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CE SERAIT UN PA YS

Ce serait un pays qui tiendrait à la fois De l'Inde et de la Perse, Où tu serais déesse Et dont je serais roi.

Dans un temple d'onyx, d'or et de syénite, Chaque jour j'offrirais à ta beauté suprême Quelques bijoux nouveaux, bagues ou diadèmes; Dans un temple d'onyx, d'or et de syénité.

Sur un autel orné de sculptures barbares, D'entrelacs curieux et de petits dieux grêles, Des fleurs se faneraient dans des potiches frêles; Sur un autel orné de sculptures barbares.

LÉO D' YRIL

Aux jours de grande joie et de fête publique, Pour offrande qui soit plus plaisante à ma reine Je ferais apporter par mes pages d'ébène, Aux jours de grande joie et de fête publique,

Sur des coussins de soie et de velours de pourpre,

Pour la mettre à tes pieds, toute une féerie

De perles, de rubis, toutes les pierreries;

Sur des coussins de soie et de velours de pourpre. . .

(Les Symphonies)

Jean-Aubert Loranger

BIBLIOGRAPHIE. — Poèmes (Montréal, L.-Ad. Morissette, 1922). En prose: Les Atmosphères (Montréal, L.-Ad. Morissette, 1920)', — Le Village, contes canadiens (Montréal, Garand, 1925).

En préparation. — Terra Nova, recueil de versets, psaumes, odes et chants de mort.

M. Jean-Aubert Loranger est né à Montréal, le 26 octobre 1896. Petit-fils de Philippe- A ubert de Gaspé et du juge Thomas- Jean- Jacques Loranger, auteurs tous deux à divers titres, il se dirigea tout naturellement vers la littérature, ses classes à peine terminées.

Il collabora au Nigog, fut attaché à la rédaction de la Patrie, puis à celle de la Presse où il fut sous-directeur de l'information. Entre temps, il avait fait un séjour d'un an en France et occupé pendant deux ans la situation de secrétaire particulier de M. Alfred Duranleau, ministre de la marine.

En 1923, la Comédie-Parisienne jouait de lui un acte, sorte de farce rustique, intitulé /'Orage. En 1925, la publication de son recueil de contes canadiens prouva à ses compatriotes que, bien que, nourri de littérature française moderne (puisqu'il avoue que Paul Valéry, Paul Morand, Valéry Larbaud et Saint-J. Perse sont ses auteurs préférés), M. Loranger se sentait, tout comme l'auteur des Anciens canadiens, un vrai fils de son pays natal.

Des publications étrangères, comme le Mercure de France et France-Amérique, ont fait des éloges flatteurs de ses livres.

Parmi les critiques canadiens qui lui ont consacré quelques pages citons particulièrement Louis Dantin, Marcel Dugas et Bertheiot- Brunet.

((Jean Loranger se tient à l'affût de ce qui peut sembler dérouter nos habitudes d'imaginer, de concevoir ou de sentir. Aussi éloigné que possible dans ses vers de toute préoccupation d'ordre moral et politique, en rupture complète avec notre poésie d'autrefois, il enferme en des cadres minuscules la vision qu'il a de l'univers. Rien n'est moins local que cette poésie. On la dirait exilée de celui qui lui donne l'existence; elle ne se rattache, en aucune façon à un fleuve, une montagne, un endroit déterminé. Son champ, c'est l'âme. Émotions du dehors, visages et reflets : ce sont richesses dont elle se pare. Elle établit un lien plus étroit entre cette connaissance de l'univers et nous; elle fait corps avec lui. De tout son poids, elle pèse sur une vitre où le mobile aspect des choses projette ses étincelles, son image et sa comédie. Et il semble que les objets qui cherchent à s'agglutiner à l'espèce humaine veulent, en plus des douleurs et des joies qui lui sont particulières, y ajouter le fardeau de leur masse mystérieuse et brute)). (Marcfx Dugas, Littérature canadienne, aperçus)

MOMENTS {Fragments)

Je voudrais être passeur;

Aller droit ma vie, Sans jamais plus de dérive,

Soumis à la force Égale de mes deux bras.

Je voudrais être passeur;

Ne plus fuir la vie Mais l'accepter franchement,

Comme on donne aux rames La chaleureuse poignée de mains.

Le phare, comme un moulin, Dont tournent les ailes

Lumineuses dans la nuit,

Broyait, en mon cœur,

Un grand désir effondré.

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