L'ABANDON
Je suivis mon chemin nocturne et solitaire, Jusques à la savane où perchent les hiboux, Une corne lunaire éclairait notre terre, Septembre était serein et le vent était doux.
Le Petit-Lac dormait au long des aulnes claires Où glissaient, fugitifs, de tristes rayons roux. L'onde comme une moire et pleine de mystère Roulait, noire, vitreuse et lente en ses remous.
J'y plongeai ma main lasse et me mouillai les tempes.
J'y bus et me signai, comme pour un adieu
Et me couchai par terre avec tout ce qui rampe,
En remettant, fourbu, mon âme simple à Dieu: Je sombrais, je mourais, croyant au dernier rêve. . . Comme la vie est dure au vagabond des grèves!
(Au Fil de V Heure du gai aSçavoir)))
Benjamin Michaud
BIBLIOGRAPHIE. — Les diamants de Kruger, roman d'aventures {Québec, 1906) ; — Le Rajah, livret de farce musicale {Québec, 1910).
Peu connu comme poète, M. Michaud a cependant fourni des vers à différents journaux, sous des pseudonymes.
M. Benjamin Michaud est né à Saint- Jean-Port- Joli {Québec), le 16 mars 1874. Élève du Petit Séminaire de Québec et licencié en droit de V Université Laval {de Québec), il s'est fait admettre au barreau, mais il n'y a à vrai dire jamais pratiqué.
Tour à tour secrétaire particulier de ministre, secrétaire de ministère, chef de cabinet dans l'administration provinciale du Québec et chef de cabinet du ministère de la Voirie, il a maintenant pris sa retraite. Travailleur acharné, il est, de plus, un fin lettré et un délicat écrivain en prose et en vers.
M. Benjamin Michaud a visité V Europe et fait des séjours assez prolongés en France. En mhne temps que les lettres, il cultive la musique. Une santé délicate s'ajoute à ses scrupules df honnête homme pour l'empêcher de produire abondamment.