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CE SERA BIEN ASSEZ

Plus tard, — je ne sais quand puisqu'il s'agit d'amour

Et que ce dieu s'en va comme il nous vient, — un jour

Nous serons deux amis avec des attitudes :

Nous aurons oublié nos chères habitudes.

Tout ce qui maintenant nous pousse ou nous retient,

Tout ce qui est pour nous le bonheur quotidien,

Ce qui fait le matin plus clair à ma fenêtre,

Le soir plus suggestif et plus pressant peut-être,

Tout cela qui nous fait fermer plus fort les bras,

Ouvrir plus grand le cœur, tout cela finira.

Nous serons deux amis près d'une chose morte, Et tes regards diront à mes yeux: «Que m'importe!» Nous nous accuserons vainement, tour à tour, Sans savoir qui de nous aura tué l'Amour. Aimons-le bien. Qui sait si ta vie ou la mienné N'aura pas de regrets ? Pour avoir moins de peine, Ne lui mentons jamais. Qu'aucune lâcheté Ne nous fasse honteux, un jour, d'avoir été, Toi, l'homme que mon âme en secret poétise, Moi, la femme parfois cruelle de franchise.

JOVETTE-ALICE BERNIER

Ce sera bien assez qu'un rêve nous soit pris

Sans qu'il faille souffrir entre nous le mépris.

Pour t'avoir confessé ma vie et ses faiblesses,

J'ai peur, plus tard, quand nous reprendrons nos tendres-

Que ton pardon ne soit pas si grand qu'aujourd'hui, [ses,

Que tu ne penses plus de moi ce que je suis.

Ce sera bien assez qu'on parle de rupture

Sans me clouer au pilori, sans que j'endure

L'outrage de sentir tes yeux se détourner

De la femme qui t'aime et qui t'a pardonné.

BIBLIOGRAPHIE. — L'Offrande aux Vierges Folles, vers, hors commerce {Sherbrooke, 1928); — A l'ombre de l'Orford, vers, hors commerce {Sherbrooke, 1929); — A l'ombre de l'Orford, réédition {Montréal, Librairie d'Action canadienne-française, 1930).^ — En prose: Paragraphes, interviews littéraires {Montréal, Éditions Albert Lévesque, 1931).

En préparation. — Échos de Chansons mortes, poèmes livres-

M. DesRochers a collaboré à la Tribune, à /'Étoile de l'Est, à la Revue de Granby et au Canada.

M. Joseph-Alfred Houde dit DesRochers est né le 5 octobre 1901 à Saint-Elie d'Orford, près de Sherbrooke. Il est le premier de sa lignée établie au Canada depuis 1638 — qui n'ait pas ((ouvert une terre neuve)). Il ajait ses études à l'école primaire de sa paroisse natale, ses classes d'Eléments, Syntaxe et Méthode {de 1918-1921) au Cotlège Séraphique des RR. PP. Franciscains, aux Tr ois-Rivières. Avait {de 1915-1918) appris le métier de mouleur de fonte, à la fonderie Jenkses, de Sherbrooke, et {de 1921-1923) celui de ((grand-scieur)), à la scierie Perrault, de Rock-Island. Après avoir accompli diverses autres besognes: bobineur de filature, commis-quincaillier, a ((échoué)) dans le journalisme en 1925. Fut tour à tour correcteur, rédacteur sportif, traducteur à la Tribune de Sherbrooke. En 1927, fonda à Coaticook un hebdomadaire, /'Étoile de l'Est, dont il assuma la direction jusqu'en avril 1928, époque à laquelle il revint à la Tribune en qualité de publicitaire. Il est chef de service de publicité à ce journal, depuis janvier 1930.

{Les Masques déchirés)

ques.

A l'Ombre de l'Orford a remporté un prix d'Action Intellectuelle, en 1930; au concours de la Société des Poètes canadiens-français, la médaille du Lieutenant-Gouverneur , en 1931; et ex-aequo avec M. Robert Choquette, le prix David de poésie, en 1932.

((Dans la plupart de ces poèmes, (ceux de A l'ombre de l'Orford) on chercherait en vain, à t'aide d'une loupe, les débris qui dépareraient une anthologie de poètes français contemporains . . . M. Des Rochers est le moins vague, le moins tiroir à pastiches, le moins flou, le ptus caractéristique et le plus individuel des poètes canadiens)). (Albert Pelletier, Carquois)

«M. DesRochers est, jusqu'à date, au Canada français, le plus illustre représentant de cette poésie dont la fleur s'épanouit dans les hautes sphères du monde supra-sensible, mais dont les racines plongent dans la terre de chez nous)). (Séraphin Marion, En feuilletant nos Écrivains)

«La poésie de M. Alfred Des Rochers est de très spéciale et haute qualité. Elle est la plus ferme, la plus condensée, la plus concentrée, la plus vigoureuse, en ses formes très soignées, que nous ayons depuis longtemps rencontrée)). (Mgr Camille Roy, Regards sur nos Lettres)

«A l'Ombre de l'Orford nous monhe certainement que M. Alfred Des Rochers n'a rien perdu de son souffle, ni du rythme, ni du nombre, ni de la couleur qui sont l'âme elle-même d'un poète. Au contraire, ces qualités en se multipliant, ont gagné en intensité et en caractère*.

uCe qui surtout le manifeste, c'est non plus seidement le don du style, mais encore sa longue cutture et son plein épanouissement. Un tel style trouve sa force dans l'expression comme spontanée de la beauté et de la vie)). (Maurice Hébert,. . .Et d'un Livre à l'autre)

RONDEL D'A UTOMNE

Le ciel est gris, le vent est froid, la terre est rousse; L'automne est revenu par septembre apporté, Et les arbres, devant la mort du bel été, Pleurent des larmes d'or et de sang sur la mousse.

Cherchant pour les ébats une plage plus douce, Les outardes, au sud, s'en vont d'un vol pointé; Le ciel est gris, le vent est froid, la terre est rousse; L'automne est revenu par septembre apporté.

Mon misérable cœur a l'aspect de la brousse: Chassés par le vent froid de la réalité,

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