LAMENTO
Je n'écrirai ce soir que des vers doux et tristes, Je n'aurai ni sanglots, ni force, ni chaleur, Car au fond de ma voix l'amertume persiste De n'avoir à chanter que l'ombre du bonheur. Et mon cœur de vingt ans, qui chaque jour s'étonne De ne pas chanceler sous le poids du destin, Songe que par un soir si calme et monotone Mourir ne semblerait qu'un peu plus de chagrin.
Puisque ce cœur de feu ne peut boire à la vie,
Sans rouvrir sa blessure et se fleurir de sang;
Puisque vivre serait rester inassouvie,
Je veux bien m'en aller avec un dernier chant.
Puisque je suis en vain la riante jeunesse
Qui passe, ayant aux bras le poids des urnes d'or
Si pleines de parfum que ce fardeau me blesse,
Je veux bien renverser mes urnes sur la mort.
J'y mettrai de l'extase! Et mon heure dernière Sera mon plus beau chant d'amour. Je veux mourir Comme une rose, un soir, se ferme. Je préfère Mourir comme une fleur que vivre sans fleurir! Et d'un geste très las, déchirant tous les voiles Qui me cachent l'Amour et son tourment divin, J'irai me consoler au milieu des étoiles, Car je veux que mon ciel soit encore un jardin!
(Poèmes)
Clément Marchand
BIBLIOGRAPHIE. — Le. Geste de la Croix, douze sonnets publiés dans Bas- Reliefs (T'rois-Rivières, les Éditions du Bien Public, 1932).
En préparation. — Deux volumes de vers : Soirs rouges ^Jeunesse-Fleur.
A notre demande de renseignements biographiques, M. Clément Marchand a bien voulu répondre:
((Je suis né à Sainte-Geneviève de Batiscan, le 12 septembre 1913, de parents terriens. J'étais orphelin à sept ans. J'ai poussé comme un champignon. Jeune encore, je me suis fait un ami qui ne trahit pas : le livre. J'ai fait mes études au Séminaire des Trois-Rivières et je sms entré à la rédaction du Bien Public en août dernier.))
M. Marchand est actuellement le plus jeune de nos poètes. A seize ans, il publiait des vers dans le Devoir. Il en a publié depuis au Nouvelliste. Le Geste de la Croix, dont nous citons un sonnet, date de sa dix-septième année.
«... Clément Marchand est un poète dont il faut surveiller le développement. Il pourrait bien être le vrai poète que le peuple canadienfrançais attend depuis sa naissance. Il a le souffle lyrique et le don poétique. Il lui manque la discipline personnelle. J'espère que l'âge la lui enseignera.)) (Alfred DesRochers, Almanach trifluvien)