin de nous indiquer, en marge, qu'il composa, Tan 161 2, ce morceau d'une si noble et patriotique allure ; je n'ai pas hésité, malgré quelques obscurités et quelques faiblesses d'expression,

1. Bourrasse, Bonace, orthographe fautive, pour Bourrasque, Bonace (calme de la mer).

2. Cette expression bizarre, elme de paix, dérive certainement du feu Saint-Elme, sorte de météore qui s'attache aux mâts des vaisseaux, après la tempête.

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aie citer presque entier ; il a son petit intérêt historique, et il m'a rappelé, en un passage d'une bonhomie touchante, ce fragment exquis des Mémoires de l'abbé de Marolles, la Campagne sous Henri /F *.

Il ne se peut rien imaginer de plus entortillé et de moins clair que le mélange de théologie et de physique qui remplit le neuvième chant; il y aurait quelque intérêt à comparer les monstres qui personnifient les vices aux monstres allégoriques que Dante et Milton ont introduits dans leurs poèmes ; mais on se perd dans des subtilités et des obscurités.

Une distinction entre la vraie sagesse et la fausse science amène cette petite digression sur les écoles d'alors :

Qu'apprennent aujourd'huy les enfants aux écoles ? Quelque fable honteuse ou qui point ou peu sert. Là le maistre séant, ayant le livre ouvert, Crache, et après avoir du contour de sa veue Des beans apprentis la presse recognue, Commance, sonoreux, à conter quelque fait D'une fable » comique ou tragique forfait, Ou de quelque ancien l'amoureuse furie, Ou d'un horrible cas l'étrange barbarie. O teste d'hellébore ! est-ce là la liqueur Dont des jeunes enfans tu imbibes le cœur? Est-ce l'échantillon de leur apprentissage ? Est-ce le sel qu'il faut à ce pétulant âge ? O corrupteurs d'enfans, et non pas instructeurs !

1. Uémoiret de l'abbé de Marolles (tome I, pages 20 et suivantes de l'édition d'Amsterdam, lySS).

2. Rivière n'a pas écrit fable ; il a. blasonné gauloisement les hér<îïnes de Plaute et de Térence.

ALEXANDRE DE UIVIERE 78

Ce dernier vers est beau ; les auteurs des nouveaux Manuels, et ceux qui introduisent Rabelais dans l'école primaire, pourraient le méditer avec fruit. Il y a de tout, au reste, dans ce livre ; l'homme brutal y est assimilé à un cannibale :

Tel un Topinambout * ou Margajat sauvage, Qui nourrit en pourceau son ennemy captif, Puis l'assomme, boucane et dévore brutif ; Ou le Canadien qui, cruellement pire, Le brûle à petit feu, couppe, ecorcheet déchire...

Cette comparaison appartient tout entière à Rivière, qui dut en trouver les éléments dans les relations à demi fabuleuses de P. Martyr de Milan ou de Gonzalve d'Oviedo, quoique, en ce qui concerne les sauvages du Canada, Jacques Cartier, Champlain et Lescarbot confirment cet horrible récit. Rivière est en veine d'invention ; son guide céleste — j'ai oublié de dire qu'il en avait pris un pour démêler les ténèbres de ce chant — son guide le quitte, appelé près du Père Empj^rée, qui veut tenir conseil en la chambre dorée ^, sur d'importantes matières théologiques.

D'autant que le Momus sur le bureau mettoit Un affaire important ^ à plusieurs, qui étoit,

1. Les Topinambou (Topinimbae) sont des peuplades sauvages de l'Amérique du Sud. Jean de Léri en parle dans son Histoire du Brésil; mais oa ne voit pas trop quel rapport ils ont avec les Margajat (ce dernier mot désignant, d'après le Dictionnaire de Trévoux, « un homme petit et mal fait, sans aucune mine »).

2. La Chambre dorée (c'était le lieu où se rendait la justice suprême) eut le titre du livre III des Tragiques d' Agrippa d'Aubigné.

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