SOIR DE JUIN À LONGUEUIL
Longueuil au chant menu des grenouilles s'endort. La gloire des prés verts s'éteint dans l’ombre grise. L'azur meurt. S'effilant, le clocher de l’église, Au trouble srépuscule, a perdu son coq d’or.
Les toits sont bruns. Déjà, vers l’ouest, se devine Une étroite lueur, au delà des pignons.
Lt l'on songe qu’au loin, touchant les flots profonds, \fontréal dans la nuit montante s’illumine.
C’est l'heure où l'air venu des jardins assombris Essaime des parfums sur le passant qui rêve; La brise fête ceux qui marchent vers la grève Laissant leur âme errer sur les pruniers fleuris.
V'eilleur, c’est l'instant cher !... Que le chemin te mène
Où la nuit brusquement s’étoile de fanaux, Où, par delà les quais, la danse des ceanots, s'aperçoit le profil de la cité prochaine.
Là, dans le décor féerique des soirs d'été,
La ville que jadis rêva De Maisonneuve, Lumineuse, rayant de longs reflets le fleuve, \u lointain regardeur révèle sa beauté.
Ses feux tissent dans l'ombre une dentelle claire Dont chaque point d’argent sur l'eau vacille et luit; D'éclatants nénupüars semblent peupler la nuit, Berçant au sein des flots leurs tiges de lumière.
(Les Horizons)