‹ Anthologie des poetes bretons du 17e siecleChapitre 7 sur 40 · Affaire était autrefois du masculin · texte numérisé non relu

Affaire était autrefois du masculin

Si ayans abjuré le monde sans feintise, Et pauvreté juré en face de l'Eglise, Ils pouvoient estre après riches beneficiers, S'ils étoient difFercns des riches séculiers... Si hommes lays pouvoient, en saine conscience, . Bénéfices tenir et mettre en même tas Ce qui leur étoit propre et propre n'étoit pas, Obvier à l'erreur de la plume Calvine, Qui l'Eglise embrouilloit de nouvelle doctrine, Et si meilleur étoit ce vieux mal tolérer, Que par l'acier tranchant prétendre le curer.

Il n'y a pas trace, et pour cause, de ces quatre derniers vers dans Palingene ; ils sont remplacés par de virulentes invectives , que le traducteur du XVIII® siècle a respectées, contre le pape et les moines. Rivière a imaginé un petit dénouement que relèvent, à nos yeux, de piquants détails bretons ; on y remarquera une allusion au Purgatoire de saint Patrice^ ce puits fameux que la tradition à placé en Irlande, dans une des îles du lac de Derg, et oïl le moyen âge, où Dante lui-même, renouvelaient les initiations des anciennes mythologies *.

Mon guide, m'embrassant, par les humides nues Me porte, et me laissa dans les plaines herbues Du païs Armorique, où les flots argentez De Seiche vont baignant ses chams camelotez ^ ; Et garny de sa verge et de ses talonnières. Entrecoupant, oyseau, les plaines oyselières,

I. V. une très intéressante dissertation sur le Purgatoire de saint Patrice, dans le Monde enchanté, cosmographie et histoire naturelle fantastique» du Moyen Age, par F. Denis (Paris, Fournier, 1843, pages 157-174).

1. Cameloté, travaillé à la manière du camelot (étoffe de poil de chèvre), — par extension, onde, inégal (en parlant d'un terrain).

Passe l'angloise mer, faisant le nord-ouest, Et, venu en Irlande où d'enfer la gueule est, Vers le terrible lac et puits de saint Patrice, Il dévale dedans l'infernal précipice ; Et moy me promenant ores parmy les prez. Ores le long d'un bois, or' des ruisseaux vitrez De la Seiche fertile et limpides fontaisnes. Quand le Lyon ardant nous a chassez de Rennes, Mon semestre loisir * de jour, soir et matin, Je trompe avec Marcel et le chœur Palestin...

Le bon magistrat nous laisse, en ce passage malheureusement unique, entrevoir un coin de sa physionomie ; à la campagne, dans ses livres, il se repose du Palais et de son labeur monotone ; il est si bien chez lui dans ce paysage des environs de Rennes, que nous avons le droit de le naturaliser Breton.

Le début du dixième chant est assez vif; un dialogue s'engage entre le poète et Mercure, qui revient des enfers — encombrés, dit-il, « de Turcs, de Juifs et de Chrétiens, » — et retourne à son poste céleste ; le poète, resté seul, prie sa Muse de lui dicter quelque carme non vain ; il recommence à parler de la sagesse, et des difficultés que rencontre la pratique de la vertu.

Las ! que pleure souvent la vertu rapiécée ! Qu'on en fait peu d'état si d'or n'est enchâssée !

I. L'édit de juillet 1600 avait partagé le service de la Cour endeux semestres (de février à août — d'août à février). Rivière avait donc bien six mois de vacances, le semestre loisir n'est pas une figure de rhétorique.

Puis il maudit la guerre, en homme qui l'a vue de près; seulement, pour exprimer l'axiome : la force prime le droit, il invente une comparaison d'un goût atroce, bien étonnant commentaire du Loup et r Agneau :

Le droit se cache en guerre, et la bruyante voix Des armes et tambours biffe celle des loix. Ainsi que bastonnant sur deux kaisses ventrues D'un mouton et d'un loup les dépouilles tendues, L'aboy du loup romt l'autre et le ton du mouton Entendant l'ennemy perd avorton son ton ».

Il est mieux inspiré — si ce mot sied à un simple imitateur — dans la leçon qu'il donne aux princes ambitieux, qui engagent leur pays dans de belliqueuses aventures.

Sur ces entrefaites, et pendant qu'il philosophe, il rencontre un saint ermite, qui,

Macilent = et barbu, dedans un petit toit, Sur le faiste Apollinde Soracte vivoit...

Le vieillard a de bien profondes pensées sur la justice de Dieu, sur l'immortalité de l'âme. A en-

I. Dans les Notices de M. A. de la Borderie sur les anciens imprimeurs bretons, publiées dans le Bibliophile breton (Rennes, Plihon, i883), je relève une citation du Traité de la briefve vie des princes, du médecin spagirique Roch Le Baillif, sieur de la Rivière (?). C'est, comme ici, le tableau de la haine du boyau de loup contre le boyau de mouton : « 11 est impos- « «ible accorder ni mettre à uny-son sur un instrument de musique une « corde faicte de boyau de loup avec celle de mouton ou de brebis : un « tambour à peau de loup faict casser ceux de mouton près desquels il est * battu et semble leur humer le ton. »

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