‹ Anthologie des poetes canadiensChapitre 51 sur 241 · REMI TREMBLAY · texte numérisé non relu

REMI TREMBLAY

Le Courrier de Montréal (1879, 1882 et 1883) ; — le Nouveau-Monde (1881); — le Canard (1881); — la Presse (1884); — /'Indépendant de Fall-River (1885 et 1893); — la Justice de Québec (1888); — la Patrie (1889 et 1892) ; — /'Opinion Publique de Worcester (1894-95).

Outre tous les articles qu'il a fournis aux journaux en collaboration régulière, M. Remi Tremblay a donné beaucoup d'études sur différents sujets, notamment trois séries d'impressions de voyages publiées respectivement dans la Presse (1889-90), le Canada (1905) et la Justice d'Ottawa (1912).

M. Remi Tremblay naquit à Saint-Barnabé (comté de Saint-Hyacinthe), le 2 avril 1847. Il n'avait que douze ans (1859) lorsque sa famille, emportée comme tant d'autres par la vague d'émigration qui passait à ce moment sur le Bas- Canada, l'emmena vivre à Woonsocket dans le Rhode-Island. Quatre ans plus tard, âgé de seize ans à peine, nous le retrouverons soldat dans l'armée nordiste, avec laquelle il fera toute la campagne du Potomac (1864). Revenu au Canada après la guerre pour y prendre un brevet à l'École militaire, il fera encore, en 1866, toute la campagne contre les Féniens.

Sans renoncer complètement au métier militaire (en 1876, il était nommé capitaine au 53e bataillon), M. Remi Tremblay, à dater de cette époque, s'est adonné plutôt aux arts de la paix. C'est ainsi qu'il fit tour à tour du commerce, de l'agriculture, de l'enseignement — et surtout du journalisme. Cette carrière-ci, de fait, devait l'absorber presque uniquement pendant près de vingt ans (à dater de 1877). Quand il y renonça enfin, ce fut pour devenir traducteur français à la Chambre des Communes (1896), position qu'il occupa jusqu'à sa mort survenue en 1926.

«....Autodidacte infatigable, n'ayant reçu comme base d'études qu'une excellente instruction élémentaire, il (M. Tremblay) a constamment travaillé à élargir le cercle de ses connaissances et il emploie encore à étudier tous les loisirs que lui laissent ses fonctions de traducteur. Il a étudié le latin avec le curé de Stoke. Il a appris sans professeur, suffisamment pour les traduire avec facilité, le portugais, l'espagnol, l'italien, l'allemand et l'espéranto. Il étudie maintenant l'hébreu et ne désespère pas d'apprendre un jour le sanscrit.^ (Alexandre Belisle, Histoire de la Presse franco-américaine, Worcester, 1911)

LA SESSION FÉDÉRALE Air: Versez donc, mes amis, versez.

Députés, le gouvernement

A grand besoin de vos lumières.

Il convoque le parlement

Qui s'assemble près des Chaudières.

Partez donc, chers élus, partez, Plantez là vos autres affaires, Partez donc, chers élus, partez, Rassemblez-vous et discutez.

Parbleu ! c'est un triste pays Qu'un pays où le mandataire Ne parle pas sur le maïs, Le sucre et les pommes de terre.

Parlez donc, discoureurs, parlez, Vous est-il permis de vous taire ?

Parlez donc, discoureurs, parlez, Un peu moins, si vous le voulez.

Rouges, dites sur tous les tons Que les Bleus sont des mercenaires:

Ils vous traiteront d'avortons, D'incapables, de doctrinaires.

Luttez donc, grands joûteurs, luttez, Épuisez les vocabulaires, Luttez donc, grands joûteurs, luttez, A bon droit vous vous emportez.

Allez-y, piquez-vous au jeu, Prodiguez les calinotades.

Si vos chefs vous mènent au feu, Défendez bien leurs incartades.

Votez donc, partisans, votez En dépit des rodomontades, Votez donc, partisans, votez Contre ceux que vous combattez.

Il faudra que le Gouverneur De ses durs travaux se délasse:

A ses bals, vous aurez l'honneur D'être invités. Avec audace, Dansez donc, vieux barbons, dansez:

II faut que jeunesse se passe, Dansez donc, vieux barbons, dansez, Pouvez- vous sautiller assez ?

{Coups oV ailes et coups de bec)

REMI TRAMBLAY

LE POÈTE ET LES DEUX CRITIQUES (Fable)

Certain rimailleur famélique, Sur son Pégase ayant longtemps trotté, Se reposait après avoir chanté Les empereurs, les rois, la République,

Les jeux, les ris, l'amour, la liberté — Vastes champs où plus d'un âne a brouté.

Dans un pays atteint de fièvre politique, On ne lit pas les vers : on les critique Sans trop savoir pourquoi.

Notre homme dit : «Ma foi, Avant que ma Muse agonise, En attendant que la postérité Me statufie ou me panthéonise, Je veux savoir un peu si mon livre est goûté.»

Aussitôt le rimeur se rend chez un intime

Et, sans pitié pour sa victime, Il lui lit les écrits qu'il a le mieux troussés. L'autre dit: «Ce sont là sujets bien ressassés. Si tu veux réussir, il faudra que tu chantes Des chansons du pays, allègres ou méchantes, Quelque chose qui sente à plein nez le terroir.»

Le poète écrivit une pièce à tiroir

Qui sentait trop la plèbe et ne fut pas jouée.

Désireux de s'ouvrir, dans l'ombre, une trouée, Il consacra sa lyre aux chants régionaux. On lui dit: «Vos écrits sont fort originaux, Mais ils sont resserrés dans d'étroites limites. Qu'importe ce qui bout dans vos vieilles marmites ? Il faudrait entonner quelque chant magistral D'un intérêt plus général.»

Dans notre beau pays le poète a beau faire, Il ne peut contenter tout le monde et son père.

{Vers V Idéal)

Adolphe Poisson

BIBLIOGRAPHIE. — Chants canadiens (Québec, P.-G. Delisk, 1880), épuisé; — Heures perdues {Québec, A. Coté, 1894); — Sous les Pins (Montréal, Beauchemin, 1902); — Chants du Soir (Ar~ thabaska, Imprimerie de V Union, 1917).

Né à Gentilly (Nicolet) le 14 mars 1849, il vécut à Arthabaska depuis l'âge de deux ans. Fit ses études secondaires au Petit Séminaire de Québec. Admis au barreau en 1874, il était la même année nommé receveur de V enregistrement dans le comté d' 'Arthabaska. Depuis 1890 il s'est, par intervalles, livré aux affaires, mais sans jamais négliger la poésie, qui fut la passion de toute sa vie. Décédé à Arthabaska, en 1922.

{(Le nouveau volume de M. Poisson (Sous les pins) est frais et gracieux. La grâce, c'est ce qui caractérise surtout, à notre avis, le genre du poète d' Arthabaska. Non pas que nous lui refusions l'inspiration et le souffle lyrique. . . Mais il nous semble que M. Poisson cultive avec une inclination spéciale la poésie intime, qu'il aime à chanter surtout la famille et ses émotions saintes, les joies de l'amitié, la nature et ses aspects.)) (Thomas Chapais, dans /'Évémenent du 24 décembre 1902)

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